‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 245 sur 396 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

Sa visite finie, il sera a meme de renseigner le fondateur sur 1'etat de sa famille. Finances, etudes, discipline religieuse, opinion du clerge et des habitants des villes habitees par les jesuites, convenances ou inconvenients des colleges acceptes, chances de fondations nouvelles, appuis ou oppositions rencontres : le commissaire aura tout vu d'un ceil sur. Par les rapports fideles de son envoye, Ignace verra les choses, a peu pres comme si, de sa personne, il avait fait le voyage d'Allemagne, d'ltalie et de Sicile, d'Espagne et de Portugal.

C'est par la Sicile que Nadal commen^a ses visites. II connaissait a fond le pays. Depuis avril 1548, il y avait travaille en veritable apotre, en plein accord avec le vice-roi, Jean de Vega, grand ami d' Ignace. En retournant dans son domaine d'action, au printemps de 1552, il s'arreta quelques jours a Naples ou Bobadilla etait recteur. Ce puissant ouvrier apostolique etait un superieur mediocre. Nadal le rempla9a par Salmeron, tandis que Bobadilla partait pour Salerne ou 1'archeveque Pappelait pour evangeliser son peuple 1 .

Arrive a Messine le 10 juin 1552, le commissaire constate avec satisfaction que le bien s'y fait tres efficacement. Les predications du P. Benoit Palmio et du P. Philippe Cassini, 1'action du P. Corneille Wishaven, les classes du college, renouvellent dans la ville la foi et les oeuvres. Signe caracteristique : des lai'ques zeles entreprennent de convertir des courtisanes. La disette de 1551 avait amene une grande famine. Nadal fonde un mont de piete, erige une congregation des orphelins,. reorganise I'hopital. II va sans dire que les Peres du college et les onze novices qui y habitaient eurent encore ses meilleurs soins 2 . A Palerme, le commissaire ajoute aux classes du college Penseignement du grec; lui-meme, fait la

i. Cron., II, 526.

a. Ibid., II, 529-543-

classe d'hebreu durant le temps de son sejour. Le college eompte 300 e"l&ves. Le recteur expliquait le dimanche, 1'^pitre aux Remains. Pierre de Ribadeneyra qui n'etait pas encore pretre, prechait tous les dimanches. II y avait dans la maison sept novices. Nadal enflamma tout ce monde. Son zele, la aussi, 1'amena a fonder un mont de pie*te, a s'occuper de la delivrance de 500 prisonniers, de la visite des malades et des pauvres. II joignit un college de pretres a la maison des orphelins, reforma les monasteres, precha a 1'eglise le dimanche, quand Ribadeneyra fut parti pour Rome. Rien ne fut neglige pour tout regler selon les Constitutions*.

Rentre a Rome au debut de mars 1553, le commissaire con versa longuement avec Ignace; le 10 avril, il etait a cheval sur la route de Genes, ou il s'embarqua le 17, et le 5 mai il joignait Barcelone. Le 19, il partit pour Valence, puis pour Alcala. La, de graves nouvelles lui'firent gagner precipitarnment le Portugal.

En Portugal, les circonstances etaient dedicates. La Compagnie y devait a Simon Rodrigues son commencement. La cour de Lisbonne r la famille royale etaient pour ainsi dire dans ses mains, tant son autorite y etait grande. Nulle part la fayeur des princes a 1'egard de FOrdre naissant ne fut plus marquee et plus operante; nulle part, 1'essor de la Compagnie plus rapide et plus puissant. La province de Portugal comptait, en 1552, pres de cent quarante jesuites; elle en cut eompte presque le double, si tous les eandidats avaient persevere ; les colleges de Coi'mbre et d'Evora etaient florissants ; dans les possessions lointaines d'outre-mer, en Afrique r aux Indes, au Japon, au Bresil, des mtssionnaires font rayonner tout ensemble la splendeur de FEvangile et la puissance de Jean III. Simon Rodrigues est au centre de ce grand mouvement, qui, dans une certaine mesure, precede de lui.

i. Ibid., II, 544-550.

Sous cette prospcrite reelle, un mal se cache 1 . Simon Rodrigues est trop mele aux affaires de la cour; lui et quelques-uns des siens ont perdu un peu le souci d'une vie rigoureuse et mortifiee; les liens de la discipline sont plus ou moins Inches; 1'obeissance est en souffrance; des inferieurs ne se genent pas pour dire en face a leurs chefs : Vous avez tort, vous ne devriez pas me demander cela.

On devine les consequences : apres avoir pris son temps et pose quelques preliminaires qui ne sont pas de ce recit, Ignace releve Simon Rodrigues de sa charge et 1'envoie gouverner 1'Aragon. Rodrigues, soumis au moment meme ou lui est remise la lettre romaine (4 mai 1552), se reprend des le lenderiiain, va a Coi'mbre (18 mai), et finalement, s'incruste a San Fins (22 mai) pres de Lisbonne, pour s'y reposer et reflechir; il n'en partira que le i er aout pour gagner Barcelone 2 .

Durant ces trois mois, ses partisans n'avaient que trop le loisir de s'echauffer. Qu'il le voulut ou non, son attitude etait pour les jeunes religieux une incitation a la revolte. Lorsqu'il revint de Medina del Campo, le P. Diego Gomez, qui y avait accompagne Simon, se mit en tete de fomenter dans la Compagnie de Portugal une revolution : Ignace n'e"tait qu'un ambitieux, le mariage de 1'heritiere de Loyola avec Jean de Borgia le montrait assez ; les grands etaient la, pour soutenir la cause de Simon et le ramener au besoin en Portugal. Gomez sortit de TOrdre; d'autres le suivirent. Miguel de Torres, nomme visiteur depuis Janvier 1552, arrive en Portpgal 3 ; exhorte les bons, rassure les inquiets, met en demeure les recalcitrants de choisir entre Ignace et Simon. Une trentaine s'en vont d'euxmemes ou sont renvoyes de 1'Ordre. Ce depart emeut la cour, les grands, le clerge, Coi'mbre, Evora, et Lisbonne, Parmi les

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