‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 17 sur 396 · Id., ibid., VI · texte numérisé non relu

Id., ibid., VI

chasse, des jours de politique ou le soin de 1'Etat Tabsorbait, des jours de fievre guerriere ou ce vicaire du Christ, cuirasse et botte, pressait la marche des troupes en campagne, le premier leve, le dernier couche, sobre comme un spartiate, dur a la fatigue, indifferent aux intemperies. Malgre tout, Jules II fut autre chose qu'un soldat ou qu'un politique superieur.

Son enfance avait grandi, dans I'atmosphere d'un couvent de Saint- Fran9ois, sous le rayonnement de la piete de son oncle, le futur Sixte IV. Cette religion profonde des premieres annees put s'evaporer sous le vent des passions, dans 1'orgueil des grandeurs, par la contagion des scandales remains et parmi les tracas du gouvernement. Mais le feu divin couva toujours dans ce cosur ardent. Et cela parut bien aux derniers jours du pape. Contraint de s'aliter le jour de Noel 1502, les pensees de 1'eternite monterent d'elles-memes a son esprit. II en parlait souvent, tout en continuant de vaquer aux affaires. Le malade ne quittait plus ces stanze ou le pinceau de Raphael avait traduit, en fresques immortelles, la breve formule du savoir laissee par Pic de la Mirandole : Philosophia quaerit, Theologia invenit, Religio possidet. Lorsque le pas de la mort se fit entendre au seuil de sa chambre, le vieux pontife Tecouta sans trembler. Lucide, tranquille, il regla avec Pares de Grassis (4 fevrier 1513) ses dernieres volontes et ses funerailles. Quelques jours plus tard (16 fevrier) il donna ses instructions pour la 5 e session du Concile de Latran; il y revint, le 19, dans la plenitude de son intelligence et de son vouloir. Le 20, il se confessa, re?ut le saint Viatique, fit appeler les cardinaux, auxquels il parla en latin, comme dans un consistoire; implorant leurs prieres, leur recommandant la crainte de Dieu et 1' observation de sa loi, les adjurant de suivre, dans les elections imminentes, les prescriptions de sa bulle du 15 fevrier. Dans la nuit il rendit son ame a Dieu. C'etait finir en pape.

Jules II n'oublia jamais completement qu'il l'6tait. Sa bulle contre toute simonie dans les conclaves date des premieres anne"es de son regne; elle temoigne du noble souci de mettre le vicaire de Jesus-Christ, des le jour de son election, dans une

mdependanec parfaitc. Le soin de propager la foi chretienne fut tres vif chez Jules II : il donna des eVeques aux jeunes colonies d'Amerique ; des missionnaires aux Indes, a 1'Ethiopie, au Congo; il reva de convertir le Shah de Perse et s'occupa des Hussites de Boheme. La defense de la pure doctrine ne le laissa pas indifferent, comme en temoignent les poursuites centre les Marranes de Rome (1503-1513); le supplice de quatre dominicains suisses qui trompaient le peuple par de faux miracles; la condamnation de Tanthropomorphisme de Pierre de Lucca; 1'etablissement des inquisiteurs a Toul, a Naples et a Beneventjles demeles avec les souverains d'Angleterre, d'Espagne, de Hongrie, de Savoie et de Venise, quand ils empieterent sur les droits de 1'Iiglise. Son action se fit aussi sentir dans la reforme des monasteres d'ltalie, de France, de Suisse et d'Irlande ; il regla la vie conventuelle des religieux etudiants dans les Universites, reorganisa la Congregation benedictine du Mont Cassin, reduisit a une certaine unite les multiples families de saint Fra^ois, etablit 1'autorite de la Grande Chartreuse sur les autres maisons de 1'Ordre, prit des mesures pour la prosperite des olivetains et des augustins du Saint-Sauveur, et confirma les nouveaux statuts donnes par saint Fran9ois de Paule aux minimes.

Telles sont les traces que le court bullaire de Jules II porte de son activite apostolique. Elles prouvent que Guichardin et Gregorovius calomnient, lorsqu'ils pretend.ent que 1'indigne neveu de Sixte IV n'avait rien d'un pretre. II n'est pas jusqu'aux efforts de Jules II, pour retablir par les armes le patrimoine de saint Pierre dans son integrite, qui ne precedent d'un sentiment de religion ; car il y voyait la garantie de 1'independance spirituelle du Pontife romain et le seul moyen d'echapper a la vassalite subie par les papes d' Avignon. Et c'est ce qu'a reconnu le protestant allemand Burchard, quand, dans son Hvre sur la Renaissance en Italic, il appelle Jules II le Sauveur de la Papaute .

