LIVRE V. — CHAPITRE XIV
» Comme je m'entretenais, inondé des mômes larmes et de la même consolation, avec le Saint-Esprit dont j'allais dire la messe, il me semblait le sentir et le voir au milieu d'une vive clarté, sous la couleur d'une flamme ardente, et en une manière tout à fait inaccoutumée. Pendant qu'on préparait l'autel, et ensuite pendant que je célébrais le saint Sacrifice, grande émotion intérieure, abondance de larmes, sanglots, et souvent, perte de la parole. Puis j'éprouvai sensiblement et je vis que Notre-Dame m'était très favorable auprès du Père. Pendant que je disais les oraisons au Fils et au Père, et pendant la consécration, je sentais clairement et je voyais qu'elle est la porte très large de la grâce; au moment où je consacrais, Elle me montrait que sa chair était dans celle de son Fils ; je recevais sur tout cela des connaissances si relevées, qu'on ne saurait les expliquer....
» Dans mon oraison, du commencement à la fin, beaucoup de lumières et de dévotion. Hors de la maison, dans l'église, pendant la messe, je vis la patrie céleste ou le Seigneur de cette patrie, et j'eus une certaine intelligence des trois personnes divines; et comment dans le Père étaient la seconde et la troisième. Entrant dans la chapelle pour prier, je sentis, ou plutôt je vis, par une vertu surnaturelle, la Très Sainte Trinité, et Jésus-Christ qui m'était représenté comme mon Médiateur auprès d'elle. Ce sentiment et cette vue me firent verser un déluge de larmes et me remplirent d'une très ardente charité.... En disant la messe avec beaucoup de larmes et de dévotion, j'eus, surtout à un moment, cette même vision de la Très Sainte Trinité, et l'amour envers la divine Majesté s'accrut toujours davantage dans mon cœur.
» Au Te igihir. je sentis et je vis non point d'une manière obscure, mais dans une vive et très lumineuse clarté, l'Être divin ou l'Essence divine sous l'image d'un soleil, et le Père m'apparut, de telle sorte qu'en prononçant ces paroles Teigitur, clementissime Pater, ie me repré-
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sentais l'Essence divine avant de me représenter le Père.
» Devant cette représentation de l'Être de la Très Sainte Trinité qui m'apparaissait, sans que je visse les deux autres personnes avec le Père, je sentis pour la chose ainsi représentée une très vive dévotion, accompagnée d'une émotion profonde, de beaucoup de larmes et d'un ardent amour pour l'Être divin de la Très Sainte Trinité. La messe finie, comme je priais a l'autel, le même Être se laissa de nouveau voir à moi et se montra encore sous une forme sphérique. Je voyais d'une certaine manière les trois personnes comme j'avais vu la première ; c'està-dire toutes les trois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit me semblaient dériver de l'Essence divine, sans toutefois sortir de cette vision sphérique ; cette vue me causa de nouvelles émotions et de nouvelles larmes....
» J'étais à la chapelle, tout rempli d'une grande dévotion envers la Très Sainte Trinité, j'éprouvais un ardent amour, et je versais des larmes abondantes. Je ne vis pas, ainsi que les jours précédents, les personnes distinctes; je vis seulement comme une clarté lumineuse, une Essence qui me ravissait d'amour. En commençant la messe, tel était l'excès de ma dévotion, que je ne pouvais prononcer les paroles In nomlne Patris, etc. Pendant toute la messe, grande dévotion, larmes abondantes, amour envers la Très Sainte Trinité. Quelquefois aussi mêmes sentiments envers la personne de Notre-Seigneur; il me semblait être sous son ombre et sous sa direction. Cela ne diminuait en rien mon union avec la divine Majesté ; au contraire, je lui étais toujours uni davantage.... Comme je me préparais à célébrer la sainte messe, j'eus une grande dévotion, à la pensée que pour ce ministère je devrais être comme un ange, et de douces larmes coulèrent de mes yeux. Puis je vis à plusieurs reprises tantôt l'Être du Père, mais de manière que je percevais d'abord l'Être et ensuite le Père, et que ma dévotion se terminait à l'Essence, avant d'arri-