‹ Saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de JésusChapitre 99 sur 305 · LIVRE V. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE VII

Elles peuvent aider, en efTet, à se vaincre soi-même, et à gagner un accroissement de grâce, surtout dans les commencements. Mais ce qui n'est pas moins vrai, c'est que, pendant le cours de vos études, et l'amour-propre une fois vaincu par le secours de la grâce, il vaut[] mieux se diriger en cela d'après la mesure de la modération que vous signale l'obéissance, vertu que je vous recommande très instamment, parce qu'elle embrasse et comprend toutes les autres.

» Avec elle je vous recommande non moins instamment le précepte que Jésus-Christ Notre Seigneur appelle sien : <c Mon précepte, dit-il, est que vous vous aimiez les uns les autres. /Toc est prœceptum meum ut diUgatis invlcem (1).» Et non seulement vous devez entre vous vous aimer réciproquement, mais vous devez encore embrasser dans cette même charité tous les autres hommes, et travailler sans cesse à allumer dans vos âmes le désir du salut du prochain, appréciant ce que chacun vaut et ce qu'il a coûté à Jésus-Christ notre Dieu et Seigneur. Par là croissant d'un côté en science, et de l'autre en charité fraternelle, vous vous rendrez de dignes instruments de la grâce divine, et elle se servira de vous pour le très sublime ministère de ramener les âmes à Dieu qui est notre fin dernière.

» Ainsi donc, dans le temps que dureront vos études, gardez-vous de croire que vous soyez inutiles à l'avancement spirituel du prochain. Car, outre que vos âmes se fortifient dans la vertu, comme vous le demande la charité bien réglée, Miserere aniinœ tuœ, placens Deo (2), vous pouvez coopérer de plusieurs manières à la gloire de Dieu et au salut du prochain.

» Vous le pouvez, dis-je, tout d'abord par votre travail, et l'intention avec laquelle vous l'entreprenez et le poursuivez, laquelle est véritablement d'aider le prochain en son temps. Qui pourrait dire en effet que des soldats,

(1) JOANN. XV, i2.

(2) EccLi. XXX, 2i.

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occupés à préparer leurs armes et à se pourvoir de munitions pour les batailles, ne travaillent pas au service de leur prince? Et quand bien môme quelqu'un de vous serait atteint par la mort, avant d'avoir pu s'élancer de la retraite pour travailler extérieurement au salut des âmes, il ne perdrait point pour cela le mérite du travail qui l'y préparait. Vous devez offrir chaque jour à Dieu cette préparation, pour travailler ensuite en son temps; et, s'il plaît à la divine Majesté de l'accepter, il peut se faire qu'elle ne soit pas d'un moindre secours pour le salut des âmes que la prédication elle-même et les confessions.

» La seconde manière d'aider le prochain durant vos études est de vous rendre vous-mêmes entièrement vertueux et saints; car plus vous le serez, plus vous rendrez les autres tels. En voici la raison; c'est que Dieu, d'ordinaire, agit dans l'économie de la grâce, proportion gardée, comme il agit dans l'économie de la nature. Or de môme que, pour communiquer la vie naturelle, il faut, comme la philosophie et l'expérience nous l'enseignent, indépendamment des causes universelles, un agent immédiat de la môme espèce qui transmette au sujet la forme que l'on veut produire; de même, dans l'ordre de la grâce, la divine Sagesse a établi que ceux dont elle se sert comme d'instruments ou de cause pour donner aux autres l'humilité, la patience, la charité ainsi que les autres vertus, soient eux-mêmes d'abord humbles, patients et charitables. Ainsi, je le répèle, vous servez le prochain, pendant que vous vous rendez des instruments capables de le servir, en vous armant de science et de vertu, autant qu'il est nécessaire pour vous rendre parfaits en l'une et en l'autre.

» La troisième manière d'aider le prochain est le bon exemple de la vie. Gomme je l'ai dit au commencement de cette lettre, la bonne odeur que par la grâce de Dieu vous répandez, édifie et console non seulement le royaume de Portugal, mais encore les autres royaumes où elle par-

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