GRACES SPIRITUELLES
avait point, pour le raffermir dans sa vocation, de remède plus ordinaire et plus assuré, que de l'engager à porter sur son cœur quelques parcelles des reliques de saint Ignace ; il suffisait de ce contact salutaire pour le ramener à de meilleures pensées, et lui faire changer de dessein. Je ne connais point de plus belle preuve de cette sollicitude d'Ignace à guérir les siens, que celle dont il usa envers un Frère coadjuteur, Alphonse Vêla, du collège de Baeza. Ce Frère était si obstinément résolu à quitter la religion, qu'il paraissait assiégé par une idée fixe plutôt que par une tentation. Pour le perdre, le démon avait mis en œuvre une ruse assez subtile. Il lui avait inspiré un grand désir de consacrer tous les jours plusieurs heures à l'oraison. Le Frère prit bientôt en dégoût les occupations de son office, et considéra le temps qu'il y employait comme dépensé en pure perte. Trompé par ces suggestions mensongères qu'il tenait pour des inspirations d'en haut, et ne s'en rapportant qu'à lui-même, il résolut de quitter la Compagnie, et d'entrer chez les Pères Déchaussés de Saint-François. Ce projet une fois arrêté, il s'y ancra avec une ténacité incroyable ; vainement les hommes les plus versés dans les choses spirituelles; vainement ses amis s'efforcèrent de lui découvrir l'artifice des démons, de lui montrer les dangers auxquels il s'exposait : après l'avoir gagné par cet appât du repos qu'ils lui offraient ailleurs, ces esprits pervers, lui disait-on, ne manqueraient pas d'autres prétextes pour le faire sortir encore de ce nouvel état; il ne voulut rien voir, rien entendre.
Il écrivit donc au Père Général, et après lui avoir fait part des inquiétudes et du malaise de son âme, du nouvel appel de Dieu et de sa ferme résolution de passer dans un Ordre plus contemplatif, il lui demanda la permission de se retirer. Puis, comme s'il n'eût plus eu le courage de supporter la vue des règles de la Compagnie et de la vie du saint Fondateur, il les enleva de sa chambre, et ne lut