‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 63 sur 305 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1 . Obéissance de saint Ignace. — 2. Sa pauvreté : comment il la prescrivait aux siens. — 3. Comment il la pratiquait lui-même. — 4. Sa reconnaissance envers ses bienfaiteurs et ceux de la Compagnie : le P. Codacio.

1. L'obéissance et la pauvreté sont filles de l'humilité; l'une nous dépouille de ce que nous sommes, l'autre de ce que nous avons, et ainsi toutes deux nous réduisent à ce néant auquel aspire l'humilité. Parlons d'abord de l'obéisssance.

Saint Ignace, chargé du gouvernement de la Compagnie, eut peu d'occasions d'exercer cette vertu; mais lorsqu'il s'en offrait quelqu'une, il montrait qu'il savait aussi parfaitement la pratiquer lui-même, que l'enseigner aux autres. Quand il se mettait au service du Frère cuisinier, il lui obéissait en toutes choses avec la promptitude d'un novice dans sa première ferveur. Il s'abandonnait aux médecins avec une résignation entière ; sur leur prescription, il rompit une fois le jeûne du carême qu'il avait continué avec plus de courage que de force, jusqu'au mercredi de la semaine sainte. Il ne pensa pas qu'il fût de la perfection de leur disputer, dans l'intérêt de sa dévotion, le peu de jours qui restaient encore. Obéir simplement et faire le sacrifice de sa propre volonté, lui parut mille fois plus agréable à Dieu que de mortifier sa chair contre les ordres de l'obéissance. Il pratiqua cette obéis-

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sance jusqu'au péril de sa vie, ainsi qu'il lui arriva une fois avec un médecin encore jeune et inexpérimenté qui faillit le tuer, au lieu de le guérir.

Il souffrait de violentes douleurs d'estomac. Le médecin, s'imaginant qu'elles provenaient du froid, tandis qu'elles étaient causées par un échauffement extraordinaire du foie, s'appliqua uniquement à le réchauffer. Ainsi il lui ordonna des potions presque brûlantes; il fît fermer les portes et les fenêtres de sa chambre, afin qu'aucun souffle d'air frais n'y pénétrât du dehors, et le chargea d'autant de vêtements qu'il put lui en faire supporter; par surcroît on était alors aux jours les plus chauds de la canicule. Saint Ignace n'ignorait pas qu'un semblable traitement était mortel; mais il garda le silence. Bien que ses douleurs s'accrussent par degrés jusqu'à devenir intolérables ; bien qu'il fût dévoré par la soif, qu'il eût des évanouissements et fût couvert d'une sueur si abondante que ses vêtements en étaient inondés, il ne dit pas un mot. Enfin, sentant ses forces s'épuiser, il remit à un des Pères les soins du gouvernement, pour se préparer plus librement à la mort, et demanda que personne, à part l'infirmier, n'entrât dans sa chambre. On comprit alors qu'il y avait lieu de s'inquiéter du traitement suivi jusque-là, et l'on se hâta de mander Alexandre Petronio, habile médecin, tout dévoué à Ignace. Petronio en arrivant se récria contre l'ignorance de son jeune confrère; il fit retirer cet amas de vêtements, aérer la chambre, appliquer au malade des compresses d'eau fraîche; en un mot, il lui prodigua tous les soulagements que demandait son état, et en peu de jours il le rétablit complètement.

L'obéissance d'Ignace envers le Souverain Pontife était encore plus admirable. On aurait peine à croire avec quelle promptitude de volonté et quelle soumission de jugement il était prêt à suivre ses ordres. Du jour où il s'était remis entre ses mains, en faisant le vœu d'aller,

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