LIVRE V. — CHAPITRE IV
Ignace avait dans l'expression de ses yeux quelque chose de si vif à la fois et de si joyeux, que lorsqu'il voulait consoler quelqu'un, il lui suffisait presque de le regarder. Mais il les tenait d'ordinaire baissés et si parfaitement composés qu'ils paraissaient comme éteints. C'était une partie de cette modestie qui éclatait dans toute sa personne. Sous ces dehors si bien réglés, on reconnaissait cette fleur de pureté, don précieux que lui avait fait la Mère des vierges, lorsque lui apparaissant pour la première fois à Loyola, elle l'avait délivré de toute révolte de la concupiscence, tellement qu'on pouvait dire de lui comme le bienheureux Ennodius d'un grand serviteur de Dieu : il ne se souvenait d'être revêtu de la chair, que quand il pensait à la mort qui devait l'en dépouiller (1).
3. Il traça de cette vertu un magnifique portrait, où il n'eut besoin que de se copier lui-même, et en formula la pratique en douze articles qu'il intitula Règles de la modestie. Ces règles renferment tout ce qui peut servir à donner des manières à la fois dignes et religieuses, absolument nécessaires à celui qui converse avec le prochain ; car la modestie est une prédication très efficace faite par cette philosophie silencieuse dont parle TertuUien, elinguem philosophiam (2), qui enseigne non seulement par l'habit, mais encore par l'exemple; l'âme, suivant une expression de saint Ambroise, parle par l'expression du visage, imago quœdam animi loquihir in vultu (3); les sentiments intérieurs qui échappent aux yeux se font jour par ce qui apparaît au dehors.
Ces Règles coûtèrent bien des larmes à saint Ignace ; il en fit plus de sept fois le sujet de ses oraisons, ainsi qu'il le déclara lui-même un jour, en voyant la négligence d'un Ministre à les faire observer, comme si c'étaient des
(1) De S. Epiph. Ep. Ticin.
(2) De Pallio, c. vi.
(3) Lib. VI. Hex. c. ix.