‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 183 sur 396 · Gonzalfcs de Camara, n. 93 ; Polanco, Cron., I · texte numérisé non relu

Gonzalfcs de Camara, n. 93 ; Polanco, Cron., I

propager des doctrines dangereuses ? La disparition d'Inigo avec les siens, n'etait-elle pas la fuite d'un coupable ? Lancees et relancees sans relache, par des gens resolus et habiles, ces insinuations calomnieuses prenaient credit.

Au milieu de ces contradictions, Inigo avait sa ligne de conduite tracee nettemerit depuis de longs jours. En son coeur, il etait heureux de souffrir quelque affront pour Jesus- Christ. Mais, en vue de 1'apostolat qu'il revait, il entendait avoir le benefice d'une sentence publique, qui garantit 1'honnetete de ses moeurs et Forthodoxie de sa doctrine. Gaspard de Doctis, qui avait fait les Exercices sous sa direction, pouvait temoigner au nonce Verallo que ce directeur spirituel etait un homme de bien, un homme de Dieu. Aussi, le nonce prie par Ignace de rendre, apres enquete, un jugement en forme sur les accusations portees, delegua-t-il Gaspard de Doctis pour instruire cette affaire.

Nous ignorons combien dura ce proces. Nous n'en connaissons que la sentence finale. Mais, de la teneur meme de cette piece, il resulte qu'Inigo comparut devant Gaspard de Doctis pour s'expliquer sur les accusations portees centre lui; que des temoins furent convoques, qu'un delai fut fixe par edit public, mandant a tous ceux qui voudraient deposer centre Inigo, de le faire avant une date donnee ; qu'Inigo se mit a la disposition du juge, pour etre confronte avec n'importe qui. Jour enfin fut pris pour la sentence; c'etait le samedi 13 octobre 1537. Gaspard de Doctis declara frivoles, vains et faux tous les bruits repandus contre Inigo; il imposa silence aux calomniateurs, et pronon9a que le dit Inigo etait un pretre de bonne et religieuse vie, de saine doctrine, d'excellente condition et reputation \ dont les enseignements et les exemples ont edifie Venise 1 .

Proteges par ce verdict, les Iniguistes pouvaient reparaitre a Venise la tete haute. Probablement rappeles par Inigo a San Pietro in Vivarolo, ils y avaient attendu Tissue des eve-

i. Scr. de S. Ign., I, 624-627.

LA VIE liVANGEXIQUE DANS LA HAUTE ITALIE 331

nements. Probablement aussi, dans cet intervalle, Alphonse Salmeron avait etc ordonne pretre et avait celebre sa premiere messe. Avant de quitter la Seigneurie ou il avait souffert, gagne des ames au Christ, conquis des amities de prix, Inigo voulut sans doute reunir a Venise tous les siens, pour im dernier adieu et une derniere priere. Ensemble, ils confirmerent ]e plan d'operations apostoliques determine a San Pietro in Vivarolo. L'heure etait venue de proceder a 1'execution, in nomine Domini. Aux premiers jours de novembre \ la petite troupe sortit de Venise, la confiance au coeur, vers un avenir pour elle encore plein de mystere.

Les directions diverses qu'ils devaient prendre ne les empechaient pas de cheminer ensemble quelque temps. II est probable qu'ils s'accorderent cette douceur et cet.amical reconfort. Au carrefour des routes qui conduisaient Inigo, Laynez et Le Fevre a la Ville Eternelle, les autres dans les Universites de la Haute Italic, on se separa. Si elle ne 1'avait pas ete auparavant, une question fut alors posee : A ceux qui nous demanderont qui nous sommes, que faudra-t-il repondre? Tous furent d'accord, pour repeter apres Inigo : Nous re'pondrons que nous sommes de la Compagnie de Jesus 2 .

C' etait un nom et un programme, derives en droite ligne des Exercices et de I'fivangile. II n'y avait plus qu'a en faire rayonner la splendeur conquerante aux regards surpris d'un monde, helas! paganise.

A Padoue, qui leur etait echue en partage, les tribulations s'abattirent des la premiere heure sur Codure et Hoces. Sur une denonciation qui lui fut faite, Girolamo de Santi, des ermites de Saint-Augustin, qui gouvernait le diocese pour le cardinal Pisano, fit jeter en prison les nouveaux venus comme suspects. Codure et Hoces furent enchantes de ce traitement imprevu. Leurs Smes etaient pleines de 1'fivangile, ils avaient lu et relu la parole du Sauveur : Bienheureux ceux qui souf-

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