‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 201 sur 396 · Constit. (Ed. crit.), I · texte numérisé non relu

Constit. (Ed. crit.), I

oil il fut gueri par saint Pierre et la veillee de Montserrat, qui le sacra chevalier aboutissait au point providentiel, a partir duquel elle se developperait en une belle ligne droite. Lui et les siens tenaient enfin le secret de leur destinee.

La bulle de Paul III donnait aux membres de la Compagnie naissante, faculte de determiner les constitutions qui leur paraitraient les plus propres a regler leur vie apostolique. Le 4 mars 1541, les deliberations commencerent a Rome. Etaient presents : Ignace, Laynez, Le Jay, Broet, Salmeron et Codure. II fut convenu que Codure et Inigo s'occuperaient, au nom de tous, de reflechir, d'arreter un plan qui serait soumis ensuite a 1'approbation de la communaute. Les deux delegues inaugurerent leurs operations le 10 mars. Nous avons le proces-verbal des 49 points de regie 1 , determines par eux et acceptes par tous, concernant la pauvrete des profes, la probation des novices, le renvoi des religieux, les vetements, 1'enseignement du catechisme aux enfants, la recitation de I'office divin, la formation intellectuelle des candidats, la fondation des colleges, les pouvoirs du general.

Quelques-uns de ces points, par exemple la fondation des colleges et des maisons, 1'enseignement du catechisme aux enfants, les vetements furent encore repris et precises plus tard. La seule inspection des notes ou sont consignees les decisions prises donne 1'impression d'une suite de croquis rapides. Les architectes qui les ont traces savent a peu pres quelle maison ils veulent construire; mais ils n'en font pas un plan complet et ordonne, ils se contentent d'esquisser quelques lignes, pour definir quelques parties de 1' edifice futur. Us veulent, par exemple, que le noviciat dure treize mois; il leur parait que la vie de la Compagnie de Jesus exigeant une courageuse abnegation de soi, plus de temps et precautions que

i. Constit. (Ed. La Torre), 303-304; (Ed. crit.), I, 33-48.

dans les autres ordres religieux sont indispensables pour eprouver les vocations des candidate qui se presentent.

II faut que, pour le service dans les hopitaux, les pelerinages a pied et en mendiant leur pain, ils aient rompu avec les delicatesses et les vanites du monde. Qui ne peut rester un jour sans nourriture ni sommeil n'est pas fait pour etre pretre. Ii est manifeste aussi que dans le recrutement, on a le souci d' avoir sous la main le plus grand nombre possible d'hommes instruits; et ils se formeront dans les Universites en suivant les cours de grammaire, rhetofique, philosophic et theologie, etprendront les grades academiques. Les colleges qui les abriteront pourront etre fondes et avoir des rentes; les maisons des profes n'auront de revenus que pour les choses du culte. Tant que les voeux ne sont pas faits, le general peut renvoyer a son gre les candidats; apres les voeux, la communaute doit intervenir; toute faute grave de vol ou de fornication ou de violence centre quelqu'un, est un cas d' expulsion. Les etudiants doivent se confesser au meme confesseur toujours, toutes les semaines, et communier tous les quinze ou tous les huit jours, suivant les usages des pays ou ils se trouveront, de maniere a ne pas susciter Petonnement.

L' office sera recite privement, la messe sera chantee seulement les jours de fete. Aucun honoraire ne sera demande ni re9u soit pour les messes dites, soit pour les predications; les predicateurs pourront toutefois accepter de quoi faire leur route. Pour se rendre d'un lieu a un autre, on ira a pied; on n'usera d'un cheval qu'en cas de maladie ou de necessite. L'habit sera de drap commun et noir ou brun : une soutane jusqu'a mi-jambe; par-dessus, une veste a la fran9aise un peu plus longue, et si Ton veut, un manteau. Les gilets et paletots seront de couleur brune plutot que de couleur voyante; de' meme les chausses; les chemises, grossieres. Le general sera vetu comme les autres; il n'aura lui non plus ni mule, ni cheval a sa disposition, hors le cas de necessite ; chacun mendiera de porte en porte une fois Tan, et une besace sur le dos, et pour une oeuvre pie qui ne soit pas de la Compagnie. Le general

fera coraine les autres. Comme les autres aussi, sauf raisons d'exceptron, il fera le catechisme aux enfants pendant quarante jours. Le premier a la peine, le general est aussi le premier dans les commandements ; il est a vie^ il a tous les pouvoirs ; bien qu'il soit tenu de prendre conseil en chose d'importanee, iinalement lui seul decide.

