‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 18 sur 396 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Parmi les trois provinces basques de par dela les Pyrenees, 1'une s'appelle Guipuzcoa. D'apres un historien local 1 du xvi e siecle, Guipuzcoa signifie faire menace a 1'ennemi ; comme qui dirait : Nous te mettrons en pieces. L'histoire de ce coin de terre est assez feconde en prouesses guerrieres, pour lui meriter un nom qui sonne comme un defi. Voulant expliquer, dans son Compendia historial, le caractere belliqueux des Guipuzcoans, Lope de Isasti z fait une remarque fort simple : dans le pays le minerai de fer abonde, les eaux potables en sont chargees, les habitants ont du fer dans les veines; c'est tout le secret de leur trempe energique. Au reste le pays est montagneux, la pluie frequente, le vent du nord domine; les gens ne connaissent que la vie des forges ou des champs; les tours et chateaux des vingt-quatre families principales, appelees Parents majeurs 3 , sont tous b^tis en rase campagne. Plonges, des Penfance, dans un tel milieu, hommes et femmes forment une forte race, au corps resistant, a 1'dme fiere.

1. Le bachelier Juan Martinez Valdivia cite par Lope de Isasti.

2. Compendia historial de Guipuzcoa, p. 260. Lope de Isasti, pretre guipuzcoan du xvii siecle, a 6crit son ouvrage a Madrid en 1614-1626. Reste 1 longtemps ine'dit, le Compendia a dte imprime en 1850 aux frais de la de"putation provinciale de Guipuzcoa.

3. Les parientes may ores encore appeles chefs de lignage ^taient au nombre de 24 en Guipuzcoa. Ces f^odaux formaient deux partis (bandos), les Qnacinos et les Gamboinos. Lcurs querelles ensanglantent encore le Pays au xv a siecle. Lope de Isasti dans son Compendia (p. 75), et d'autres chroniqueurs avec lui, donnent la liste des 24 parientes mayores. Les Loyola

en tete des Onacinos.

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Enserre entre la Biscay e a 1'ouest, 1'Alava au sud, la Navarre a Test, borne au nord par la France et 1' Ocean cantabrique, le Guipuzcoa se trouve comme mure, par la nature meme, dans son particularisme. Survole par un avion, ce carre de 33 lieues de tour apparaitrait aux regards partout herisse de hautes masses montagneuses ; coupe, du sud-est au nord-ouest, par cinq vallees de direction plus ou moms parallele, fort etroites, au fond desquelles coulent vers la mer, en filet mince et rapide, des ruisseaux dont 1'hiver fait des torrents.

Sensiblement au milieu de ce carre, 1'Urola trace son sillon. Parti des montagnes d'Onate qui separent le Guipuzcoa de 1'Alava, il parcourt la vallee de Legazia toute semee de forges, descend a Zumarraga, s'engage dans la vallee de Tlraurgui, laissant a gauche Azcoytia et Azpeitia, pour aller se jeter, par Cestona, Arona et Zumaya, dans les eaux cantabriques. En bordure de la vallee paisible, sur la rive gauche de 1'Urola, 1'Izaraitz dresse sa crete depouillee, trouee de carrieres de marbre. Sur la bord oppose, l J Aramontzo etale les frondaisons de ses bois et ses blanches maisons paysannes.

Les bosquets ombreux de chenes, de hetres et de ch^taigniers, qui cachaient la maison de Loyola, au xvi e siecle, ont disparu. La masse austere et grandiose d'un College, b&ti au temps de Marie- Anne d'Autriche, mere de Charles II, domine aujourd'hui 1'antique manoir et 1'enveloppe 1 .

Quand Ignace de Loyola vint au monde, les demolitions ordonnees par les rois de Castille, au siecle precedent, avaient tout a fait enleve a la forteresse sa silhouette feodale a . Elle avait des lors 1'aspect singulier qu'elle offre a nos regards. Le Castillo est un cube de 16 metres de cote. Les murs du rez-de-chaussee et du premier etage, epais de 2 metres, sont formes de blocs de pierre mal degrossis, assembles sans art,

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