Voir Note
par deduction que nous assignons 1493 comme la date vraisemblable 1 de la naissance de saint Ignace ; et c'est d'apres le temoignage des habitants d'Azpeitia, dans le proces de 1595, que Ton a coutume d'appeler Inigo le dernier ne de sa famille*
II naquit au chateau de Loyola, probablement dans la chambre de sa mere, et fut baptise a Azpeitia sous le nom d'Inigo Lopez 2 . Ce nom d'Inigo abonde dans les registres paroissiaux du Guipuzcoa, de Biscaye et de Navarre, au xv e et au xvi e siecle; il figure en des actes notaries d'Azpeitia pour des contemporains de saint Ignace; on trouve meme a Ordufia, en 1508, une confrerie de gentilshommes de Biscaye, sous le patronage de saint Inigo, venerable abbe du monastere benedictin d'Ona, dont la fete se celebre le i er juin.
L'enfant fut prive, jeune encore, de son pere et de sa mere* Bertrand de Loyola mourut le 23 octobre 1507; Marina, sa femme, avait disparu avant lui, a une date que nous ignorona. Jusqu'en 1507, c'est vraisemblablement au milieu de ses freres et soeurs que grandit d'abord Inigo. Cadet de famille, il fut comme son frere Pero Lopez voue a la clericature; et dut commencer a vaquer, avec les autres clercs de la paroisse, aux premieres etudes. Celles-ci ne depasserent point d'ailleurs 1'art de lire et d'ecrire. Les Loyola ne sont pas des lettres. Des trois soeurs d'Ignace une seule etait capable de signer son nom; si son frere Martin Garcia mele dans ses livres de compte le latin au castillan, cela ne va guere loin, il est plus habile, a manier Tepee que la langue de Ciceron. Bertrand et Ochoa, qui demeurent dans le pays lui ressemblent. Pour chercher. fortune au loin a Naples et aux Indes, Juan Perez et Hernando 3
i. Voir Note 5.
z. Lopez est la forme castillane de Lupus. Jamais Ignace ne s'appela Recalde. Nous dirons plus loin a quelle occasion on 1'affubla de ce nom.
3. Hernando partit pour les Indes en 1510; sa renonciation aux biens paternels est du 16 mai 1510; il dit avoir alors 25 ans.
24 EN ATTENDANT LA VRAIE DESTINliE
n'ont besoin que de leur nom, de quelques centaines de florins representant leur 16gitime, et d'une belle audace. Pe.ro Lopez sera le seul de la famille qui, suivant son chemin dans 1'liglise, prendra quelque teinture des lettres humaines et divines; il entrera dans les ordres et deviendra recteur de 1'eglise Saint- Se*bastien d'Azpeitia.
La foi chretienne est, avec 1'honneur chevaleresque, le bien le plus precieux de la famille. On y est catholique hereditairement. Les clauses testamentaires x en temoignent avec eloquence. Les Loyola ont coutume, en consignant leurs dernieres volontes, de donner leur me a Dieu, de demander pardon de leurs peches, de confier leur salut a la misericordieuse protection de la Vierge, de regler les trentenaires de messes a dire pour le repos de leur slme, de payer leurs dettes; ils envoient des pelerins prier pour eux au sanctuaire de Notre- Dame de Guadalupe et meme au tombeau de saint Jacques; ils n'oublient pas de faire des legs aux oeuvres pies. Parmi celles-ci, figurent les basiliques qui s'elevent sur les flancs des montagnes voisines de Loyola. II faut nommer ici ces sanctuaires rustiques, ou Inigo fut conduit tout enfant et initie aux devotions de ses aieux : Saint- Jean de Onaz et Saint-Pierre de Loyola; Notre-Dame de Olaz et Notre-Dame de Elosiaga; Saint-Michel, Saint-Martin, Sainte-Madeleine ; Saint- Jean de Eizmendi et Saint-Pierre de Elormendi. Sur ces ermitas ou basilicas, les Loyola ont droit de patronage; ils nomment les fraylas ou mayorales chargees de leur garde et entretien, et ils dressent les reglements qui les gouvernent.
