‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 26 sur 396 · Id., ibid., II · texte numérisé non relu

Id., ibid., II

du vice-roi comptait une centaine de personnes ; dans cette suite nombreuse, pour trouver des compagnons de plaisir, Inigo n'avait sans doute qu'a choisir.

Mais le decor va changer bientot. Si, dans les premieres annees de sa charge, le due de Najera n'avait, pour 1'emouvoir, que de vagues apprehensions sur la fidelite d'une province recemment conquise, il ne tardera pas a connaitre a la fois toutes les angoisses de la guerre civile et de la guerre etrangere. Quiconque ignore cette histoire politique ne comprendra jamais 1'ame d'Inigo combattant a Pampelune. II faut center, en bref, comment se noua le drame qui rendit si tragiques les debuts du regne de Charles-Quint.

La mort d'Isabelie la Catholique (26 novembre 1504) posa le probleme de la succession au trone de Castille,. Ferdinand, son mari, et Philippe le Beau, son gendre, se disputent le pouvoir supreme et chacun d'eux a ses partisans. La mort de Philippe (15 septembre 1506) ne resout le conflit qu'en apparence. L'autorite de Cisneros, la politique de Ferdinand, les grandes entreprises, que tentent ensemble le regent et le ministre, n'empechent pas le malaise de persister. Les grands de. Castille sont jaloux du cardinal; ils se defient du prince a qui ils ne pardonnent pas d'etre Aragonais et d' avoir epouse en secondes noces (22 mars 1505) une Fran?aise, Germaine de Foix. Surtout, ils sont inquiets de voir grandir, pour le trone d'Alphonse le Sage, 1'infant D. Carlos, ne a Gand (14 fevrier 1500), eleve dans une cour flamande, ignorant tout de 1'Espagne, et a ce point jaloux de son autorite, que, de son initiative, il nommera par avance gouverneur du royaume (i er octobre 1515), son precepteur Adrien d'Utrecht, au cas ott Ferdinand viendrait 11 mourir 1 ..

i. Manuel Danvila, El poder civil en Espafia, Madrid, Tellez, 1885. Si3, 588, 6n, 614, 625, 641.

Ferdinand meurt (23 Janvier 1516). II a designe Cisneros pour chef du gouvernement. Du fond des Flandres, D. Carlos signifie qu'Adrien d'Utrecht, qu'il appelle son ambassadeur en Espagne, doit tre consulte dans les conseils de la couronne. En fait, Cisneros gouverne.,Ses quatre-vingts ans n'ont emousse ni son esprit, ni son courage. Mais, sa correspondance avec Ayala en te"moigne, en 1517, c'est-a-dire 1'annee rneme ou Imgo de Loyola vient a Pampelune, d'inquietants symptomes d'anarchie eclatent et se multiplient. En aout, Burgos, Val'ladolid, Leon, Zamora se rdunissent en Hermandad (Fraternite, Confrerie), font appel aux autres villes et tendent de reunir des Cortes. La rebellion des Comuneros est prodhe. II ne s'agit pas de jeter bas le trone, mais de jeter dehors les Flamands et d'imposer au souverain le respect des privileges de la noblesse.

Debarque le 18 novembre 1517 sur les cotes d*Espagne, le jeune prince de dix-sept ans entend qu'on le traite en roi. II est assez mal accueitli des les premiers jours. Les Cortes succedent aux Cortes et les fetes aux fetes, a Valladolid (1517), a Saragosse (1518), a Barcelone (1519 et 1520). Derriere ce voile dclatant, 1'inquietude est dans les coeurs. Si jeune qu'il soit, et bien qu'il ignore 1'espagnol, D. Carlos ne peut pas ne pas comprendre que les Cortes de Castille, d'Aragon et de Catalogne sont plus promptes a exiger de lui des serments qu'a lui voter des subsides; et que leur natjonalisme ombrageux se preoccupe de 1'argent et des honneurs qui vont aux gens des Pays-Bas 1 .

Le 22 aout 1520, a Barcelone, Frederic de Baviere vient annoncer que les electeurs d'Allemagne offrent au roi d'Espagne (28 juin) la couronne imperiale. Charles accepte, sans consulter qui que ce soit en Castille. A cette nouvelle, Tolede envoie des consignes de defiance aux villes du royaume; a Valladolid et a Tordesillas, le peuple s'ameute pour empecher que le prince quitte la peninsule. Les Cortes se tiennent a

i. Id., ibid., II, 35, 41, 44.

Santiago et a. la. Corufia dans la plus grande agitation 1 .. Des que le roi s'est embarque (20 mai 1520) pour 1'Allemagne, la colere castillane eclate, le signal de la rebellion est donne; Tolede, Avila, Zamora, Valladolid, Burgos, vingt villes s'insurgent. Sous le nom de Santa Junta un gouvernement s'improvise, qui s'etablit a Avila d'abord, puis a Tordesillas ou il s'autorise du nom de la reine Jeanne 2 .

Dehors les etrangers ! Tel est le mot d'ordre que Jean de Padilla et le fameux eveque de Zamora, Antoine Osorio de Acuna, clonnent a la Junta dont ils sont les chefs les plus populates et les plus hardis. La Junte delibere, donne des ordres, leve des troupes, nomme aux charges, en souveraine. De la Castille le mouvement se propage au sud en Estramadure et au nord jusqu'aux frontieres de 1'Aragon et dans les provinces basques. Seules la Galice, la Catalogue et une partie de 1'Andalousie restent indemnes. A la meme date, dans le royaume de Valence, s'organisent des Germanias plus violentes, et plus democratiques encore que les Communidades de Castille.

En face des insurges, la monarchic est faible et divisee. Charles- Quint est en Allemagne, fort occupe des multiples problemes que yient de soulever la revoke de Luther a la diete de Worms, Adrien d' Utrecht, qui, a la mort de Ximenes, est devenu regent du royaume, n'a ni le credit, ni la valeur politique de son illustre predecesseur. L'Amiral de Castille, Fadrique Enriquez, et le Connetable de Castille, Inigo de Velazco, ne sont point d'accord. En outre, tous ces partageants du pouvoir sont loin les uns des autres, et ne communiquent que par lettres. C'est en ces conditions defavorables

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