Ce prieure appartenait a 1'Ordre Teutoniqtie
tie de sa maison et le jardin etait commun. Les intentions du prieur etaient genereuses, ses facultes restreintes. II arrivait que, pour tout souper, il envoyait aux Peres un melon avec un peu de pain. Nadal (qui arriva la le 4 juillet 1555) estima qu'il fallait remedier a cette misere, sans froisser la susceptibilite" du fondateur; il permit au recteur Cesar Helmio d'accepter quelques aumones secretes, afin de pouvoir nourrir sa famille. II y avait au college une cinquantaine d'eleves, intelligents, studieux, dociles. Leurs exercices publics faisaient 1'admiration de la ville. Nadal ne passa la que quelques jours. Dans la communaute, il y avait un certain frere Arnold, flamand, obstinement desobeissant; Nadal 1'envoya, par maniere de penitence, en pelerinage a Rome. II chassa de la Compagnie un certain frere Pierre, qui avouait cyniquement n'etre entre dans 1'Ordre que pour y etudier pendant deux ans, pour faire apres son chemin, avec son petit bagage de connaissances 1 .
A Padoue, le college avait peu d'eleves, de 50 a 60. Us etaient presque tous de families peu fortunees, et tronquaient vite leurs etudes, pour faire du commerce. Mais ils etaient ouverts, laborieux, obeissants. Leurs maitres vivaient en paix et en grande activite. Lorsque Nadal arriva, la peste ravageait la ville depuis juin. Un edit public avait ferme les ecoles. Les jesuites etaient restes; jamais ils n'eurent tant de besogne au confessionnal. En novembre, le mal avait disparu et les classes se rouvrirent 2 .
Dans un village de 600 feux, nomme Argenta, il y avait un petit college. Nadal, sur place, estima que 1'ceuvre pourrait vivre. Les gens du pays, d'abord sur la reserve, allaient s'adoucissant et la majorite se montrait favorable. La maison etait miserable et incommode. Mais il y en avait une autre a souhait; et on esperait pouvoir 1'acheter, pour 600 ecus, dont 200 a verser immediatement. Le P. Pelletier qui n'avait pas le sou, comptait reunir cette somme, en tendant la main
* Ep. Nadal, I, 317; Cron., V, 163, 165, 168-170. 2. Cron., V, 159-164.
au due et a la duchesse de Ferrare, au cardinal Morone, a Maria del Gesso, femme du tresorier general de Ferrare, tres devouee a toutes les oeuvres de la Compagnie 1 .
A Ferrare meme, la munificence du due Hercule et de la Fattora 2 pourvoient a tout. La maison est saine, bien placee, commode; elle a une eglise assez grande. Une seule difficulte : on ne peut trouver, dans la ville, qui fouette les eleves recalcitrants; on a ete contraint de les charger de se punir mutuellement; et ils le font. Mais les parents se plaignent. Et ces corrections ne suffisent pas d'ailleurs a maintenir le respect des maitres et la parfaite soumission. Nadal demande conseil a Rome ; on lui repond qu'Ignace y pensera 3 .
A Modene, les difficultes etaient grandes. La maison louee pour le college etait insufrisante et malsaine. Les Peres y tombaient malades; le conseil de ville etait fort oppose aux jesuites; 1'eveque, quoique tres ami des je"suites, ne s'interessait guere aux ecoles 4 . Nadal arriva le i er aout 1555. Tres vite il conclut qu'il fallait acheter une maison ou quitter la place, sauf a laisser a Modene deux ouvriers evangeliques. Pour mieux regler cette affaire, il alia trouver le due Hercule, a Ferrare. Celui-ci ecrivit au gouverneur de Modene une lettre pressante. Accompagne du P. Pelletier, recteur de Ferrare, Nadal revint a Modene pour chercher la maison revee. II pensa 1'avoir trouvee pres du clos des Freres precheurs. Si le due concedait une partie du fosse de la vieille muraille et si les dominicains voulaient echanger, contre cette partie du fosse, un morceau de leur jardin, tout s'arrangerait. Le due et les dominicains consentirent. En mandant toutes ces nouvelles a Ignace, Nadal etait a 1'espoir 5 . Lui parti, tout fut renverse. Le due Hercule etait aussi fidele que genereux; il exigeait seulement que, le jour anniversaire de la donation, les Peres