A plus forte raison tiennent-ils a Pexercice de leur patronage sur 1'eglise Saint-Sebastien d'Azpeitia. Pour ne pas remonter plus haut, Bertrand de Loyola, pere d'Inigo, ne se souvient pas seulement des privileges et des .rentes qui lui reviennent sur les dimes et oblations, il s'occupe de regler, selon les canons, la vie religieuse des clercs de la paroisse et
i. Aux arch, de Loyola et aux arch. not. d'Azpeitia, voir par exemple les testaments du 15 Janvier 1431, n decembre 1461, 20 Janvier 1496, i t>r mai 1549.
celle du peuple. Les femmes ne sont pas moms zelees pour la religion : parmi les gardiennes des Basiliques de Saint- Michel et de Sainte-Madeleine on comptera Marina, Inesa et Ioaney9a de Loyola. Catalina de Loyola, mariee a un Emparan d'Azpeitia, fondera le couvent de religieuses franciscaines qui existe encore tout proche de la casa solar de Emparan.
Les Licona sont de meme trempe chretienne. Le docteur Martin de Licona dresse pour Teglise d'Azcoytia le reglement de 1466; en 1503, un Juan Perez de Licona fonde a Sasiola (pres de Mondragon) un couvent de saint Fra^ois.
En venant d'Onate, pour tre la femme du frere aine d'Inigo (2 septembre 1498), Madeleine de Araoz a encore accru le tresor religieux des Loyola. Fille de Pedro de Araoz, majordome des rois de Castille, Madeleine fut tenue, dit-on, sur les fonts du bapteme, par la reine Isabelle; elle grandit, en tout cas, dans son entourage, fut honoree de son amitie et re9ut d'elle, entre autres cadeaux de noces, a ce qu'on raconte, un tableautin de PAnnonciation 1 . C'est pour mieux honorer la devote image que Martin et Madeleine firent construire une chapelle au chateau. La Vierge fut mise au-dessus de 1'autel. Elle y est encore, dans le meme coin de la maison qu'au premier jour. Madeleine de Araoz apporte a Loyola comme un rayonnement de la religion profonde d'Isabelle la Catholique.
Toutefois, ces fermes croyances et ces oeuvres pies ne gardent pas les Loyola des miseres humaines. Les temps sont aux violences et aux faiblesses de toutes sortes. Les commandements de Dieu, indiscutes en theorie, ne sont pas toujours fidelement observes. L'exemple de ce rel^chement vient de haut : Ferdinand le catholique et Charles-Quint ont leur famille irreguliere. Loin des cours, dans la vallee solitaire de Iraurgui, les Loyola ont dans leur manoir comme une tradition de peche; les testaments en font foi. Tel est le milieu dans lequel Inigo
i. Cette tradition est consignee dans une declaration faite en 1571 par Andres de Alzaga, b&nficier d'Azpeitia. Comme nous 1'avons de"j& not, la presence de T^cusson des GueVara sur le cadre du tableau rend cette tradition suspecte.
grandit. La foi est inderacinable ; 1'orgueil, 1'honneur et. la bravoure sont une tradition, 1'instruction ne compte pas, la vie desceuvree s'emploie comme elle peut, au hasard des circonstances.
Lorsque son pere meurt en 1507, Inigo a quatorze ans. La question de son avenir se pose, II ne parait pas, malgre la tonsure peut-etre re9iie, qu'il cut pris gout a la carriere ecclesiastique. II etait trop jeune pour s'en aller a Naples, comme Juan Perez, qui y etait mort en 1496, dans les Indes comme fit Hernando en 1510. II partit pour Arevalo *.
La vivait Juan Velazquez de Cuellar, alcayde des forteresses d' Arevalo et de Truxillo, maitre d'hotel de la reine Isabelle, tresorier general du royaume de Castille. Par son mariage avec Maria de Velazco, il s'apparentait a 1'illustre famille de Guevara; et, par celle-ci, aux Licona. Nous avons dit plus haut que Madeleine de Araoz avait ete dame d'honneur a la cour d'lsabelle. Ces souvenirs, ces liens de parente expliquent comment la pensee put venir d'envoyer Inigo chez Juan Velazquez.
La belle-mere de celui-ci, Maria de Guevara, etait une femme de haute piete. .Un franciscain de Valladolid lui a donne une place, dans son Char des dames, qui est une traduction de 1'ouvrage Catalan, Llibre de les dones, du a la plume de Fran?ois Ximenes qui mourut eveque d'Elne 2 en 1409.
Maria de Guevara s'employa, avec son gendre Velazquez, a obtenir 1'etablissement definitif des Clarisses, dans le palais que le roi Enrique IV possedait a Arevalo. Elle finit meme,