Tacchi-Venturi, Storia, II
2. Polancq, Cron., I, 67; Rodrigufes, ^Comment., 503. Mainardi etait un nomme assez considerable dans son Ordre, pour Stre associ au
Le Navarrais Miguel Landivar les aida dans eette propaganda. II avait conmi a Paris tous les Iniguistes. Son caractere etait tellement violent qu'il avait tente de tuer Inigo pour le ch&tier d'avoir gagne Fransois de Xavier. Depuis, il etait passe en Italic, s'etait rapproche d'Inigo a Venise et avait demande d'etre admis parmi ses compagnons. Renvoye, il se piqua, s'irrita, conserva au fond du coeur comme un besoin de basse rancune. II se fit volontiers 1'accusateur de gens dont il n' avait pu etre le frere. Bientot ce fut dans toute la ville une rumeur persistante : Inigo de Loyola n'etait qu'un evade de prison, il avait en Italic organise une sorte de congregation sans Paveu du Saint-Siege; sa jactance etait sans egale, etc... Ces bruits calornnieux allaient leur chemin. Deux maitres d'ecole retirerent leurs eleves du catechisme que faisaient les Iniguistes; le cardinal de Cupis, doyen du Sacre College, tint Inigo pour suspect. D'autres se demandaient en branlant la tete que penser de tout ce tapage.
Inigo resolut de mettre fin a une campagne qui risquait de ruiner son apostolat. Une lettre de Miguel a la main, il alia trouver le gouverneur de Rome, Benedetto Conversini. Miguel fut mande, convaincu de mensonge, banni de la ville. Ceci refroidit le zele des mechants. Inigo, poussant jusqu'au bout 1'affaire, demandait d'etre confronte avec Mudarra et Barrera. Ceux-ci, cites devant le gouverneur, declarerent qu'ils n'avaient rien a reprocher aux Iniguistes. Cette reculade ne suffisait pas a Inigo; il voulait une justice complete et publique. II pria les ev^ques des villes ou ses compagnons avaient exerce leur
Seripando pour la tSche de dissiper aupres de Paul III tous les souppons de complicity des Augustins italiens avec Luther (Tacchi, Storia, II, 154-155). Quant aux Espagnols calomniateurs, Mudarra et Barrera sont nomms par Ignace (Gonzales, n. 98) ; et Ribadeneyra nous a consent le nom de Pedro de Castilla (Scr. de P. Jgn., I, 751). Nous ne savons rien de leurs fonctions a Rome, sinon qu'ils dtaient en pouvoir de nuire. La source la plus sure sur cette histoire est la lettre d'Inigo a Isabel Roser (Ep.et instr., I, 137-144). II y faut joindre des pieces de Laurent Garcia, d'abord Iniguiste, puis associd aux calomniateurs, et finalement repentant (Epis. mix., I, 15-17).
ministere, d'en dire leur sentiment. II osa demander a Paul III lorsque celui-ci fut revenu de son voyage a Nice (24 juillet 1538)* une sentence publique. Le pape la promit, et repeta cette assurance a Laynez et a Le Fevre. Finalement, Inigo sollicita une audience et alia trouver le Pontife dans sa villegiature de Frascati. L'entrevue dura une heure. Dans son meilleur latin, Inigo fit son histoire : 1'emprisonnement d'Alcala et de Salamanque, les difficultes de Paris et de Venise furent contees en detail. Le narrateur pensait que mieux valait ainsi : ces precisions minutieuses empecheraient le Pontife d'accorder credit aux vagues recits des calomniateurs ; mieux au courant des faits, le souyerain verrait plus nettement la necessite de proteger, par un jugement public, Pinnocence de ces hommes apostoliques. Et c'est pourquoi, finalement, Inigo supplia le Saint-Pere d'ordonner une enquete sur la vie, les moeurs, la doctrine; si quelque defaut etait decouvert, on y remedierait; mais si tout etait dans 1'ordre, pourquoi ses amis et lui ne pourraient-ils pas compter sur les faveurs de Sa Saintete ? Paul III prit bien ce discours et donna des ordres formels au gouverneur de Rome pour terminer cette affaire. Lorsqu'il rentra dans la Ville eternelle, en plusieurs occasions, il parla avec eloge des Iniguistes, notamment dans les disputes theologiques ou se rendaient, durant son diner, Laynez et Le Fevre. La nouvelle s'en repandit dans toute la Curie. Contarini pressa le gouverneur de conclure. Le calme commen9a a se faire 1 .
La Providence, attentive aux besoins des persecutes, permit que toute une nuee de temoins illustres vint les couvrir de sa protection. Figueroa, 1'inquisiteur d'Alcala, le docteur Gaspard de Doctis de Venise, 1'inquisiteur de Paris, Mathieu Ori, Peveque de Vicence, se trouverent reunis a Rome, comme s'ils y etaient venus tout expres pour defendre Inigo et ses compagnons. De Sienne, de Bologne et de Ferrare, arriverent les temoignages les plus flatteurs pour eux. Le due Hercule
i. Polanco, Cron., I, 68-69; Tacchi, Storia, II, i64-r68.
d'Este manda a son ambassadeur aupres du Saint-Siege, de servir de caution aux accuses 1 .
La sentence ne pouvant etre que favorable, le gouverneur Conversini la rendit par lettres publiques 2 , le 18 novembre 1538. II declare fausses et sans fondement, les rumeurs repandues contre Ignace de Loyola, Pierre Le Fevre, Claude Le Jay, Paschase Broet, Jacques Laynez, Franfois Xavier, Alphonse Salmeron, Simon Rodrigues, Jean Codure, et Nicolas Bobadilla, au sujet de leur doctrine, de leur vie, et des Exercices spirituels qu'ils communiquent; il juge et prononce qu'Inigo et ses compagnons ne meritent aucune qualification infamante; bien plutot par leur doctrine et leur vie, meritentils bon renom; les accusateurs n'ont allegue que des futilites et des mensonges ; les accuses ont en leur faveur les temoignages e*loquents des homines les plus graves. C'est pourquoi tous les fideles sont exhortes a tenir pour tres catholiques Inigo et ses compagnons, tant qu'ils persevereront, ce qu'ilfautesperer de 1'aide divine, dans le genre de vie qu'ils ont embrasse.
Us y persevererent gr^ce a Dieu. La tempete n'avait pas abattu leur courage ni diminue leur zele. La paix revenue, ils se livrerent de plus belle a toute leur activite apostolique. L'assiduite a la parole de Dieu et 1'usage frequent des sacrements de Penitence et de 1'Eucharistie commencerent d'etre en honneur.
Cependant, Inigo ordonne depuis le 24 juin 1537 n'avait pas encore ce!6bre sa premiere messe. Des mobiles de ce delai il ne s'ouvrit jamais a personne; manifestement ce fut une pensee d'humilite profonde qui lui inspira une attitude si singuliere. Une fois la grande tribulation passee, il se decida enfin a monter a 1'autel; il y avait deja un an qu'il etait a Rome. Pour celebrer, il choisit la fete de Noel et la chapelle de la creche, a Sainte- Marie Majeure *. En ce lieu, en ce jour, quels