LIVRE V. — CHAPITRE VIII
et le jour de la fête des apôtres saint Simon et saint Jude de Tan loo2, après un discours du P. Ribadeneira, prononcé à Saint-Eustache, devant une nombreuse réunion de cardinaux, le nouveau collège fut érigé. Un mot du luthérien Martin Chemnitz montre combien cette fondation déplat aux hérétiques d'Allemagne. Ce sectaire n'hésita pas à déclarer que pour cette seule raison, n'y en eût-il aucune autre, la Compagnie pouvait à bon droit s'appeler la perte de l'Allemagne et la ruine de l'Évangile réformé.
Mais cette œuvre si fructueuse et si grande fut tout à coup menacée dans son existence, au plus beau de ses progrès. Le Pape Jules III étant passé à une meilleure vie, Paul IV qui lui succéda, après le très court pontificat de Marcel II, ne fît pas les aumônes ordinaires; puis les guerres du Saint-Siège contre le royaume de Naples, la cherté des vivres et la famine qui survinrent, forcèrent un grand nombre de cardinaux à suspendre leurs libéralités. Ignace ne perdit point courage. Sachant bien qu'une fois tombé, le nouvel institut ne se relèverait jamais,, il dispersa quelques-uns des jeunes gens dans nos collèges hors de Rome ; il retint les autres auprès de lui et se chargea de leur subsistance. Obligé pour cela d'emprunter à gros intérêts, il encourageait le Père Procureur de la maison en lui assurant de la manière la plus formelle que bientôt, la Providence aidant, toutes les dettes seraient payées; c'est ce qui arriva en effet. Il ajoutait qu'il viendrait un temps où ce collège, alors si réduit et si pauvre, serait très florissant ; car ses ressources croîtraient avec le nombre de ses écoliers. Cette prédiction annonçait les magnifiques libéralités de Grégoire XIII qui le dota si richement, ainsi que beaucoup d'autres. Cette même confiance inspira au Saint la belle réponse qu'il fit au cardinal d'Augsbourg. Celui-ci lui donnait le conseil de ne plus penser à son entreprise, parce que les temps si calamiteux où l'on se trouvait, ne laissaient aucune espérance