‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 80 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE V

Car enfin, c'est la vérité qui donne la force et doit remporter la victoire ; débarrassez-la donc d'un poids inutile, et qu'elle ne soit pas comme ces lutteurs chargés d'inutiles vêtements , d'autant plus faibles et plus faciles à vaincre qu'ils en sont plus accablés. Le P. Louis Gonzalvez a même fait cette remarque que s'il répétait au bout de plusieurs années une chose déjà dite précédemment, il la rapportait dans le même ordre et dans les mêmes termes que la première fois. C'est que sa parole était comme le pinceau d'un peintre qui copie la nature, au lieu de suivre les caprices de l'imagination; rien d'étonnant que tous les tableaux de cet artiste se ressemblent, puisqu'ils sont pris sur le même modèle.

Circonspect dans ses promesses, Ignace n'allait pas au delà de ce qu'il espérait pouvoir donner. Une fois pourtant il lui arriva de prendre vis-à-vis de je ne sais quel gentilhomme un engagement, qui se trouva dans la suite plus difficile à tenir qu'il ne l'était au moment de la promesse. Depuis plus de dix ans, confessa-t-il à cette occasion, pareille chose ne lui était pas arrivée.

A l'égard des actions d'autrui , même de celles qui étaient du domaine public, il était d'une réserve extrême ; très sobre pour la louange, il était absolument muet pour le blâme. Vis-à-vis des grands, que chacun se permet de critiquer et de juger, non seulement il se gardait de condamner leur gouvernement, quand le public l'attaquait, mais il s'abstenait encore de parler des mesures utiles qu'ils auraient pu prendre , afin de ne pas paraître les tenir pour des gens ou peu clairvoyants s'ils n'avaient pas su les deviner, ou peu équitables s'ils avaient refusé de les adopter.

Un des quatre Pontifes qui occupèrent la chaire apostolique pendant le séjour de saint Ignace à Rome, était assez mal vu du public, pour différents motifs, mais surtout à cause de son extrême sévérité. On ne l'épargnait guère. Ignace s'étudiait à rechercher tout ce qu'on pouvait

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dire à son avantage , et il répondait par des éloges aux doléances des personnes du dehors. Le même Pontife manifestait en plus d'une manière des dispositions peu bienveillantes pour la Compagnie ; Ignace ne souffrit jamais qu'aucun des Nôtres s'en plaignît ; et comme un Père partait alors pour la Flandre , il lui ordonna d'une manière toute particulière de ne parler qu'en bonne part de sa conduite et de ses sentiments à notre endroit; celui-ci ayant répondu qu'il ne savait comment excuser quelques-uns des actes de ce Pontife : « Eh bien, reprit-il, n'en dites rien, et parlez du pape Marcel. » Marcel II pendant son cardinalat d'abord, puis durant son trop court pontificat, avait donné à la Compagnie des témoignages d'une affection dont elle gardera toujours un souvenir plein de reconnaissance.

Dans la conversation, Ignace ne passait point sans raison d'un sujet à un autre, comme si le hasard, en éveillant sa mémoire, avait guidé sa langue ; et quand on se permettait, sans y prendre garde, ces brusques divagations, il demeurait quelque temps sans répondre, pour faire remarquer l'inadvertance ; puis il regardait son interlocuteur en silence. Ceux qui ont vécu de longues années avec lui, disent que ses paroles étaient comme un texte de lois, tant elles étaient justes, bien pesées, et en parfaite harmonie avec leur objet, sommaires dans l'expression, mais prolixes dans les choses, summaria quidem in verbis, in rébus rero prolixa, suivant le mot d'un ancien en parlant de Pythagore, dont le langage tenait de celui du législateur (1).

Dans sa correspondance, il apportait encore plus de circonspection. Aucun mot ne sortait de sa plume qu'il ne l'eût mûrement examiné; et quant aux lettres que son secrétaire expédiait en son nom, il ne se contentait pas de les relire, il les étudiait de près et les corrigeait avec une extrême sévérité. Le P. Martin Olave avait pré- Ci) Max. Tyr. Serm. 15.

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