Lorsqu'on regarde au Musee des Offices, a Florence, le portrait dans lequel Raphael a fixe pour la posterite la figure

de Julien de la Rovere, on eprouve une sorte d'inquietude. Le pape est assis dans un fauteuil; sa barbe grisonnante descend sur sa mozette rouge ; la tete est inclinee sous le poids des soucis, plus que de 1'^ge; et les regards profonds et vifs, semblent scruter, sans les pouvoir penetrer, de redoutables problemes. Ce n'est pas la un triomphateur, mais un lutteur qui n'a pas rempli sa destinee. La force rayonne de cette tete energique; on devine que Jules II 1'a employee sans compter, sans 1'epuiser non plus. On retrouve rhomme qui sut resister a Bramante, lorsque celui-ci voulait, dans son plan de la Basilique de Saint-Pierre, deplacer le tombeau des Apotres; rhomme qui fut capable de ramener a Rome, vaincu et docile, Michel- Ange qui en avait fui furieux; l'homme qui arracha aux mains sacrileges et avides, morceau par morceau, tout le domaine temporel des papes; l'homme qui libera la ville eternelle des factions et des brigandages; Vhomme qui chassa les etrangers de 1'Italie; 1'homme qui sut coaliser, contre Venise rebelle au pouvoir spirituel, la France, 1'Espagne et 1'Empire, et plus tard faire echec a Maximilien et a Louis XII ; sans que jamais la bataille lui ait fait peur ou que sa diplomatic se soit lassee. Et pourtant cette tete reflechit dans un serieux impressionnant; ses yeux fixent des points a atteindre qui semblent lointains et difficiles. Jules II mourut, sans avoir reforme 1'figlise qui en avait si grand besoin.

Lorsque Luther en Allemagne se leva, en prophete, contre 1'orgie de Babylone, il ne fut qu'un moine fatigue des chaines de ses vceux, un docteur infidele a la tradition comme a la Bible, un corrupteur de la morale, un semeur de discordes civiles. A la veille de sa mort, il disait : Si je savais devoir vivre cent ans encore, et dominer, par la grsice de Dieu, non settlement les intrigues, les seditions, et les tempetes actuelles, mais toutes celles de 1'avenir, je vois bien que malgre cela nous n'aurions pas reussi a procurer la paix a nos descendants, car le diable vit et regne. Le protestantisme est un systenie formule par Luther, irnplante et maintenu par les efforts des princes, apostats comme Luther. Ce moine eloquent, jovial,

orgueilleux, sensuel et bourrele de frayeurs intimes, a diminue, loin de ^augmenter, la religion, la justice, la moralite, parmi le peuple allemand; aux miseres de 1'Eglise de, son temps il a ajoute des miseres nouvelles \

Si detestable que fut le remede propose par Luther, il 1'offrait comme un remede, La fareur qu'il trouva temoigne des plaies profondes de la religion, Depu.is plus de cent annees, 1'^glise catholique etait rongee par un mal devorant.

C'est le dessein du Christ, fondateur de 1'Iiglise, que la divine vertu de sa verite et de sa vie se communique aux hommes par le canal d'une hierarchic d'hommes. Mais, tout en revetant Jes pretres, Jles eveques et les papes du pouvoir d'enseigner, de sanctifier, , et de gouvemer les fideles, il les a laisses au peril de leur libre arhitre. Si leur indignite n'enleve rien a leur pouvoir, elle doit, en ruinant leur credit, steriliser leur action. . De la les appauvrissements de la vie divine dans 1'figlise.

