IGNACE MODÈLE DE GOUVERNEMENT
soient obstinés d'une voix unanime à le nommer Général, et à le maintenir toute sa vie dans cette fonction. En cela, Dieu eut moins d'égards à l'humilité particulière de son serviteur qu'au bien général de la Compagnie.
C'est dans les Ordres religieux que se vérifie surtout la parole de saint Grégoire de Nazianze, que le gouvernement des âmes est l'art des arts, la science des sciences. En raison de la nature de son objet, cette science est incomparablement plus difficile que celle qui s'occupe de guérir les corps. Le médecin peut examiner la partie malade, se rendre compte de la qualité des humeurs dont il faut rétablir l'équilibre. S'il est habile, ses observations ne le tromperont guère; ce qu'il voit existe réellement. De plus, la nature ne conspire pas contre ellemême, et ne s'étudie pas à faire échec aux prescriptions de l'art. Il n'en est pas ainsi dans les choses de gouvernement. Nous avons notre manière de penser, notre amour-propre, et cette sorte d'orgueil qui ne veut ni ne peut supporter d'être contredit. Ce sont des obstacles à la vertu, des ennemis qui entrent en lutte, dès qu'on veut nous aider. Autant nous devrions mettre d'empressement à découvrir nos maux à ceux qui sont chargés de les guérir, autant nous en faisons paraître pour nous dérober à leurs soins ; nous sommes vaillants contre nous-mêmes, habiles au détriment de notre santé (1).
Au jugement unanime des hommes les plus graves qui ont vécu dans le commerce d'Ignace, le Saint était sans égal dans cet art du gouvernement, non seulement pour en tracer spéculativement les règles, on en voit la preuve dans ses Constitutions, livre capable, au dire du P. Jacques Lainez, de réformer en peu de temps la face du monde, mais encore pour réduire ces règles en pratique. Il sera donc utile de m'arrêter avec quelque étendue sur ce sujet, et d'aider ainsi ceux qui ont la mission de diriger les autres, à se former sur cet admirable modèle.
(1) Gregor. Nazianz. Orat. 21.