‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 64 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE III

pour le service de l'Église, en quelque partie du monde qu'il fût envoyé par lui, il n'éprouva plus ni désir, ni inclination quelconque pour un lieu plutôt que pour un autre ; il n'attendait d'autre impulsion que celle du Pape. Un jour, c'était avant la confirmation de la Compagnie, le P. Lainez lui disait que, puisque l'espérance de passer en Palestine était perdue, il sentait dans son âme le désir d'aller aux Indes travailler à la conversion des infidèles : « Pour moi, reprit Ignace, je n'éprouve ni ce désir, ni aucun autre semblable; et si je l'éprouvais, je m'en déferais. » Lainez ayant paru surpris : « Ne sommes-nous pas, ajouta-t-il, liés au Souverain Pontife par un vœu spécial? Ne devons-nous pas être prêts à nous porter, sur un mot de sa part , vers quelque lieu du monde que ce soit? Je suis donc également disposé pour toutes les régions, et de mon chef et de ma propre volonté, je ne désire pas plus l'Orient que l'Occident. Si comme vous, je sentais quelque préférence pour un pays plutôt que pour un autre, je m'efforcerais de m'incliner dans une direction opposée, jusqu'à ce que je me fusse établi dans un parfait équilibre. »

Tout vieux et infirme qu'il était, on l'entendit répéter plus d'une fois que sur un signe du Vicaire de Jésus-Christ, il irait à pied, un bâton à la main, jusqu'en Espagne, ou bien qu'il se rendrait à Ostie, ancien port de Rome, et que là, il s'embarquerait, sans provisions pour le voyage, sur le premier bateau venu, ce bateau fût-il tout désemparé, sans voiles ni rames, sans vergues ni mâts, ni gouvernail; en agissant ainsi, non seulement il n'aurait aucun effort à faire, mais il goûterait la plus grande des consolations. Ces paroles scandalisèrent un de ces sages qui pèsent dans une même balance les choses de Dieu et celles des hommes : «Père Ignace, dit-il, où serait votre prudence? » — « La prudence, répondit le Saint, n'est pas la vertu de celui qui obéit, c'est la vertu de celui qui commande; ou s'il faut être prudent, ce doit être uniquement

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pour renoncer à la prudence, dès qu'on ne saurait être prudent sans cesser d'être obéissant. »

2. Saint Ignace appelait la pauvreté le ferme rempart de l'état religieux ; il l'aimait comme une mère; c'est le nom qu'il avait encore coutume de lui donner. Tl voulait que la Compagnie la portât au plus haut point de perfection compatible avec la forme de son Institut. Notre vocation étant de travailler au service du prochain, c'est une obligation pour nous de nous préparer par tous les moyens les plus propres à faire du fruit dans les âmes. Un de ces moyens consiste principalement dans l'étude; mais comme, d'un autre côté, nous ne pouvons rien recevoir pour nos ministères, le Saint qui savait par une expérience de plusieurs années, combien l'étude s'accorde mal avec la nécessité de mendier, détermina très sagement que les collèges auraient des revenus. Les noviciats sont considérés comme des collèges en formation, et peuvent à ce titre en posséder aussi, mais non les maisons professes. Celles-ci sont des hôtelleries, et ceux qui les habitent, des voyageurs sans demeure fixe, toujours prêts à partir pour tel lieu du monde où ils seront envoyés.

Au reste , les revenus des collèges sont possédés en commun, et s'accordent très rigoureusement avec la pauvreté individuelle. Personne n'est plus riche dans un collège riche, ni plus pauvre dans un collège pauvre. Chacun reçoit ce qui lui est nécessaire pour vivre comme un pauvre et pour travailler; hors de là, il ne peut rien avoir en propre. C'est pourquoi, quand il passe d'un collège à un autre, il n'emporte rien, à l'exception de ses écrits. Ce dont il aura besoin pour vivre , se vêtir et exercer son emploi, il le trouvera dans le nouveau collège ou il est envoyé. Quelque accroissement qui survienne dans les revenus d'un collège, rien n'est changé, si ce n'est le nombre des sujets qui s'augmente en pro-

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