Or, quand Jules II monte sur le trone pontifical, les causes de cet appauvrissement ne sont qvie trop puissantes. Par les theories de Marsile de Padoue et de Guillaume Occam au xi v e siecle, 1'idee de la monarchic ecclesiastique est faussee. Le sejour des papes a Avignon, pendant 70 ans, prolonge et aggrave le schisme 4* Occident, le Concile de BAle 2 consomme la crise, ou semble dispara^tre i'autorite des Papes. Un humanisme 3 antipapal, antimonacal, antimedieval, antichretien, precipite, grace a 1'invention de 1'imprimerie, la decadence des mceurs, le discredit des vieilles institutions, la defaveur du. savoir traditionnel, la diffusion du blaspheme hardi et la renaisr sance du paganisme. Centre ces forces dissolvantes, qui desa^ gregent la foi et; la vertu, il faudrait des papes, des eve'ques et des pretres modeles, Les mediocres, les douteux, les

1. Janssen, UAllemagne et la Reforme (tr. fr.), Paris, Plon, II, 67-88, 116-128, 231-240, 491-592; III, 58-92, 449-46o, 591-595-

2. Npel Valois, Le pape et le eoncile de Bale, Paris, Pieard, 1909, I, 215- 3?o; IJ, 137-303.

3. Imbart de la Toyr, Les origines de la Refarme, Paris, Hachette, 1909, II, 314-345-

gnes sont roules par le torrent qu'ils devraient endigucr.

Tel est le pesant heritage que le passe jette sur les epaules de Jules II, au debut du xvi e siecle.

Le mal est profond, etendu, invetere. Pour y remedier le Pape aura dix ans de vie; et il n'est pas un saint. II n'a pu que concevoir des projets et ajouter une poussee legere a celle des reformateurs parus avant lui. Le Concile de Latran est la preuve de sa bonne volonte.

Malheureusement ce n'est pas seulement la Curie romaine qui a besoin de reforme. Dans toute PItalie, les scandales abondent, par lesquels des ecclesiastiques de tout rang detruisent au lieu d'edifier; des cardinaux, des eveques, des pretres, des moines, s'adonnent au jeu, aux trafics suspects, a la luxure; cependant que les essentiels devoirs de la predication et de 1' administration des sacrements sont delaisses. En nombre de villes, des Academies aux noms frivoles recrutent les amateurs du libertinage de Pesprit. Plus peut-etre que partout ailleurs, il y a, en Italic, un humanisme subversif de la croyance x .

Bien avant Luther, 1'Allemagne est dressee a la revoke contre le pape par Jean Huss; et par Jean de Wesel au mepris des indulgences, du culte des saints, du purgatoire, des sacrements de Penitence, d'Eucharistie et d'Extreme- Onction. Parmi les eveques, les cures et les moines de PEmpire, il n'en manque pas, helas ! qui sont indignes de leur etat. L'figlise d'Allemagne est la plus riche de la chretiente; ses richesses la corrompent. A cause de cela meme, le respect des traditions chretiennes et des chefs spirituels est fort ebranle 2 .

En France, spectacle trop pareil. II y a un gallicanisme

1. Pietro Tacchi Venturi, S. J., Storia della Compagnia di Gesfi in Italia, Roma, Albrighi, 1910, I, 33, 46, 143, 154, 164, 168, 183; E. Rodocanachi La Reforme en Italic, Paris, Picard, 1920, I, 46, 138, 196-306.

2, Janssen, op. cit., II, 575-586,

antipapal. Les elections des eveques et la collation des benefices sont entachees des abus les plus graves, beaucoup de convents sont relaches; le elerge, parce que trop de ses membres sont inferieurs a leur tache, n'est plus 1' oracle inconteste du pays 1 .

Au milieu de la decadence universelle, 1'liglise d'Espagne semble, au premier coup d'oeil, offrir un spectacle glorieux. Les Rois catholiques, Ferdinand et Isabelle n'ont pas simplement realise 1'unite de 1'Espagne au nord (1474-1479), conquis la Navarre (1512), repris le Roussillon (1492), ajoute Naples a leurs domaines de Sicile (1504), etendu leur empire jusqu'aux Ameriques decouvertes par Colomb (1492-1494); ils ont ravi a I'lslam le royaume de Grenade (1491) et la cote de 1'Afrique du Nord, d'Oran a Tripoli (1509-1510). Le souffle des Croisades palpite dans Tame chretienne des deux souverains et en celle de leur premier ministre, 1'illustre cardinal Ximenes. Ils n'ont pas seulement 1'ambition de faire trembler le monde, au rugissement du lion symbolique qui se dresse sur leur blason; plus haut que 1'etendard de Castille, ils veulent arborer, sur les terres conquises, comme ils firent a 1'Alhambra de Grenade, la croix de Jesus- Christ. Cette monarchic, extraordinaire par la rapidite et 1'etendue de ses accroissements, est animee par un esprit de religion qui penetre ses lois, suscite ses monuments, commande sa civilisation.

