‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 279 sur 396 · Scr. de S. Ign., I · texte numérisé non relu

Scr. de S. Ign., I

pratiquer sans se lasser, le renoncemeftt a soi-meme; et pour y entrainer les plus novices, il n'hesite pas a moftifier publiquement les hommes les plus eminents et les plus chers, un Laynez, un Nadal, un Polanco. A 1'aide de leurs exemples, il inculque journellement le vince te ipsum des Exefcices, et il prepare, par cette abnegation a la suite et pour 1' amour du Christ, les invincibles apotres dont 1'figlise a besoin 1 .

Par une conception hardie, il .veut que chacun aide a la sanctification de ses compagnons; et il provoque la correction fraternelle, meme par 1'intermediaire du superieur secretement averti. On a appele cela de 1'espionnage, de la delation; c'est travestif grossierement la pensee du fondateur. Son systeiiie suppose, chez celui qui denonce et chez le superieur qui reoit la confidence, la plus haute et pure intention; rien de 1'envie, de la jalousie, de la rancune, du desir et du plaisir de nuire, qui enveniment les basses delations. Et puis, dans 1'usage qu'Ignace fait des secrets re$us, quelle admirable prudence! Son premier mouvement est de ne rien croire de ce qu'on lui dit de defavorable a autrui, meme si c'est un homme aussi autorise que Polanco qui parle; il oblige celui qui lui signale lin delirtquant a enoncer par ecrit le delit sous la garantie de sa signature, et il confronte les deux interesses. II connait trop rhurnaine faiblesse pour ignoref combien les hommes sont faciles a juger, a parler, a depasser, en leuirs paroles et en leurs jiigements, la realite des faits. Par le controle severe auquel il soumet les rapports, il sauvegarde les droits de la verite et de la justice, tout en laissant a chacun le merite de faire bon marche de cette reputation, a laquelle les hommes sont attaches si fortement 2 . D'ailleurs il ne tolere point qu'on parle publiquement des defauts d'autrui; lui-meme donne 1'exemple de la deference a 1'egard de tous 3 . Dans cette atmosphere de charite fraternelle, le droit qu'il confere a chacun de reveler au superieur les manquements du voisin

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