‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 155 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE XV

Barzée, du B. François de Borgia, de Lainez, de Le Fèvre, de Villanueva, de Canisius, de Landini et de tant d'autres, dont il serait trop long de raconter et la vie sainte et les glorieuses fatigues. Ainsi, emporté par les secrets élans de son âme uniquement éprise de l'amour de Dieu et voyant tous ses désirs accomplis, il ne trouvait plus rien à faire en ce monde, et il aspirait de toutes ses forces après les joies du paradis.

3. Il plut à Dieu de consoler enfin son serviteur. Il ne permit pas cette fois que les enfants du saint patriarche, par leurs prières, missent obstacle à l'exécution de ses volontés, ainsi qu'ils l'avaient fait plusieurs années auparavant. Alors en effet, voyant leur Père en danger de mort, ils s'étaient agenouillés en larmes autour de sa couche, et ils avaient conjuré le ciel de ne pas leur ravir un soutien si nécessaire à la conservation de leur Compagnie ; car, lui absent, elle serait privée du seul appui au monde, sur lequel elle pût se reposer au milieu de tant et de si violentes attaques qui la menaçaient d'une ruine entière.

Bien que dans ces dernières années, Ignace, à cause du grand épuisement de ses forces, fût peu en état de soutenir les fatigues du gouvernement général de son Ordre, et qu'il eût, pour cette raison, délégué une très large part de son autorité à saint François de Borgia, commissaire en Espagne, néanmoins c'était une opinion constante parmi les Pères que Pieu gardait la Compagnie en sa considération. D'ailleurs, quel avantage n'était-ce pas d'avoir sous les yeux l'exemple de sa vie, et de recevoir sans cesse ses encouragements et ses consolations?

Au commencement de juillet de l'année 1556, ses indispositions habituelles s'aggravèrent; il comprit aussitôt que les derniers jours de son exil étaient arrivés. Du reste, il en avait l'assurance depuis quelque temps, et avait même écrit à dona Éléonore Mascaregnas , pour

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prendre congé d'elle ; cette lettre, disait-il, était la dernière qu'il lui envoyait ; il s'engageait à prier pour elle dans le ciel, comme il n'avait cessé de le faire jusqu'à ce jour, et comme il continuerait à le faire tant qu'il resterait ici-bas (1).

Rome était alors pleine de troupes; tout y était en armes et en mouvement, à cause de la guerre qu'elle avait à soutenir contre Naples. Ignace était vivement affligé de cet état de choses ; il en prit occasion de se retirer dans un lieu tranquille pour y trouver quelque repos, mais surtout pour se préparer dans la solitude au dernier passage. Il choisit la maison de campagne qu'il avait acquise peu de temps auparavant pour le collège, et qui était située dans l'enceinte des murs de la ville, entre les Thermes Antonins et Sainte-Balbine. Mais les Pères craignant qu'à cette époque de l'année, l'air de cette villa ne lui fût nuisible, chose assez ordinaire dans les quartiers inhabités de Rome , lui en témoignèrent quelque inquiétude. Dans tout ce qui le touchait personnellement , Ignace n'avait jamais eu de volonté propre ; il prit donc conseil de Petronio, son médecin et son ami. Celui-ci ayant visité et examiné le lieu, affirma qu'on y respirait un bon air, et qu'il n'y avait aucune mauvaise influence à redouter. Ignace s'y retira donc, après avoir confié le gouvernement de la Compagnie aux Pères Polanco et Madrid. Mais il n'y resta pas longtemps ; au bout de peu de jours, il tomba dans un tel état de défaillance qu'il fallut le ramener à la maison professe.

On ne vit d'abord en cela qu'une aggravation de la faiblesse qui lui était habituelle depuis plusieurs années. Aussi les médecins pensèrent-ils qu'il avait plus besoin de repos que de remèdes, et bien qu'il lui fût survenu une fièvre très légère et presque insensible, ils ne laissèrent aucune ordonnance. De tous les malades qui étaient alors dans la maison, Ignace était le seul pour lequel on ne (1) Rome, i9 mai 1556. — Lettres de saint Ignace, édit. Bouix, p. 616-

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