Par malheur, elle se trouve impuissante a regler les moeurs du grand nombre. Depuis que les debauches et les violences de Pierre le Cruel, et des princes ses tristes emules, ont disparu dans la nuit des annees ecoulees (1350-1369), le temps n'a pas gueri les maux de la societe espagnole.

Jusqu'au seuil du regne de Charles- Quint, le peuple demeure ignorant et grossier; le clerge des monasteres et des paroisses resiste aux reformes des conciles; les prelats batailleurs, profanes, indignes, ne manquent pas jusque sur les sieges les plus illustres. Fonseca, Carrillo Carvajal, Ayala, d'autres encore, deshonorent leur etat, plusieurs ont 1'impudence de se faire

J. Imbart de la Tour, op. cit,, II, ipy, 115, 337, 240, 390, 306,

enterrer avec leur sacrilege progeniture. Avant cle scandaliser Rome, les Borgia ont etale leurs vices dans le royaume de Valence. Un batard de Ferdinand le Catholique occupe le siege de Saragosse, Les expeditions lointaines, qui donnent a la, monarchic, les terres du Nouveau Monde, sont marquees par de sauvages episodes : parfois, marins et commer9ants rivalisent de luxure. Le relachement a envahi nombre de cloftres, avec des novices sans vocation; la cloture des monasteres de femmes est enfreinte de la fa9on la plus ehontee, Les ben.efieiers ecclesiastiques oublient de remplir les devoirs qui conditionnent leur droit de recueillir les rentes de Jeurs benefices : la parole de Dieu n'est plus annoncee aux peuples qu'en des sermons rares, sans doctrine et sans zele.; la table sainte est deserte comme les confessionnaux, sauf peut-etre a Paques. La foi demeure, mais mal eclairee, et depourvue des bonnes oeuvres sans lesquelles elle ne saurait operer le sajut.

En definitive, I'Espagne, comme le reste de 1'Europe occi^dentale, est travaillee par des maux profonds, Si Ton peut dire que les idees fausses y circulent moins qu'en Allemagne, en Italic et en France, on est oblige de convenir que les mceurs y sont egalement en decadence; et que 1'Evangile n'est qu'exceptionneUement la loi souveraine des ames baptises 1 ,

Neanmoins, la comme dans le reste de la chretiente, les canons des conciles, en meme temps qu'ils temoignent des maladies seculaires, prouvent que 1'Eglise a la volonte d'y apporter remede. II ne faudrait pas croire que, dans le xv e siecle, tout est ruine et desordre. Dans ces temps que le regard passionne de Luther considerait comme uniquement

i. V, de la Fuente, Htstoria eclesidstica de E.$pan&, IV, 363, 366, 376, 380, 393, 444, 447, 450, Astrain, Hist, de la Compariia <}e Jests, en I* Asistencia de Espana (2 6d.), I, 72-83. Dans les pages de I' Introduction qu'il a ajoutde a son texte primitif, le P. Astrain cite des te'moignages et eVoque les faits les plus d^cisifs.

reens, les temoins ne manquent pas a la verite, ni les modeles a la vertu,

Benoit XII, Gregoire XI, Boniface IX sont des homines instruits, integres et nobles; Nicolas V, Pie II, Paul II, Jules H montrent des qualites plus eclatantes encore. Jean XXII offre aux yeux une vie austere comme un paysage des Gausses de son Quercy; Urbain V est venere sur les autels. Les cardinaux Capranica, Albergati, Albornoz, Torquemada, Ximenes* Nicolas de Cusa, Bessarion sont des gloires de 1'Iiglise,. Quels eveques admirables que saint Andre Corsini de Fiesole, saint Antonin de Florence, saint Laurent Justinien de Venise !

