LIVRE V. — CHAPITRE XI
si terrible que celui-ci tomba tout tremblant aux genoux de sa victime en criant merci. A Bassano, un de ses compagnons s'éloigna de lui pour s'attacher à un ermite plus digne, pensait-il, d'être suivi; l'ermite lui-même méprisa Ignace dans son cœur, parce qu'il ne voyait pas en lui cette austérité de vêtements et cette sévérité de manières qu'il estimait l'accompagnement obligé de la sainteté. C'était pour Ignace un double affront; Dieu y pourvut par un double miracle. Il frappa d'une telle épouvante le fugitif qu'il l'arrêta au milieu de sa route et le ramena changé et repentant dans les bras de son père; il révéla ensuite à l'ermite la haute vertu et la sainteté de celui qu'il avait méprisé, sur de simples apparences.
Enfin à Rome, il multiplia pour le sauver, grâces et prodiges. Des calomniateurs s'étaient entendus pour lancer contre lui l'accusation d'hérésie : Dieu le délivra en réunissant dans le même temps à Rome les juges qui en Espagne, en France et en Italie l'avaient acquitté et avaient proclamé l'intégrité de ses mœurs et de sa foi. Un malheureux père s'était jeté sur lui, le poignard à la main, pour se venger de ce que son fils était entré dans la Compagnie : Dieu dessécha le bras du meurtrier, au moment où il allait porter le coup; à ce prodige, cet homme se convertit et demanda pardon à Dieu et à Ignace, après quoi il recouvra aussitôt l'usage de son bras. Un de ses religieux, rebelle à l'obéissance, lui faisait une opposition obstinée. Comme le Saint priait pour lui avec larmes, au saint sacrifice de la messe. Dieu lui déclara qu'il en tirerait une vengeance éclatante ; en effet , ce malheureux étant un jour à Saint-Jean de Latran, vit paraître devant lui un homme d'un aspect terrible, qui le menaçait du fouet s'il ne se remettait à la disposition de son supérieur. Le rebelle épouvanté se soumit pour l'heure ; mais, revenu à sa révolte, il éprouva plus tard les coups de cette verge redoutable, dont Dieu s'était alors contenté de lui faire entrevoir la rigueur vengeresse.