‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 131 sur 396 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

2. Le Registre de la Rectorie ne marqua pas, pour les incipientes de i534> le nom des patrons choisis par les candidats.

3. Mortier, O. P., Hist, abregee de I'Ordre de S. Dominique en France, Paris, Mame, 1920, 190, 198-199, 202; A. Renaudet, op, cit., 464, 594, 617, 659, 693.

Paris. Des dominicams de tous pays, et notamment d'Espagne, Y venaient etudier, prendre leurs grades. C'etait, dans 1'Ordre, une maison de formation pour les futurs maitres de theologie. L'agregation du couvent a la Congregation observante et reformee de Hollande, avait ajoute le renom de la vertu a celui du savoir.

On sait combien, a travers le xv e siecle, les bruyantes querelles entre nominalistes et realistes avaient rempli de tumulte les ecoles et le Parlement de Paris. Malmenes par instants, les nominalistes avaient fini par obtenir le droit de cite pour leiirs doctrines, au point de 1'ernporter, en quelques colleges 1 . Mais au debut du xvi e siecle, cut lieu une conversion intellectuelle retentissante. Le Flamand Pierre Crockaert, brillant disciple de Jean Major a Montaigu, et tres fougueux nominaliste, en revtant 1'habit de saint Dominique au couvent de Saint- Jacques, en 1503, devint thomiste determine. Pendant dix ans (1504-1514) ses leons attirerent des auditeurs. En mourant, il laissa sa chaire a un disciple plus grand que lui, 1'espagnol Franois de Vitoria. Lorsque Vitoria, apres deux annees (1522-1524), partit pour Salamanque, il eut pour successeur Frere Pierre de Nimegue (1524-1526). Ces trois lommes, en vingt ans, etablirent a Saint- Jacques de Paris, une tradition. Leurs livres, en commentant la Somme de saint Thomas au lieu des Sentences de Pierre Lombart, marquerent une orientation nouvelle de 1'enseignement; celle-la meme que Thomas de Vio venait de lui donner.

Assurement, tous les dominicains de Paris n' avaient point les memes tendances. Pour ne citer que deux noms parmi les plus connus de cette epoque, Aime Maigret et Guillaume Petit etaient autrement engages dans ce mouvement humaniste tent redoute et combattu par les theologiens de la Sorbonne. Lies avec Lefevre d'fitaples, ils auraient voulu, comme lui, renouveler, non seulement le langage, mais les methodes et theories de Tancienne scolastique.

! Du Boulai, op. cit., V.

Les maitres de la rue Saint- Jacques, que nous avons nornmes, en prenant Thomas d'Aquin pour guide, rattachaient leur ecole a un passe glorieux et a un docteur qui etait un saint. Ceci etait pour plaire a Inigo de Loyola. Au milieu des courants divers, qui, a Paris, emportaient les esprits, il se dirigea, comme d'instinct, vers celui qu'emplissait le flot d'une tradition lointaine. II ne nous a pas dit le nom de ses professeurs de theologie. Ce furent certainement les memes que Bobadilla nomme en ses memoires x : a savoir, Mathieu Ory et Jehan Benoit; et peut-etre faut-il y ajouter Frere Thomas Laurent. Inigo ne profita pas longtemps de leurs Ie9ons, oblige qu'il fut, de quitter Paris apres dix-huit mois d'etudes chez les dominicains. Mais on doit penser que 1'ecole de la rue Saint- Jacques fut le berceau de cette affection de preference pour saint Thomas, que le fondateur de la Cornpagnie de Jesus marquera plus tard, dans Pendroit de ses Constitutions ou il regie les etudes de son Ordre.

Au bout de sept annees passees a PUniversite de Paris (1528-1535), Inigo de Loyola possedait, non pas certes, la vaste culture d'un Bude ou d'un Lefevre d'fitaples, mais une serieuse initiation aux disciplines scolaires de son temps. Nous avons, sur la valeur de son savoir, la declaration d'un temoin qui le vit alors de pres : Jacques Laynez. Voici ses paroles textuelles, a quoi il n'y a rien a ajouter, parce que, dans leur brievete et leur franchise, elles disent tout : Bien qu'il cut a P etude plus d'empechements que les autres, cependant, il y mit une si grande diligence qu'il profita, cceteris paribus, autant et plus que ses contemporains, atteignant une honnete moyenne de connaissances, comme il en temoigna par ses

i. Man. Bobadillce, 614. Bobadilla nous dit aussi qu'il suivit les le?ons de M e Pierre de Cornibus, frere mineur, non satis laudatum apud theologos. Ignace cut certainement d'amicales relations avec ce docteur; il 1'appelle meme son maitre, dans une lettre a Diego de Gouve"a, 23 sept. 1538. II est vrai que, dans la mSme lettre, il donne le me"me titre a Jacques Barthelemy et a Fran9ois le Picard, prdtres sdculiers dont il est difficile de dire s'ils furent vraiment ses professeurs.

LE MAITRE ES-ARTS t)E PARIS 197

examens publics et dans ses disputes avec les ecoliers de son cours 1 .

Stranger a notre pays, ayant souffert a cause de son zele mille tracas, cet etudiant de quarante ans bien sonnes garda toujours, de son passage a Paris, un reconnaissant souvenir. II mettait notre Universite au-dessus des Universites espagnoles. A son frere Bertrand, qui voulait envoyer son cadet fimilien etudier a Salamanque, il n'hesitera pas a ecrire 2 , en 1539 : Si mon jugement a quelque poids, je vous dirai d'envoyer fimilien a Paris, parce que, la, vous le ferez profiter en peu d'annees, plus qu'en beaucoup d'annees dans une autre Universite; et puis, c'est un pays ou les etudiants gardent plus d'honnetete et de vertu; et, pour ma part, dans le desir que j'ai de son avancement, je tiendrai qu'il prit le chemin de Paris; dites-le a sa mere, au cas ou Araoz n'irait point par la, il ne manquera pas de personnes d'autorite et de bonne vie qui prendront grand soin d'fimilien. L'avis ne fut point suivi. II n'en etait pas moins la conclusion autorisee d'une experience qui ne s'egarait pas. Nous ignorons quelles idees Inigo de Loyola avait de Paris, quand il y arriva en fevrier 1528. Mais, des 1'abord, deux faits durent produire sur lui la plus profonde impression : une procession solenelle et un concile.

Dans la nuit du lundi de la Pentecote (i er juin 1528), des malfaiteurs sacrileges briserent la tete d'une statue de la Vierge dressee au coin de la rue des Rosiers, au quartier Saint- Antoine. Fra^ois I er s'emut et demanda des actes eclatants de reparation. Le 9 juin, eut lieu une procession solennelle de I'Universite. Le n, le roi fit la sienne avec la paroisse Saint-Paul. Le 12, procession generate de toutes les paroisses. Avec tout le clerge, tous les eveques presents a Paris, le cardinal de Lorraine, le Parlement, la cour des Comptes, la noblesse, les princes du sang, le roi. Chacun tenait en main une torche de cire blanche. Les maisons etaient pavoisees. Quand le roi fut arrive a la rue des Rosiers, il prit des mains

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