Le chancelier Gerson, Thomas a Kempis, Denys le Char-* treux, Tauler, Suso, Ruysbroeck; les fondateurs de la vie commune aux Pays-Bas, des amis de Dieu en Suisse et en Allemagne, des Hieronymites espagnols ou italiens (Jean d'Erfurt et Barthelemy de Saint-Dominique), sont des Sines toutes a Dieu. A plus forte raison pouvons-nous considerer comme d'erninents serviteurs du Christ ; saint Vincent Ferrier, saint Bernardin de Sienne, saint Jean de Capistran, le bienheureux Diego d'Espagne, le bienheureux Amedee de Portugal, le bienheureux Nicolas de Flue, saint Jean Nepomucene, sainte Catherine de Sienne, sainte Fran9oise Romaine, sainte Brigitte de Suede, sainte Colette et sainte Jeanne d'Arc,

Au milieu du monde desole, leurs prieres, leurs vertus, leurs immolations, leur apostolat montent vers le ciel comme une puissante protestation; ces saints authentiques montrent que, meme dans les jours de malheur et de honte, 1'figlise, par quelque endroit, merite encore le titre de sainte. Leurs exemples, joints aux efforts des bons pretres, des bons eveques et des bons papes, font circuler dans le corps de la societe chretienne un sang pur; et ce sang maintient la vie, compromise par les toxines mortiferes qui s'appellent les fautes des pecheurs, les vices du clerge et les erreurs des heretiques.

Et voila qui condamne 1'entreprise de Luther. Avant lui, d'autres ont travaille efficacement a la reforme de 1'figlise. Ils

ne 1'ont pas guerie a jamais, parce que la nature humaine demeure indefiniment sujette au mal, et parce que le plan de la Providence est de respecter le jeu perilleux de la liberte. II est vrai, ces merveilleux medecins des ames furent trop rares; mais leur action a etc reelle, ininterrompue. Us ont garde 1'figlise de la mort.

Le xvi e siecle, par son histoire, apporte a la prevention orgueilleuse du moine de Wittemberg ime replique plus decisive encore. Au cours de cet ge, que Jules II inaugure, d'autres vengeurs se leveront du Decalogue meconnu, de la majeste divine bravee par les pecheurs ou les heresiarques. Paul III reorganisera le Saint Office en supreme tribunal de la foi (1542), etablira ['Index (1543), ouvrira le Concile de Trente (13 decembre 1545). Cette assemblee, combattue par de terribles influences contraires, durera vingt ans. Pie IV finira par en achever les travaux (15 decembre 1563). Nous vivons encore des tresors amasses dans ce concile, dont des papes illustres travaillerent energiquement a appliquer les feformes.

Mais combien 1'action de ces pontifes cut ete plus difficile et plus courte, si autour d'eux n'avaient surgi une legion d'hommes, inspires de Dieu pour montrer au monde, dans leur vie sainte, toute la splendeur de 1'fivangile : Gaetan de Thienne, fondateur des theatins (1524), Matteo de Rosia, fondateur des capucins (1528), Jerome fimilien, fondateur des somasques (1528), Antoine Zaccaria, fondateur des barnabites (1530), Philippe de Neri, fondateur de 1'Oratoire (1548), Jean Leonard, fondateur des clercs reguliers de la Mere de Dieu (1574), Camille de Lellis, fondateur des clercs ministres des infirmes (1585), Jean de la Barriere, reformateur des cisterciens fran- 9ais (1587); Pierre Fourier, reformateur des chanoines de Saint- Augustin (1587), Fra^ois Caracciolo, fondateur des clercs reguliers mineurs (1588), Cesar de Bus, fondateur des doctrinaires (1592). Les femmes rivalisent avec les hommes d'ardeur et d'initiative : Jeanne de Valois etablit les annonciades (1500), Angele de Merici institue les ursulines (1537), Therese de Jesus reforme le Carmel (1562),

Toutes ces mes d'elite prechent et realisent la saintete; leur exemple et leur parole la propagent. C'est au milieu de cette pleiade magnifique des vrais reformateurs de 1'figlise, qu'a sa place Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jesus. Nous n'avons pas a le comparer aux autres, encore moins a 1'exalter au-dessus. Pour rendre gloire a Dieu dont il a ete 1'instrument, il suffira de dire ce qu'il fut et ce qu'il fit, dans le siecle qui connut la crise de la Renaissance, les devastations de la R6forme, et les hardiesses des de*couvreurs de continents.

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