Bobadilla, Mow
3. Constit. (Ed. La Torre), 297-301; (Ed. crit.), I, Doc. praevia, i-i4-
t leur tete, par une sorte d'ascendant moral inconteste; c'est lui qui les avait engendres tous a la vie apostolique. Fallait-il aller plus loin? Des jours se passerent, dans la priere, la reflexion, et les conversations amicales, sans que Ton put arriver a une conclusion satisfaisante, tant la vie religieuse etait en dehors des voeux faits a Montmartre ! Pour sortir d'embarras, on se demanda s'il ne conviendrait pas de s'en aller dans une solitude pendant trente ou quarante jours, afin de trouver dans le silence, la penitence et 1'oraison, la solution desirable; ou du moms, trois ou quatre ne pourraient-ils pas prendre parti au nom de tous; ou bien, si Ton restait a Rome ne serait-il pas opportun de consacrer aux deliberations la moitie de la journee ? Apres un libre echange de vues, il fut decide qu'on ne quitterait pas la ville. Les besoins des ames etaient urgents et graves; n'y point pourvoir serait manquer au Seigneur et au prochain. Et puis, apres un combat de huit mois, on avait ferine la bouche aux calomniateurs ; que ne diraient point ces homines depites, si les beneficiaires de la sentence de Conversini disparaissaient tout a coup, comme doutant d'eux-memes. C'etait evident, il fallait rester, et continuer le travail apostolique, et reserver la nuit aux deliberations. Ce fut la conclusion de tous.
Ce fut alors sans doute qu'Inigo suggera quelques indications ou transparait la doctrine des Exercices spirituels : que chacun mette son zime en equilibre et en pure dependance du vouloir divin; que 1'on s'interdise de parler les uns avec les autres de la question a debattre sur le vceu d'obeissance, afin de laisser la voie libre aux seules influences d'en haut; sur ce probleme du chef, que chacun fasse abstraction de 'sa personne, n'ayant en vue que le meilleur service de Dieu et la meilleure garantie pour la duree de 1'oeuvre.
Dans la reunion qui suivit, les avantages et les inconvenients du vceu d'obeissance furent peses a loisir. Pendant plusieurs jours 1'examen se poursuivit, tandis qu'on multipliait aussi les prieres ardentes au Seigneur. Finalement, on se mit d'accord. Le 3 mai 1539, il est acquis : que le vceu d'obeissance au pape
sera fait entre les mains du superieur de la Compagnie; qu e les membres de 1' Ordre doivent etre tous prets a travailler partout ou le pape les enverra; que Ton enseignera aux peuples les commandements de Dieu et la doctrine chr6tiennequ'aux enfants en particulier on expliquera le catechisme pendant quarante jours; que 1'emploi de chacun sera laisse la decision du superieur de la Compagnie.
Dans ce schema de quelques lignes, la future Compagnie de Jesus a dej toute tracee sa physionomie propre : un Ordre religieux proprement dit; un Ordre apostolique, dont le zele n'a point, parmi les fideles ou les infideles, d'autres limites que la volonte du pontife romain, et dont le superieur, vicaire du vicaire de Jesus-Christ aupres des siens, a sur eux un pouvoir monarchique. C'est ainsi, selon 1'heureuse expression de Bobadilla, dans une lettre du n aout 1589, au P. Aquaviva, que la divine Providence, quae est dbyssus multa, changea les vceux de Montmartre en d'autres meilleurs et plus feconds , en substituant au pelerinage de Jerusalem la vie religieuse 1 .
Apres le 3 mai, dans la meme annee 1539, les Iniguistes se reunirent encore, le samedi avant le quatrieme dimanche de Paques, le vendredi avant la Pentecote, et la veille de 1' octave du Saint-Sacrement. La furent arretees les epreuves a imposer aux novices (uri mois de retraite, un mois de pelerinage, un mois de service dans les hopitaux, sauf dispense du superieur); que si quelqu'un manifeste le desir d'aller evangeliser les infideles, on le mettra dix jours en retraite pour voir quel esprit le conduit, apres quoi il appartiendra au superieur de decider ou il sera envoye. On parle encore de catechiser les enfants. On definit aussi provisoirement que le superieur serait vie; qu'on pourrait accepter des maisons et des eglises sans avoir sur elles aucun droit de propriete; et enfin que dans Tacceptation ou le renvoi des candidats le superieur prendrait
i. Bobadilla, Mow., 602. Dans 1'cJd. crit. des Constitutions (I, Doc. praevia, 8) on peut lire la formule dressee, le 15 avril 1539, pour ce d'obe"issance.
1'avis des bien informes, tout en ayant, lui seul, la decision 1 . Telles sont les conclusions principales de ces deliberations qui se prolongerent pendant trois mois. A la saint Jean-Baptiste de 1539, on estima venu le moment de rediger une breve forniule de 1'Institut futur, pour la soumettre a 1'approbation du pape. Ces quelques pages, redigees par Ignace, sont deja 1'esquisse des Constitutions a venir; c'est la meme conception de la pauvrete eVangelique des membres et du corps entier; la meme obeissance absolue au pape; la meme autorite absolue du general; la meme universalite des ministeres apostoliques ; le me'me esprit de generosite conquerante en des soldats passionnes pour la gloire de Dieu et faisant bon marche d'euxmemes. Rien ne manque, pas meme le nom de Compagnie de Jesus 2 .
Le precieux papier ou 1'esquisse de la Compagnie de Jesus avait etc tracee, fut confie par Inigo aux bons offices du cardinal Gaspard Contarini. Nul ne pouvait plaider la cause avec plus de credit aupres de Paul III. Le Pontife remit a Thomas Badia, maitre du Sacre Palais 3 , le soin d'examiner la formule. Le docte religieux etait un homme de conscience integre. Au bout de deux mois, il exprima 1'avis que le nouvel Institut propose n' avait rien que de pieux et de saint; une minute de la bulle d'approbation fut immediatement dressee ; le 2, septembre, Contarini en avait copie et 1'envoyait a Inigo par Antoine Araoz 4 . Paul III etait alors a Tivoli et Contarini partageait sa villegiature. Le 3 septembre au matin, le cardinal hit au Pontife 1'avis de Badia et le texte de la formule de 1'Institut. Le Pontife en eprouva grande satisfaction, benit, approuva. ^ans la lettre par laquelle il informait Inigo de cet accueil
J- Constit. (Ed. La Torre), 300-301; (Ed. crit.), I, Doc.praevia, 9-14.