CHAPITRE V
1. Circonspection de saint Ignace dans ses paroles et dans ses lettres. — 2. Combien il estime et (joûte /'Imitation de Jésus-Christ. — 3. Renoncement intérieur; esprit d'oraison.
1. L'ordre qui régnait dans l'âme de saint Ignace se traduisait encore dans ses paroles. En effet, la langue et le cœur ont entre eux une correspondance naturelle ; ainsi dans une horloge, si les rouages intérieurs se dérangent, Taiguille extérieure se trouble et erre au hasard. Dans les plus graves réprimandes, jamais il ne lui échappa un mot qui sentît le mépris ou fût de nature à offenser; ce n'était pas la colère, sous le couvert du zèle, qui le faisait parler, c'étaient la raison, le désir de corriger le coupable et de maintenir la discipline commune. Quelle que fût la chose qu'il eût à dire, qu'il fît un simple récit, ou essayât de convaincre ses auditeurs, il n'y ajoutait rien, et se contentait de la faire paraître telle qu'elle était en elle-même avec ses circonstances.
Ce n'était pas non plus son habitude de tirer lui-même les conséquences de ce qu'il avançait, et beaucoup moins d'y joindre des réflexions et des commentaires. Aussi disait-on qu'il embrassait plus en quelques traits que d'autres en beaucoup de paroles, et qu'il y avait dans ses discours plus de choses que de mots. D'autres, pour dire beaucoup, s'étudient à chercher de longs développements ; lui, au contraire, s'occupait de ce qu'il pouvait laisser.