LIVRE V. — CHAPITRE IX
vernement de ses états, quand quelque persécution s'élevait contre l'Église, surtout de la part des hérétiques, quand il fallait obtenir la conversion de certains pécheurs publics, il imposait à tous des prières communes et particulières, et redoublait lui-même ses supplications.
Mû par le même zèle de la gloire de Dieu, il persuada au roi de Portugal de renouveler les lois contre le duel ; il rétablit la discipline religieuse dans plusieurs monastères de femmes que don Philippe d'Espagne, le vice-roi de Sicile, et des cardinaux de Rome avaient confiés à sa charge et à la direction des siens, en Catalogne, en Sicile et dans quelques villes d'Italie. Il promut de toutes ses forces l'institution d'un nouveau tribunal d'inquisition, composé de six cardinaux, dans le but principalement de fermer l'entrée de l'Italie aux nouvelles hérésies. Il réconcilia le roi de Portugal avec le Pape; il pressa Jean de Vega de conseiller à l'empereur Charles-Quint d'armer une flotte contre les incursions des Turcs; il engagea le prêtre Jean à ramener le royaume d'Ethiopie à l'obéissance de l'Église romaine ; il rétablit le bon accord entre don Ascanio Colonna et Jeanne d'Aragon, son épouse, accord auquel s'étaient vainement employés depuis longtemps des princes même du plus haut rang. Plus tard, il est vrai, le monde, humilié de voir que deux paroles d'un homme sans crédit avaient opéré ce qu'il n'avait pu obtenir lui-même, voulut y mettre la main à son tour, afin de s'en attribuer l'honneur ; mais il ne réussit qu'à ruiner l'œuvre accomplie, et à creuser une division plus profonde entre les deux conjoints. A l'occasion de cette réconciliation , il réforma plusieurs bourgades et châteaux où il ne fit que passer ; il y établit la pratique de la communion mensuelle; puis il y envoya des Pères qui, par leurs missions, y recueillirent des fruits incroyables ; il remit enfin aux seigneurs du pays le soin d'assurer la conservation de ces heureux résultats.
Il obtint du Pape Paul III le rétablissement d'une
178 APOSTOLAT d'iGNACE I LA CONVERSATION
ancienne constitution tombée en désuétude, mais très utile, portée autrefois par Innocent III. Cette constitution interdisait aux médecins, sous des peines graves, de continuer à visiter les malades, si ceux-ci n'avaient eu soin d'abord de guérir leurs âmes, en recourant au sacrement de pénitence. Et pour qu'aucun moribond ne fût privé du secours des Nôtres, il ordonna qu'au premier avis donné au portier qu'on demandait un prêtre pour un malade, on sonnât la cloche de la communauté ; à ce signal, tous, même le supérieur, devaient descendre à la porte avec leurs manteaux, prêts à se rendre partout où l'on aurait besoin d'eux. Comme celui qui est à la tête d'une réunion d'hommes, dévoués au service de Dieu, les anime plus efficacement par son exemple que par des règlements et des ordres, Ignace était toujours le premier à ces exercices de charité ; il oubliait alors toutes ses infirmités, et il était passé en proverbe parmi les Nôtres, de dire qu'il se portait d'autant mieux qu'il avait plus à faire. Pour que la charge de Général ne l'enlevât pas aux œuvres apostoliques, il avait distribué son temps de telle manière qu'il consacrait le jour au service du prochain, et réservait aux siens six et sept heures de la nuit.
3. Une de ses industries les plus fructueuses pour attirer les âmes à Dieu, c'étaient les entretiens familiers. Il exerçait un tel ascendant par ce moyen, qu'au dire d'un contemporain, on ne vit presque personne se retirer d'auprès de lui, sans être devenu meilleur. Selon lui, ce genre d'apostolat convenait parfaitement à la Compagnie, pourvu qu'on l'exerçât avec circonspection; car, faute de prudence, on est plus exposé à prendre l'esprit du monde qu'à inspirer aux gens du monde l'esprit religieux. Il ne sera pas hors de propos de rappeler comment il en agissait lui-même.
« Notre P. Ignace, écrit un de ceux qui l'ont le plus