CHAPITRE XX
Apres 1'approbation accordee par Paul III en 1540, le developpement de 1'Ordre fut extremement rapide. Deux ans s'ecoulent et deja la Compagnie de Jesus est fixee a Rome, a Padoue, a Paris, a Lisbonne et a Goa. En 1549, tro ^ s provinces sont etablies; celle d'Espagne sous le gouvernement cTAntoine Araoz, celle du Portugal avec Simon Rodrigues pour chef, celle des Indes que regit Fra^ois de Xavier; TOrdre compte 20 maisons. II en a 25 en 1550, 27 en 1551, 40 en 1552, 45 en I S53^ 5 en X 554> 61 en 1555. Quand Ignace mourra en 1556, il laissera 76 maisons groupees en 12 provinces, un millier de religieux repandus a travers 1'Italie, I'Allemagne, les Pays-Bas, la France, 1'Espagne, le Portugal, le Bresil, le Japon, les Indes et jusque sur les routes de 1'fithiopie 1 .
Sur cette armee de conquerants evangeliques, quelle est 1'action du chef? Elle est puissante et constante.
De 1540 a 1556, beaucoup de ceux qui frappent a la porte de la Compagnie de Jesus voient leur chef de leurs yeux; beaucoup, s'ils ne sont pas admis par lui, passent par Rome, avant ou apres leurs etudes achevees. Pour eux, c'est un jbonheur tres doux et un bienfait sans prix; c'est, pour lui, moyen efficace d'inculquer fortement a toutes les traditions par ou s' assure la perpetuite des families fideles a leurs I origines, et de connaitre personnellement les hommes.
D'ailleurs Ignace estime qu'un superieur ne saurait mieux
' Cron., 1, 97, 168,208, 360; II, 5; 162, 419; III, 5; IV, 5; V, 5; VI, 41-43.
faire que d'imiter la Providence, laquelle continue sans interruption 1'action creatrice de qui 1'univers tient 1'existence, le mouvement et la vie. Par les Exercices spirituels, et la formule de 1'Institut inseree dans la bulle de Paul III, il met au cceur de tous les siens des sentiments profqnds et dominateurs, un amour ardent de Jesus- Christ et des ames, qui les pousse a affronter tous les travaux, toutes les contradictions, toutes les souffrances, avec la plus genereuse allegresse. Par une correspondance qui ne cesse pas, il maintient les bonnes volontes, regie la vie domestique, dirige le zele. Et lorsque les Constitutions, enfin acheyees (1547-1550), ont ete approuvees en une sorte de chapitre tenu a Rome (septembre I55o-fevrier 1551), ayam: devant les yeux, dans toute sa nettete, 1'ideal apostolique, as.cetique et administratif de son Ordre, Ignace met a le realiser 1'energie de volonte qui lui est propre; il exerce le gou^ vernement avec cette ame grande et forte qu'il souhaite au general dans les Constitutions.
C'est une de ses maximes que la vive confiance en Dieu doit s'allier merveilleusement au calcul des chances humaines, requises pour assurer le succes des entreprises apostoliqiies, Dans ce calcul, il mettait avant tout le choix et la formation des religieux de son Ordre.
Au debut, il ne se montra pas tres difficile dans le recrutement. II est remarquable que, dans une lettre de 1542,!! prevoit, sur 60 jeunes religieux, un dechet de 40, du a la mort, a la maladie, et surtout a Finconstance - 1 . A mesure que son gouvernement se prolonge, le fondateur devient plus rigoureux dans ses exigences; a la fin, il disait que s'il existait pour liii une raison de desirer vivre encore, ce serait peut-etre pour rejeter impitoyablement de la Compagnie, tous ceux qui n'y etaient pas aptes 2 . En 1555, il renyoya du college romain,