Id,, ibid., II
2. Sur le mouvement des Comuneros en Castille et des Germanias k Valence, voir Sandoval, op. cit. Au xix c siecle, cette histoire a e'te' reprise en de'tail par Modesto de la Fuente, Historia general de Espana ; et plus re"cemment, sur pieces, par Manuel Danvila dans son Historia critica e documentada de las Comunidades de Castillo. Ce travail considerable forme les tomes XXXV-XXXIX, dans la collection intitulee Memorial historico espatioL
que commence une lutte sanglantc, dont il cst difficile de predire Tissue.
Ces donnees d'histoire espagnole ont quelque longueur; elles sont indispensables potir dessiner avec nettete la situation politique, comme la voyait Inigo de Loyola, situation horrible et angoissante. Au milieu de ce tumulte de guerre civile provoque par la noblesse, comme aux plus mauvais jours du roi Henri IV de Castille, Tindignite des rebelles et le deshonneur de la monarchic emeuvent le jeune gentilhomrne au plus profond de son ame. La, sans doute, prit ses origines, le si vif sentiment, qu'il manifestera plus tard, du besoin social d'une autorite indiscutee. A Pampelune, il fait partie de la maison du due de Najera; dans la lutte contre les Comuneros, il suivra resolument son chef; la fidelite a la couronne est d'ailleurs dans les traditions des siens.
Bien que le mouvement des Comuneros fut, a son commencement, une insurrection des grands contre Charles-Quint, il arriva que, 93. et la, le peuple en prit occasion pour se soulever contre les nobles. Au debut de 1'automne de 1520, a Duenas, a Haro, les vassaux se liguent contre leurs seigneurs; de meme a Najera.
Le 14 septembre, des emeutiers de Najera pendent un gentilhomme et reussissent a s'etablir dans 1'alcazar du due. Le due ecrit en hate aux regents du royaume qu'il laisse a Pampelune Farcheveque de Montreal en qualjte de lieutenant general; et il court, des le 15, a Tennemi avec quelques troupes. Inigo de Loyola 1'accompagne. Le 18, on est a trois lieues de Najera. Le due envoie un trompette pour sommer les rebelles de rentrer dans Pobeissance, promettant toute equite s'ils se soumettent. Pour reponse, les insurges attaquent la forteresse ou le gouverneur de la ville s'etait refugie et ils re9oivent a coups de canon les troupes de Navarre qui s'avancent. Le combat s'engage. II n'est pas long. De vive force, le due penetre dans la ville, reprend les deux forts envahis et fait pendre quatre meneurs de 1'insurrection. Dans la joie de la victoire les soldats mettent tout au pillage. Inigo qui avait pris sa
part du combat, refuse, malgre toutes les instances, de toucher au butin : Filler, dit-il, n'est ni d'un chretien ni d'un gentilhomme 1 . Le 19 septembre, il reprit, avec le due, le chemin de Pampelune.
Us ne devaient pas y rester longtemps. Les Comuneros mettaient a Azpeitia le pouvoir royal en echec.
Bien avant la constitution de la Santa Junta de Tordesillas, et des la mort de Ferdinand le Catholique (23 Janvier 1516), il y a eu en Guipuzcoa, des opposants au roi Charles. Et il suffit d'un incident pour faire eclater les sentiments dont les coeurs sont pleins. En 1516, Pero Velez de Guevara, comte de Onate, est en difficultes avec sa ville pour obtenir d'elle raccomplissement de ses devoirs de vassalite. II dit volontiers qu'avant de partir pour les Flandres, il saura bien obliger les gens d'Onate a lui rendre leurs hommages. Parmi les recalcitrants se distingue Palcade Lopez de Araoz. D'apres ce que relevent des temoins, il aurait dit le 22 fevrier 1517 : Que diable veut aller faire Guevara en Flandre, parmi ces ivrognes? Tous, tant qu'ils sont, le roi compris, que savent-ils faire, si ce n'est boire? Qu'il reste en Flandre ce roi; Tinfante que nous avons nous suffit. Si le prince Carlos vient ici, il se trouvera bien quelqu'un pour lui donner une petite bouchee comme on fit a son pere Don Philippe.
^videmment, dans le cas de Lopez de Araoz, on retrouve cette jalousie haturelle des alcades contre les seigneurs, qu'Inigo de Loyola connaissait bien par 1'histoire meme de sa famille. A Azpeitia comme a Onate, les registres du conseil de ville temoignent des acces periodiques de cette fievre maligne. Les nobles s'en autorisent pour faire des bandos, interdits par les lois, et que le corregidor de Guipuzcoa a grand peine a dissoudre z . Mais les paroles violentes prononcees par Lopez de
i. Polanco, Cronicon, I, 13. On conserve encore k Ndjera la tradition de Tendroit ou Inigo pressa vivement les rebelles, I'e'pe'e a la main. C'est aux quatro cantones, point de bifurcation de la calle de la Fuente et de \B, calle mayor. .
