LIVRE VI. — CHAPITRE IV
une longue résistance, qu'il était ruthène; qu'il était venu à la sollicitation d'une vieille sorcière ruthène, et que le sortilège mis en œuvre était le fil avec lequel cette femme attachait les fleurs qu'elle portait sur la tête, à la mode du pays. Sommé de répondre encore, et de déclarer par quelle vertu, après celle de Dieu, il serait surtout chassé, il jeta un grand cri, se tordit dans des convulsions horribles, grinça des dents, et dit enfin avec un grand dépit : « Par celle de Marie et d'Ignace. »
On continua les exorcismes pendant deux heures devant l'image du Saint, en invoquant le secours de la Mère de Dieu et le sien. Et comme il était à craindre qu'il n'y eût là quelque grand pécheur dont les fautes pouvaient faire obstacle à la grâce qu'on sollicitait, on exhorta de nouveau le peuple à demander pardon à Dieu de ses péchés, et à implorer pour cette malheureuse femme l'assistance de la sainte Vierge et de son serviteur saint Ignace. Tout le monde se mit aussitôt à prier à haute voix; alors la possédée, s'arrachant de vive force des mains de ceux qui la retenaient, fut jetée à terre par l'esprit immonde, et y demeura comme morte. Au bout de quelque temps, elle reprit ses sens; elle était entièrement délivrée. Plusieurs . des personnes présentes la relevèrent et la conduisirent devant le Saint Sacrement; là, au milieu de ses larmes de joie et de celles de tous les assistants, elle abjura le calvinisme et fit profession de la foi catholique.