‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 112 sur 305 · CHAPITRE t-X · texte numérisé non relu

CHAPITRE t-X

1. Constance de saint Ignace dans ce qu'il avait entrepris pour le service de Dieu. — 2. Il met tout en œuvre pour sauver les âmes : l'oraison, — 3. Les entretiens familiers, — 4. Les témoignages d'affection, — 5. La prédication sur les places publiques.

1. L'établissement du Collège Germanique me rappelle une qualité propre de saint Ignace, je veux dire son invincible constance à poursuivre, jusqu'à leur dernier achèvement, les œuvres qu'il avait entreprises à la gloire de Dieu. Rien ne pouvait le décourager ou le détourner de ce qu'il avait une fois commencé, ni le défaut d'assistance humaine ni les obstacles de toute nature qui se dressaient devant lui. Cette inflexibilité de résolution lui venait de trois motifs. D'abord, avant de rien arrêter, il considérait mûrement l'affaire en question avec un esprit dégagé de toute préoccupation, et la traitait avec Notre- Seigneur dans de longues et ferventes prières. Il la reprenait ensuite en entier et l'examinait plusieurs fois à la lumière de Dieu; enfin, il la soumettait à la discussion et au jugement des hommes les plus éclairés et les plus compétents^ C'est après avoir suivi cette règle qu'il s'était décidé à refuser le chapeau de cardinal pour le P. François de Borgia. Sa détermination était si ferme qu'il aurait pu voir, disait-il, le monde entier prosterné à ses pieds, sans rien changer à son dessein de s'opposer de toutes ses forces à l'entrée d'une pareille dignité dans la

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Compagnie. Néanmoins, ajoutait-il, si le Pape en avait jugé autrement, il aurait conservé la même tranquillité d'âme que s'il n'avait pas été d'un sentiment contraire. Cette fermeté était bien connue du cardinal de Carpi. Quand des solliciteurs s'adressaient à lui pour faire changer quelque résolution prise par le Saint : « Le clou est enfoncé, répondait-il; il n'y a rien à espérer. » Jules III conseillait même à de grands princes de ne point entrer en contestation avec Ignace, dans les choses qui intéressaient le service de Dieu , parce qu'ils n'y gagneraient rien.

Il lui arriva d'attendre quatorze heures de suite, avec une imperturbable patience, l'audience d'un cardinal. Une autre fois, comme il devait aller au château d'Alvito, dans le royaume de Naples, une pluie battante vint à tomber sans interruption, le jour fixé pour le départ. Le P. Polanco, son compagnon, craignant qu'il n'en souffrît pour sa santé, le pria de remettre le voyage à un autre jour : « Voici trente ans, lui répondit le Saint, qu'aucun incident ne m'a fait remettre ou différer ce que j'ai cru devoir entreprendre pour le service de Dieu. » Et, sans s'inquiéter ni du vent ni de la pluie, il partit. I

2. Aux moyens de sanctification que nous avons rappelés, Ignace en joignait d'autres non moins efficaces,- Le premier de tous était l'oraison. Il priait plusieurs fois par jour et avec une grande abondance de larmes, pour le Pape, pour l'Église, pour la conversion des gentils et des hérétiques, et pour tous les princes chrétiens, dubon gouvernement et de l'exemple desquels dépendent de si graves intérêts. S'agissait-il de nécessité plus pressante, du bien commun ou du salut d'une âme en particulier, il prolongeait ses oraisons de longues heures pendant la nuit, et il demandait aux siens de se joindre à lui. Quand on procédait à l'élection d'un nouveau Pape, quand un roi prenait en main l'administration et le gou-

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