LIVRE VI. — CHAPITRE IX
rait toute teinte de sang et appliquait sur tous ses membres ce remède divin.
La vision disparut et il se trouva non seulement hors de danger, mais entièrement guéri. Il fut fidèle à ses promesses, et mena dès ce moment une vie exemplaire. En témoignage de sa reconnaissance au Saint, son avocat et son sauveur, il se rendit au collège, remit au Père Recteur le récit détaillé de tout ce qui lui était arrivé, demanda un tableau de saint Ignace qui n'était pas encore béatifié, et l'exposa à la vénération publique des fidèles.
5. Le fait qui vient d'être raconté n'est pas le premier où saint Ignace intervint efficacement auprès de la sainte Vierge en faveur de ses amis. De son vivant, il eut le même privilège. En voici un exemple dont nous devons le récit à celui-là même auquel la chose arriva, et qui en a donné un témoignage authentique. Pierre Ferri, né à Padoue, était venu à Rome vers la fin de l'année 1546, et avait lié des rapports intimes avec le Saint. Il ne tarda pas à être pris d'une fièvre continue qui, après l'avoir tenu soixante-treize jours, dégénéra en fièvre maligne, et le réduisit bientôt à l'extrémité; les médecins le déclarèrent perdu. Saint Ignace allait souvent le visiter; il l'encourageait à supporter son mal avec patience, et lui faisait espérer un prompt rétablissement; il l'assurait même que Marie le guérirait. Le jour où le saint viatique fut administré au malade, il lui renouvela les mêmes promesses en termes tels qu'il semblait en avoir eu révélation.
En effet, la nuit qui, selon toute apparence, devait être la dernière, Pierre Ferri voit paraître devant lui une dame d'un aspect extrêmement aimable et majestueux, vêtue de blanc; une multitude de jeunes filles d'une incomparable beauté formaient son cortège. Pierre était éveillé; la dame s'avançant vers lui : « Pierre, lui dit-elle, veux-tu
guérir? » Et lui : « Si c'est le bon plaisir de Dieu et de sa sainte Mère, je guérirai volontiers. » Elle s'approcha alors davantage , lui remit une image semblable à celle de Notre-Dame de Grotta Ferrata , grande d'un quart de feuille, et lui dit de la placer sur son cœur. Pierre le fit, et s'endormit aussitôt du plus paisible sommeil.
Le médecin vint le lendemain de bonne heure voir s'il respirait encore; il le trouva endormi, le pouls très régulier. Il n'hésita pas alors à déclarer qu'à ses yeux c'était là un miracle évident. Saint Ignace se présenta quelque -temps après. « Eh bien, dit-il en entrant, n'ètes-vous pas encore guéri? » Pierre ayant répondu qu'il l'était : « Ne vous avais-je pas dit, reprit le Saint, que Notre-Dame vous ferait cette grâce? » Et il ajouta d'autres paroles qui remplirent de consolation son ami. Revenu à la vie et à la santé, Pierre Ferri sentit croître de jour en jour sa dévotion envers la Mère de Dieu; il vénérait aussi le P. Ignace comme un saint; car c'était à ses prières, il en avait la persuasion très certaine, qu'il devait et la visite de Notre-Dame et sa guérison.
Le miracle opéré à Naples, en 1605, dans la personne de Jérôme Maggi, fut encore plus extraordinaire. Cet homme était assiégé par tout un essaim de maladies, dont une seule aurait suffi à le faire mourir: fièvres continues, suffocations qui lui enlevaient la respiration et étaient suivies de longs évanouissements, hypdropisie telle que les médecins ne lui donnaient plus que trois jours de vie. Toute espérance humaine étant perdue, Jérôme eut recours à saint Ignace; il se fit apporter une de ses reliques et la mit avec une foi vive sur sa poitrine. Il ne l'eut pas tenue ainsi trois heures, qu'il se trouva guéri tout à la fois de la fièvre, des suffocations et de l'hydropisie, sans qu'il lui en restât le plus léger vestige.
A Santiago, capitale du Chili, une jeune fille noble, nommée Catherine Morales, fut atteinte, en 1603, d'une dangereuse maladie ; à la suite de cette maladie une mul-