Ibid., II
en Flandre, en France, en Italic, fut de"cidee la, dans des. conversations amicales, entre deux sessions conciliaires.
L'ceuvre de Simon Rodrigues 1 dans son pays natal est considerable. Conseiller de Jean III, confesseur du prince heritier, son influence fait de la cour de Lisbonne, une admirable cour chretienne. II fonde, avec le secours des princes portugais, les colleges de Coi'mbre (1542) et d'Evora (1551).
Mais la vie du Portugal s'est repandue avec une force incroyable par dela les mers. Perdu a 1'extremite de 1'Europe meridionale, ce petit peuple ecrit alors dans 1'histoire une epopee grandiose. Ses navigateurs decouvrent des continents nouveaux; ses rois multiplient les colonies; se pressant sur les pas des soldats et des marins, des missionnaires arborent la croix au-dessus du pavilion national, sur ces terres hier encore inconnues. Les Portugais de Jean III sont en Mauritanie, au Congo, aux Indes, au Japon, au Bresil. Bientot ils seront en fithiopie. Les jesuites y sont avec eux. Jean Nunez et Louis Gonzalez fondent la mission de Tetuan (1548); Georges Vaz et Christophe Ribeyra celle du Congo (1548); Emmanuel.de Nobrega et Jean de Azpilcueta celle du Bresil (1549); avant la mort d'Ignace, Jean Nunez et Andre de Qviedo partiront pour 1'fithiopie (1555). Ce que ces hommes deploieront de patiente abnegation et de zele inventif ne se peut dire z .
Mais si glorieuses que soient leurs conquetes, ils ont ete devances, dans 1'apostolat des missions lointaines, par un conquerant dont le nom demeure, apres trois siecles, eclatant comme au premier jour. Parti de Rome le 15 mars 1540^ avec 1'ambassadeur portugais Mascarenhas, Francois de Xavier e st alle mettre sous la protection de Notre-Dame de Lorette les ardeurs d'un zele devorant comme le feu. II n'est reste a
i. Ibid., I, 143, 327, 446, 448.
Crow., I, 329, 332-337. 448-452; V, 685-707; VI, 716. F. Rodrigufcs,. Hist, da C. dej... 1. 1, i' r vol., 282-375, 405-431; 2 vol., 517-565-
LE FQNDATEUR O'ORDRE
Lisbonine que pour preparer sa grande expedition.. Le, 7 avril 1541, il s'embarque sur le Saint-Jacques avee le nouveau gouverneur des Indes Frar^ois de Souza, pour aborder enfin a Goa, le 6 mai 1542. II evangelise la cote de la Pecherie (1542) et le royaume de Travancor (1544); il court aux Moluques (1546-47);, envoie Barzee a Ornauz (1546), e"tablit a Goa. les oeuvres destinees a convertir les Europeens, organise le gouvernement de la mission naissante et part pour le Japon (1549). II y reste deux ans, fonde une eglise, reprend la mer, debarque a San Choan ou il ! nieurt (2 deeembre 1*55.3). a 45 ans, en face de la Chine dont il voukit percer la grande muraille pour ouvrir un passage a Jesus-Christ. Nul inissionnaire n'a battu plus de chemins, ni de plus difficiles, avec une ardeiaT plus transportee, une confiance- en Dieu plus absolue, un plus merveilleux succes. Sa vie a etc prodigieuse par les miracles operes, ks? conversions fakes, une abnegation heroique. L'^glisci qui le canonisera, lui dbnnera le titre d'apotre des Indfes. Au milieu des conquistadors du xvi e sieele, fe- figure de Xavier rayonne et domine eomme celle d'iin autre saint Paul 1: .
Et dans cette Allemagne 1 , que les erreurs et les violences de Luther ont jetee dans une si grande confusion, un homme se leve qui en sera, pendant cinquante annees, le grand apotre. Parmi tous ceux qui s'acharnent la^ a d'efendre la for des ai'eux-, nul ne 1'egalera en science, en zele et en saintete. Admis dans la Cornpagnie de Jesus a Mayence, en mai* 1543, Pierre Canisius est, des ee moment, 1'homme extraordinaire qu'il sera durant sa longue vie. Encore etudiant a rUhiversite de Cologne, il public une edition nouvelle du mystique dominicain Jean Tauler (1543). L'annee meme derson ordination au sacerdoce, il edite les ceuvres de Cyrille d*Alexand'rie et de saint Leon le Grand (1546). A peine pretre, il est charge par Charles- Quint d'obtenir la demission d'Herrnami de Vied, 1'indigne archeveque de Cologne. De si beaux commencements auront
i. Cron., I, 105-109, 145-147, 199-207, 258-264, 452-488; H, 132-15?) 397-419, 729-780. A. Birou, Saint Frangois Xavier, I, 147-288; 345-44! II, 119-243, 337"3S3-
une suite plus belle encore. II restaurera 1'Universite d'lngolstadt et celle de Vienne. II prechera a la cour et evangelisera les campagnes. II ecrira cette Somme de la Doctrine Chretiemie, qui sera bien longtemps encore apres sa mort, 1'arsenal des eontroversistes catholiques 1 .
Sur son visage grave et amaigri qu'eclairent deux grands yeux, se lisent sa reflexion patiente, son esprit d'entreprise, son abnegation a toute epreuve. Si Ton ouvrait son coeur, on y entendrait les soupirs du contemplatif le plus aimant. II nous a laisse, comme Le Fevre, une sorte d'autobiographie ; comme eelle de Le Fevre, la sienne est un hymne au Seigneur, tout penetre d^une humble et douce reconnaissance. Le 3 septembre 1549, la veille de sa profession, a Rome, Canisius etait alle s'agenouiller devant le tombeau de saint Pierre, 1'Sme toute remplie d^une flamme, qui s'exhalait en ardents desirs pour la conversion de TAllemagne. Un ange, des le seuil de la basilique, se dressa soudain a ses cotes, lui devoilant la grace de sa vocation et les abiines de 1'humaine misere. fimu, touche, ce digne fils d'lgnaee^ pensant a son holocauste du lendemain, s'enhardit a supplier le coeur de Jesus de s'entr'ouvrir. Ce Coeur divin lui apparut comme une source feconde; il y porta ses levres; et il se sentit un homme nouveau, revetu de purete, de charite, de Constance et de paix. Lui-meme, dans ses Confessions, nous a conte cette vision emouvante 2 . Sa vie apostolique en Allemagne est la preuve qu*il ne fut pas, a Saint- Pierre, victime d'une illusion 3 . Au milieu; des premieres recrues de TOrdre naissant, c'est liii peut-etre qui realise, dans la plus admirable harmonic, cet ideal de priere, de savoir, et d'entreprise, qui hante 1'esprit dlgnace de Loyola, comme I'ideal meme du vrai compagnon de Jesus 1 :
Bes qu'il connut Pierre Le Fevre, Canrsius fut ebloui. Sorti a peine des premiers entretiens avec I'homme de Dieu, il
1. Ibid., I, 115, 155, 314, 410, 418; II, 263; Petri Canisii Epist., XXXVIII-