‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 52 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE I W · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I W

sa plus grande gloire et le plus grand bien des âmes et de la Compagnie ; n'ayons partout et toujours en vue que la plus grande louange et la plus grande gloire de Dieu. »

Si touchante que fût cette lettre, les Pères ne se laissèrent pas convaincre. Ils auraient éprouvé une douleur inconsolable, si la mort leur avait enlevé le Saint, tellement que le P. Jérôme Natal, quittant Rome en 1555 pour se rendre en Allemagne, ne recommanda rien avec plus d'instance au P. Louis Gonzalvez, Ministre de la maison, que de veiller avant toutes choses sur la santé du Saint, afin que la Compagnie ne fût pas privée de son gouvernement. Ils furent donc très éloignés d'accepter sa démission, et, à l'exception du P. André Oviedo, homme d'une admirable simplicité, tous déclarèrent que, lui vivant, ils ne souffriraient pas que les rênes de la Compagnie passassent en d'autres mains. Le P. Oviedo assura lui-même qu'il avait donné son vote uniquement par déférence pour Ignace. Comme on lui demandait en effet comment il avait pu avoir un sentiment si différent de celui des autres , il répondit que , regardant Ignace comme un saint, il avait cru devoir lui soumettre son jugement. Il ne faisait pas réflexion qu'il faut distinguer entre ce que les saints pensent d'eux-mêmes et ce qu'ils sont véritablement.

Ignace fut donc obligé de s'incliner devant la volonté des siens ; mais de graves infirmités lui étant survenues, il essaya de s'en prévaloir au profit de son humilité. Dieu lui-même, disait-il, se déclarait en sa faveur, et lui accordait ce qu'il n'avait pu obtenir des hommes. Il se déchargea donc sur le P. Jérôme Natal de l'administration des affaires, et ne se réserva que le soin des malades. Jamais il n'aurait repris le gouvernement, s'il n'avait fait céder sa satisfaction personnelle à l'amour du bien commun ; mais celui-ci lui parut en péril entre les mains du P. Natal. Dès les premiers jours, en effet, le

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