Cron., I
Le morcellement politique de 1'Italie du xvi e siecle donne a 1'expansion de la Compagnie de Jesus dans la Peninsule, un caractere particulier. L'action des papes et des cardinaux protecteurs de 1'Ordre nouveau, s'etend partout. La confiance des princes et des eveques, en multipliant les experiences apostoliques qui reussissent, aide a porter au loin le bon renom des jesuites. Cosme de Medicis et Hercule d'Este, parmi les souverains; parmi les cardinaux, Cervini, Maffei, Carpi, sont les plus fameux et les plus decides, parmi ces patrons de la Compagnie naissante.
Dans la pensee qui lui faisait envoyer les jeunes jesuites a Paris, Ignace cree des maisons d'etudes a Pise, a Ferrare et a Padoue. Les colleges sont moins nombreux qu'en Espagne; il y en apourtant aTivoli(i548), Gubbio, Perouse, Bologne, Ferrare. Et puis les courses apostoliques ne cessent pas a travers la Peninsule. Le Jay evangelise Ferrare, Salmeron Verone et Bellune, Broet Montepulciano et Bologne; Bobadilla parcOurt en visiteur episcopal presque toute la Calabre, il preche a Naples, a Chieti, a Montefiascone ; de jeunes religieux comme Estrada, Ochoa et Otello rassemblent d'immenses auditoires; le P. Landini sillonne toute la campagne de Massa et de Sarzana, en attendant qu'il porte en Corse les efforts de son zele (1552); plus que tous autres, Laynez circule d'un bout a 1'autre du pays ; il preche, confesse, explique saint Paul, a Rome (1550), a Florence (1551), a Verone, a Venise, a Sienne, a Pise, a Ferrare, a Padoue, a Parme, a Palerme 1 .
Au milieu de cette phalange d'ouvriers infatigables, les jesuites de Rome ne demeuraient pas inactifs. Dans les premieres annees, Ignace n'avait pas grand monde sous la main. Peu a peu, des recrues nouvelles grossirent la troupe des apotres de la Ville fiternelle. L'eglise della Strada, genereuse-
i- Crow., I, 98, in, 127, 129, 172, 177, 217, 226, 232, 270, 389.
ment donnee par Pierre Codazzo a la Compagnie, en attendant qu'il se donnat lui-meme, devint tres vite un centre de fervente vie chretienne. Les catechismes, les sermons, les Ie9ons d'ficriture sainte,. les confessions y etaient comme ininterrompues. Les conversions des femmes de mauvaise vie et des juifs, le soin des malades et des pauvres etaient considered comme une part de cnoix dans le ministere sacerdotal 1 .
Par la fondation du college romain et du college germanique, cet apostolat aura son achevernent intellectuel et sa portee fointaine 2 .
Le college romain, grace aux generosites de Franois de Borgia, commence en fevrier 1551 dans une maison louee, de la- rue du Capitole; et le premier recteur est un fran9ais, le P. Pelletier. Le nombre des eleves croissant, on s'installe dans un autre local, sur la rue qui conduit de Notre-Daine della Strada a la Minerve. Les premieres classes sont des classes de latin, de grec, et d'hebreu; des 1552, trois cents eleves s'y pressent. II en est meme qui y viennent sans en rien dire a leurs parents; ce qui amene comme une emeute, aux cris de deux meres eloquentes et mena9antes qui reclament a la porte du college leur progeniture, en traitant les jesuites de voleurs d'enfants 3 .
Le college germanique ne tarde pas a s'ouvrir. L'apostolat en Allemagne, des 1540, mettait dans Pesprit de Le Fevre cette conviction que le premier besoin de ces peuples etait la formation d'un clerge digne de sa vocation. Les eveques allernands^ le pape Jules III, entrent dans 1'entreprise; on formera a, Rome meme les futurs apotres de rAllemagne. Us vivront sous le meme toit avec les jesuites, leurs maitres; ils assisteront aux cours du college romain, dans lequel on cree en leur faveur des chaires de theologie scolastique et
1. Cron.. y l, 85, 90, 97, 109, 127, 148, 168, 208, 266, 360.
2. Card. Andr Steinhuber, S. J., Geschichte des Kollegium Germanikutn- Hungarikum in Roma, I.