‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 229 sur 396 · Ch. iv, n · texte numérisé non relu

Ch. iv, n

Avant les vceux, soit simples, soit publics, une retraite de huit jours doit preceder; et aussi la consideration attentive des Constitutions et des Lettres apostoliques qui approuvent la Compagnie. Pendant trois jours, que ceux qui vont faire les voeux mendient de porte en porte. Au surplus, c'est une disposition essentielle que chacun doit mettre le plus possible au fond de son coeur, de renoncer au monde, a ses maximes, a son esprit ; de se revetir des livrees de Jesus-Christ, qui furent celles de la pauvrete et des opprobres. La misere humaine nous detourne de ces sentiments evangeliques qui furent ceux des saints; au moins faut-il que chacun, dans la Compagnie, ait un sincere desir d'en venir la, et s'attache, dans le Seigneur, a la plus grande abnegation et mortification de lui-meme 1 .

Le noviciat dure deux ans. Jusqu'a ce qu'ils aient fait les voeux, les novices n'ont point d'habit defini. Avant d'entrer en religion, chacun devrait faire renonciation de ses biens personnels. Si de bonnes raisons existent de ne point proceder immediatement a cet abandon, le novice doit, au moins au bout d'un an, se declarer pret a se depouiller de tout, le jour ou le superieur le jugera bon; et il faut en venir la, au plus tard au moment des voeux publics de coadjuteur ou de profes. Les pauvres sont les heritiers prevus par 1'livangile; c'est la parole meme du Seigneur au jeune homme qui lui demandait le chemin de la vie eternelle. II peut advenir que les proches doivent etre preferes aux pauvres. Mais il y a la peril d'illusion; et c'est pourquoi les religieux doivent s'en remettre, en cas de doute, au jugement de trois hommes de savoir et d'expe rience que le superieur designera. En tout cas, tant qu'ils seront dans une maison de 1'Ordre, ils n'auront pas d' argent a leur disposition. S'ils sont ecclesiastiques, ils devront resigner leur benefice, dans les memes conditions que ceux qui ont un patrimoine.

Pour rnieuxsecouperdusiecle, il faut qu'ils evitent, au debut, toute correspondance avec leurs amis et leurs families. Ils

! Ch. iv, n. 41-46.

seront tres contents que les lettres re9ues ou envoyees soient lues par le superieur, lequel demeure juge de leur donner cours. Toutes ces affections de la nature, si legitimes soientelles, doivent etre, comme 1'Iivangile le suggere, dominees et gouvernees par 1'amour de Jesus- Christ, lequel tient lieu de tout a ceux qui ont tout abandonne pour le suivre 1 .

Ce brisement de la nature est une operation indispensable, aux yeux d'Ignace de Loyola, pour que la formation de 1'homme religieux qu'il reve soit possible. II y insiste dans tous les chapitres de 1'Examen general.

II veut aussi, tant que les derniers voeux ne sont pas prononces, que les scolastiques et les coadjuteurs temporels soient souvent remis en face des bulles apostoliques et des constitutions; et interroges sur la fermete de leur resolution de demeurer fideles a la vocation embrassee 2 . Pour lui-mme, il pratiquait a merveille le conseil evangelique : s'asseoir pour examiner si on a les ressources indispensables pour bdtir jusqu'au fcdte. C'est sous cette loi de prudence qu'il souhaite que les skns s'engagent dans la Compagnie de Jesus. II entend que I'enrolement se fasse dans la clarte de la raison, en meme temps que dans la ferveur de 1'amour.

De meme, pense-t-il que jamais les chefs ne connaitront assez intimement ceux qu'ils doivent guider dans les campagnes apostoliques entreprises. C'est un point auquel il a longuement reflechi devant Dieu ; a la lumiere d'en haut, il voit que la conduite des ouvriers evangeliques gagnera d'autant plus, que leurs ames seront plus transparentes aux regards de leurs superieurs 3 . Non seulement il present au debut du noviciat une confession generale, qui sera renouvelee tous les six mois, durant la periode de formation, et tous les ans, apres les derniers voeux; non seulement il conseille d' avoir un confesseur stable auquel on declare tout le bien et tout le mal qu'on fait, au point de lui repeter spontanement les aveux

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