Plus ce role de chef supreme d ! e la Compagnie etait souverain,. pkis son election etait urgente. Vers le milieu du careme de 1541, Ignace appela a Rome les six qui pouvaient commodement s'y rendre. Le Fevre, Simon Rodrigues, Xavier, qui etaient trop loin avaient envoye deja leur suffrage par ecrit. Bobadilla, au moment ou il allait quitter la Calabre pour rejoindre ses compagnons a Rome, recut 1'ordre du pape de rester a Bisignano qu'il evangelisait avec grand fruit. Les six presents, Ignace, Laynez, Salmeron, Le Jay, Broet et Codure, determinerent le protocole de Telection. On ferait trois jours de meditation et de prieres; puis chaeun remettrait son suffrage signe et scelle. Inigo lui-meme nous a fait le recit de ces deliberations.

Apres le troisieme jour, on vota comme il vient d'etre dit, les suffrages furent joints a ceux des absents, dans un coffret ferme a clef. On attendit trois jours encore. Puis le depouillernent du scrutin eut lieu. Ignace reunit les voix de tous. II represeiuta a ses compagnons qu'il preferait obeir que commander; incapable de se gouverner lui-meme, il 1' etait plus encore de gouverner les autres ; ses peches passes, ses miseres presentes, lui faisaient un devoir de refuser la charge de general; pour 1'accepter, il lui faudrait connaitre clairement que telle est la volonte de Dieu; or, cette clarte lui manquait; il conjurait done ses amis avec les plus vifs instances in Domino, qu'il leur plut de reflechir trois jours ou quatre encore, en priarit Notre-Seigneur de les eclairer sur le meilleur choix a faire. Ses compagnons, quoique malaisement, se rendirent au voeu d'Ignace. Tous, durant quatre jours, se reunirent en oraison. Le second scrutin fut identique au premier. Inigo declara alors qu'il s'en remettait au jugement de son con-

fesseur, apres que -celui-ci aurait enteadu sa confession generate.

L'homme de Dieu avait alors pour confesseur le P. Theodore, franciscain de 1' Observance, :a Saint-Pierre in Montorio. II se retira dans ce couvent solitaire, tout rernpli de la :poresence du prince des apotres et de 1'Espagne catholique. Le merveilleux tempietto de Bramante, qui marque le lieu ou aurait etc crucifie saint Pierre, n'etait-il pas nn cadeau et ian hommage du roi Ferdinand ? Au contact de ces souvenirs :sacres, Inigo evoqua devant Dieu sa vie entiere. Loyola, Asspeitaa, Valladolid, Pampelune repasserent devant ses yeux, avec leur cortege de vanites et de fautes. Quel mediocre chretien il etait alors ? et c'est lui qu'on pretendait faire le chef d'une troupe de saints! I^tait-ce possible? II est vrai que, malgre :son reniement, Pierre avait ete le premier pape. Mais il savait, a oi'-en pouvoir douter, que telle etait la volonte du Christ. Et puds, il n' avait jamais oublie son >crime; et il avait voulu, dans ce lieu merne, etre crucifie la tete en has. C'est sans doute, au milieu de ces pensees que, pendant trois jours, Inigo prepara et fit sa confession 'generale. A vingt ans de distance, il recommen9ait aux pieds de saint Pierre, sur la colline du Janicule, la veillee sainte faite jadis sur les hauteurs de Montserrat, devant 1'autel de la Vierge.

Sa confession achevee, il demanda au P. Theodore une decision. Celui-ci repondit que refuser la charge de general etait resister a 1'Esprit Saint, fibranle, mais non vaincu par cette reponse, Ignace demanda encore un delai. Apres avoir reflechi et prie pendant trois jours, le P. Theodore enverrait son avis dans un toillet signe de sa main. Descendant des hauteurs de Saint-Pierre in Montorio, Inigo rapporta a ses compagnons, ce dont il etait convenu avec son confesseur. Le troisieme jour, le P. Theodore >envoya le pli attendu. II condamnait Ignace a accepter le generalat. Ignace accepta. D'un commun accord, les electeurs et 1'elu deciderent alors que le vendredi apres les Paques fleuries, ils feraient le pelerinage des sept eglises et qu'ils le termineraient a Saint-Paul-hors-'les-murs, en -pro-

non9ant leurs vceux de religion, selon la teneur de la bulle a eux concedee par Paul III.

