‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 205 sur 305 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

i. Délivrance de quatre possédées. — 2. Trois guérisons. — 3. Saint Ignace apparaît à deux de ses enfants. — 4. Il guérit un religieux dominicain.

1. Trois nobles sœurs de Modène, Louise Fontana, Françoise et Anne Brancolini; et Livie, fille d'Albert Fontana, leur nièce, furent en 1598 reconnues comme possédées du démon. Louise était mariée à Paul Guidoni, Anne était restée fille, Françoise et Livie étaient religieuses Ursulines. L'envie et le dépit de voir en une même famille tant de sainte pudeur et des exemples d'une si rare vertu, poussèrent les mauvais esprits, comme ils le confessèrent dans la suite, à leur faire cet outrage, afin de les porter, s'il était possible, à quelque acte indigne de leur profession. Mais Dieu défendit lui-même leur honneur; à la réserve de ce point, il permit aux mauvais esprits de les tourmenter dans leur corps, afin de couronner leur patience et de glorifier le nom de saint Ignace par la vertu duquel elles furent délivrées. Les premiers effets de la possession furent d'étranges maladies; on eut beau consulter les plus habiles médecins et faire de grandes dépenses, tout fut en pure perte. Elles passaient subitement d'un mal à un autre absolument contraire ; il ne restait nulle trace de celui qui disparaissait, et rien n'annonçait d'avance celui qui allait venir. Un jour elles étaient pleines de force et de santé, et le lendemain on les trou-

vait à toute extrémité; elles se relevaient ensuite en un moment par une espèce de résurrection, puis elles retombaient dans des états toujours nouveaux et très étranges. Si on employait de l'eau ou de l'huile bénite, le mal disparaissait du point où s'était faite l'application, mais il se montrait sur un autre ; et en changeant de place, il changeait aussi de nature.

Outre leurs souffrances physiques, ces infortunées enduraient dans leur âme les plus violents assauts des mauvaises passions, ce qui pour des cœurs aussi purs était plus intolérable que toutes les tortures du corps. Mais Dieu les garda toujours. Le démon, ne pouvant rien de plus, s'était emparé de leur langue et leur faisait prononcer les paroles les plus inconvenantes. La prière, autrefois leur plus douce occupation, leur était devenue insupportable. Elles avaient encore plus d'horreur de la sainte messe; elles s'évanouissaient d'ordinaire aussitôt qu'elle commençait, et il fallait les transporter ailleurs, pour les faire revenir à elles. Au confessionnal, elles devenaient muettes, ou tiraient la langue au confesseur pour se moquer de lui. Mais leur plus affreux tourment était une si violente tentation de se détruire, que quelquefois, échappant les unes aux autres, elles se retiraient dans les appartements les plus secrets de la maison, et là se frappaient la tête contre les murs, et se laissaient lourdement tomber à terre; elles ne cessaient de se maltraiter, jusqu'à ce que les personnes de la maison attirées par le bruit des coups et par leurs cris accourussent à leur secours. Une fois celle qui était mariée, saisie d'une frayeur subite, s'élança au plus haut de sa maison pour se précipiter en bas ; mais Dieu voulut que son mari s'en aperçut; il courut après elle et arriva juste à temps pour la retenir. Le démon, qui la poussait à cet acte de désespoir, la jeta alors avec tant de violence sur le sol qu'elle y demeura comme morte sans connaissance.

Des maux si étranges endurés par des femmes, surtout

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