3, Manuel Panvija, op. cit., XXXVI, 226, 697,
Araoz mettent aussi a nu une haine de 1'etaanger qui o'epargne meme pas la personne royale. Au milieu de telles passions et de tels malaises, le mouvement des Comuneros avait un terrain propice.
En septembre 1520, 1'assemblee guipuzcoane de Basarte avait demande au cardinal de Tortosa de lui donner pour corregidor le Heencie Cristobal Vasquez de Acuna. Mais Nicolas de Insausti, Carquizano, Vallejo et d'autres emissaires de la Junta de Tordesillas reussirent a emouvoir les esprits sur ee choix. Lorsque le Ucencie se presents devant 1'assemblee prpvjncjjale ce fut un tumulte, Les delegues de Saint-Sebastien Taecepterent et remmenerent avec eux. D'autres delegues lui preferment un agent de la Santa Junta de Tordesilla's et ils etablirent leur centre a Hernani. Le bachelier Olano et Jean Lopez de Anehieta etaient a la tete des rebelles. Us leverent jusqu'a deux mille hommes et reunirent de fortes sommes d'argent; par .des mesaagers tres surs, ils se tenaient en communication avec les chefs des Comuneros. Pour defendre I'autorite rpyale et 1'ordre public, le corregidor n'hesitera pas a porter centre les meneurs, nommement designes, des sentences extremes : condamnation a mort, confiscation des biens et ordre de raser les maisons jusqu'au sol (4 decembre 1520). A quoi la junta d'Hernani repondra par des represailles.
Malgre tout, ees violences fatiguaient leurs auteurs. De Saint-Sebastien et d'Hernani, on pria le vice-roi de Navarre d'intervenir,
Comme il s'en expliquait lui-meme avec 1'amiral de Castilj.e, le due ne pouvait songer a agir par les armes. Jean-Etienne son fils aine etait parti pour la Castille avec des hommes, accompagne par 1'alcade de la forteresse de Pampelune, Herrera, avec toute son artillerie. Us avaient d'ailleurs fort servi dans la prise de Tordesillas (5 decembre 1520). Jean-Etienne etait entre le premier dans le palais de la reine Jeanne, avec Louis de Acuna, il avait surpris dans le couvent de Sainte- Claire les procureurs des villes et les emissaires qui avaient souleve naguere le Guipuzcoa. Aussi le cardinal-regent recorn-
mandait-il aux faveurs de 1'empereur ce brave chevalier qui, en recompense de ses exploits, demandait d'etre fait, a dix-sept ans, colonel des troupes qu'il commandait 1 ..
Mais si ces bonnes nouvelles flattaient 1'amour paternel du due Antoine, elles Je laissaient sans moyens militair.es.. II partit done pour Azpeitia en negociateur, accompagne d'Inigo de Loyola, Polanco affirme cette collaboration 2 .. Quand meme il s'en tairait, nous en aurions la certitude. Qui mieux qu'Inigo connaissait le pays et les homines, et etait en mesure de persuader ?
Le due, jugeant le rnaintien du corregidor impossible, offrit de 1'ecarter, a la condition que les deux parties cesseraient leurs violences et prornettraient fidelite a la couronne; cela pose, il rendrait sa decision dans les deux mois (15 novembre 1520).. Plus tard, les interesses eux-memes reclamerent un iiouveau delai (15 Janvier 1521). Le 12 avril, le due pronon9a sur le differend, et la paix se fit 3 . Dans cette conjoncture, Inigo de Loyola montra ce don de manier les hpmmes qu'il aura toute sa vie, a un degre si rare.
Dans les provinces d'Alava et de Biscaye, Ramirez de Guzman et Pedro de Ayala, comte de Salvatierra, parcourent le pays pour le ranger a la cause des Comuneros. Le conseil royal a beau prononcer (17 decembre 1520) la reunion du comte de Salvatierra a la couronne, ce chatiment ne ralentit en rien les ardeurs de Pedro de Ayala. La Junta des rebelles le nomme Capitaine general pour la region alavaise et guipuzcoane. II tente vainement de gagner la junte d'Hernani, mais il reussit a surprendre l'artillerie royale envoyee de Fontarabie a Burgos et menace Vitoria.
Le conseil de Vitoria 4 fait des preparatifs, emprunte a Saint-S^bastien des ducats d'or, s'approvisionne de fusils, de poudre et de piques. Mais, en meme temps, il fait sender le
i. Manuel Danvila, op, cit., XXXVII, 685, 691, 733.
a. Cronicon, I, jp.
3* Manuel Danvila, op. cit., XXXVII, 182, 187, 375, 494, 498