Le vendredi 22 avril, de bon matin, Ignace et ses compagnons commencerent la visite des sept basiliques stationales : Saint-Pierre, Saint-Paul-hors-les-murs, Saint-Martin-hors-lesmurs, Saint-Jean-de-la-Tour, Sainte-Croix de Jerusalem, Saint-Laurent-hors-les-murs, Sainte-Marie Majeure. Arrives a Saint-Paul, les pelerins se confesserent mutuellement, Inigo dit la messe dans la chapelle du Crucifix. Au moment de la communion, prenant 1'hostie sainte sur la patene, et tenant dans sa main droite, la formule de sa profession, il dit a haute voix, devant ses compagnons a genoux : Moi, Ignace de Loyola, je voue a Dieu tout-puissant, et au Souverain Pontife son vicaire sur la terre, en presence de la Bienheureuse Vierge Marie, de toute la Cour celeste, et aussi de la Compagnie, perp^tuelle pauvrete, chastete et obeissance, selon le genre de vie contenue dans la bulle de la Compagnie de Notre-Seigneur Jesus et dans les constitutions faites et a faire. Je promets en outre, speciale obeissance au Souverain Pontife, au sujet des missions marquees dans la bulle. Je promets encore de prendre soin que les enfants soient instruits des rudiments de la foi selon la bulle de la constitution. Ces paroles acheve'es, Ignace prit 1'Hostie sainte et se communia. Apres le Confiteor, le Misereatur, le Domine non sum dignus, Laynez, Salmeron, Le Jay, Broet et Codure vinrent lire a genoux la formule de leurs vceux et communier de la main de leur chef 1 .

Au-dessus de 1'autel, le Crucifix de bois qui avait parle a sainte Brigitte, gardait sa bouche entr'ouverte et son visage douloureux. A ses hommes agenouilles, il semblait dire : Pouvez-vous boire le calice que j'ai bu ? Et eux repondaient avec une genereuse allegresse : Possumus. Dansle coeur de tous, quelle flamme d' amour, quels purs desirs d'etre a Dieu et aux Smes, sans retour, ni partage! La messe achevee, ils firent leurs devotions a tous les autels privilegies de la basi-

i. Constit. (Ed. La Torre), 313; (Ed. crit.), I, 67-68.

lique, puis se reunirent aux pieds de Pautel papal, sous lequel repose le corps de saint Paul. Inigo se releva, etendit les bras et embrassa chacun de ses compagnons. Tous pleuraient de joie. Manrese, Montmartre, Venise, Rome! Comme le Seigneur est admirable dans ses voies. Quel cantique de reconnaissance montait vers le ciel, des profondeurs de ces ames humbles et attendries. Sous les feux du soleil qui montait a 1'horizon, la campagne romaine s'etendait au loin devant le portique de la basilique d'Honorius. La paix imperturbable de ce paysage etait Pimage de celle qui remplissait de son ineffable douceur le cceur des pelerins. En sortant de Saint-Paul, ecrit Inigo, ce fut en nous une tranquillite grande et continuelle; et ce sentiment ne fit que croitre, pour la louange de Notre- Seigneur Jesus-Christ 1 .

Des lettres fraternelles apporterent aux absents Pheureuse nouvelle. Le Fevre etait a Ratisbonne quand il apprit a la fois 1' election d'Ignace et la profession faite a Saint-Paul. Le cceur rempli de joie, et absolument detache de toutes choses terrestres, il fit son oraison a Peglise Notre-Dame, le jour de 1'octave de la Visitation (9 juillet 1541). Avant de se communier, il repeta mot pour mot la formule que ses compagnons avaient elite devant Pautel du Crucifix, le 22 avril. Et des le lendemain, il envoya au general sa profession ecrite, lui demandant humblement de vouloir bien Pincorporer, quoique indigne, dans la Compagnie de Jesus 2 . Bobadilla, sur Pordre de Paul III, avait quitte la Calabre pour aller en Allemagne. Durant son passage a Rome, il pronon?a ses voeux a Saint-Paul-hors-les-murs, entre les mains d'Inigo et en presence de Pierre de Ribadeneyra 3 .

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