Ep. etinstr., II, 494-495; XII
LA DOCTRINE SPIRITUELLE D'lGNACE DE LOYOLA 307
-M* priez Dieu Notre-Seigneur, qu'il vous fasse la grce de souifrir beaucoup pour son amour; ce bienfait en renferme beaucoup d'autres 1 .
Sans etre docteur en theologie, il salt, pour avoir lu Plivangile, que le plus grand commandement est d'aimer Dieu de toute son slme et de toutes ses forces. Get amour est, dans le ciel, toute la vie des ems; il doit etre le principal de la vie des chretiens sur terre. Combien 1'oublient! Ignace Pa constate, en Guipuzcoa, en Castille, en Catalogne, a Jerusalem, en Italic, a Paris, dans les Pays-Bas, en Angleterre, bref, partout ou il a porte ses pas de pelerin. Combien il Pa oublie lui-meme ! Pourquoi ? L'amour desordonne de soi explique tout. Saint Augustin Pa dit avec magnificence. Ignace de Loyola Pa vu, d'un regard aussi penetrant, en contemplant la misere de son propre coeur et celle du coeur de ses contemporains. Aussi, conclut-il avec force au mepris et a la hame de soi, precisement pour allumer, a coup sur, dans les poitrines humaines, un incendie d'amour divin. Le regne de Dieu dans PEurope chretienne, parmi le clerge et les monasteres, dans la Rome des Papes et dans les pays infideles, ne sera etabli qu'a ce prix. La conversion du coeur n'est qu'un renversement d'amour.
A cette operation difficile et necessaire, le Christ a ordonne, comme a sa fin, la priere, les sacrements, le culte, le sacerdoce, P^glise elle-meme. Malgre quoi, des chretiens sans nombre hesitent a etouffer en eux leurs convoitises mauvaises. II s'ensuit, sans conteste possible, que Peffort premier d'un ouvrier du royaume de Dieu doit etre d'entrainer les ames a 1'abnegation de soi. Le Christ n'a-t-il pas enferme dans ce mot tout le christianisme pratique ? C'est a faire comprendre et a faire vivre ce mot douloureux et fecond, qu'Ignace de Loyola s'applique. Toute la force sanctifiante de ces Exertices et de sa direction vient de la. Qu'il s'agisse des religieux de son Ordre, ou des pretres seculiers, ou des moniales contemplatives ou des chretiens du monde, peu lui importe; a
T. Scr. de S. Ign., I, 408.
tous, il repete le meme refrain evangelique : renoncez-vous vous-meme pour 1'amour de Jesus-Christ souffrant et humilie. Si on lui avait objecte la variete multiforme des dons divins, la liberte souveraine du Saint-Esprit dans la conduite des jimes, la merveilleuse efficacite des plus hautes oraisons pour embraser le coeur d'ardeurs apostoliques, il aurait repondu par les maximes favorites que voici. Dieu veut nous faire plus de bien que nous ne pourrons jamais le souhaiter ou le concevoir. Personne ne sait ce que le Seigneur ferait de lui, en retour d'une fidelite constante 1 . II est d'experience que, sur cent ames adonnees a de longues oraisons, quatre-vingts ou quatre-vingtdix sont dans 1'illusion et risquent fort de s'enteter dans leurs pratiques indiscretes 2 . L'ouverture de conscience et 1'obeissance au pere spirituel, la pratique genereuse de 1'abnegation en toutes choses 3 , sont les deux gonds de la vie interieure, Ces deux points fixes assures, la securite de 1'ame est certaine. Elle pourra etre assaillie de tentations, enveloppee d'obscurites, abreuvee de degouts; le tout est de durer, dans la patience et aussi dans la priere; surtout la priere qui met le coeur en mouvement plus que la tete et celle qui se fait en ayant Dieu present devant les yeux 4 ; en recompense de cette attitude humble et confiante, la paix, la lumiere, la douceur viendront 5 . L'onction du Saint-Esprit ce mot est usuel sur les levres d'Ignace se fera infailliblement sentir. Elle aidera a determiner le regime de la priere, celui de la penitence, celui de 1'action, meme apostolique. Et la communion frequente, quotidienne, faite avec un vif desir de vivre divinement, aura pour effet immanquable, non seulement de preserver le coeur des atteintes du mal, mais de Tenflammer de 1'amour de son Createur et Seigneur 6 .