‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 285 sur 396 · Ibid., XII · texte numérisé non relu

Ibid., XII

de chef de mettre sous les yeux des siens, en un relief- saisissant, la loi essentielle de sa Compagnie. II convient de raconter ici cette histoire.

Le detail en est penible. Le retard des courriers, au moment oil les eve'nements se produisirent, a fort complique la situation; la perte de nombreuses lettres nous empeche aujourd'hui de voir, comme nous le voudrions, en quelques coins obscurs. Toutefois, les actes principaux et les responsabilites de Rodrigues nous apparaissent malheureusement dans une vive lumiere 1 .

Get homme n'est pas un rebelle insolent qui piaffe et sonne de la trompette pour rallier ses amis contre son chef. Mais c'est un reVolte tout de meme : avec des paroles humbles et douces, il se tient a ce qu'il veut; et pour couvrir ses resis-

i. Les historiens de la Province de Portugal ont coutume de plaider pour Rodrigues. Le 15 mai 1658, le P. Balthazar Tellez adressa de Coimbre au P. Sotwell, a Rome, une Vindicatio, en protestation de ce qu'Orlandini dans Historia Societatis jfesu, disait des torts de Simon Rodrigues (Roder. Epist., 817-821). Sacchini, e*diteur d'Orlandini, opposaune vigoureuse re"plique, au nom de la ve'rite', loi supreme de 1'histoire (Scr. de S. Ign., I, 701-707). Le P. Francisco Rodrigues, dans sa belle Histoire de la Compagnie en Portugal, tente de sauver 1'honneur du fondateur de la Province. Effort sincere, mais inope'rant, je crois. Vouloir expliquer la crise portugaise de I SSi-iS54, par des insuffisances de Miron, des maladresses de Torres, des outrances de Gonzales de Camara, c'est oublier le principal responsable. L'historien portugais a jete" dans le de*bat quelques faits nouveaux; tres justement il a explique" qu'il e'tait impossible que Torres cut expulse, lors de sa visite a Lisbonne, jusqu'a 127 je"suites. Mais sur le fond du probleme son plaidoyer demeure infirme. II est indeniable que 1'ancien provincial de Portugal a manque" d'abne*gation vraie : toute sa conduite de 1552- X S53 ne le montre que trop, et de meme sa vie de 1554 a 1574. Dans son Sme, il y a eu une de"che"ance de cet ide"al qu'il enseignait a Gonza- Ifcs, dans une longue et pressante exhortation de 1547, et dont je retiens ce seul cri : Qui non sequitur Christum anathema sit, separetur a nobts, recedat, abeat, quaerat alium Christum, quia nos quaerimus Christum cruetfixum. Voila la pleine sante spirituelle d'un jdsuite. Si Rodrigues 1'avait e ue en 1552, il serait sorti de 1'^preuve vertueusement vainqueur. Quand a commenc6 la d6ch6ance de son ame ? Nous 1'ignorons. Mais elle est certamernent ant^rieurea la secousse de 1552.

tances, il ne manque ni d'arguties, ni d'adresses suspectes, ni d'une sorte d'audace inconsciente. Sans doute, il est mal portant : nous le savons par lui et par d'autres 1 . Mais Fame est plus malade que le corps chez ce religieux de quarante ans. Au fond, il s'estime perdu de reputation par son exil loin du Portugal. Cette pensee amere est chez lui une hantise. Seule elle explique 1'incroyable et tenace effort de ce pretendu mourant pour retourner a Lisbonne, et la vie inquiete et inutile qu'il menera pendant vingt annees, jusqu'a ce qu'un jour Everard Mercurian mette fin a cet exil, que Borgia et Laynez avaient maintenu et Ignace prononce.

La sentence d'Ignace, il est a peine besoin de 1'observer, ne fut point une improvisation native et de hasard. Avant de f rapper le coup, le general prit le temps de s'informer et de poser des preliminaires sages. Sa rigueur s'accompagna de managements, puisqu'il nomma 2 Rodrigues provincial d'Aragon (i er Janvier 1552), et un peu plus tard lui permit 3 meme de revenir, sans fonction, a Lisbonne pour y soigner sa sante delabree (9 septembre 1552). Ce qui perdit Rodrigues, ce fut sa deconcertante conduite. II part d'Alcala, apres le Noel de 1552, sans avoir re9U la permission d'Ignace de regagner le Portugal; rejoint, avant la premiere etape, par un messager porteur de lettres d'ou il ressort que le roi Jean desapprouve son retour, il ecrit au prince une lettre suppliante pour se menager un accueil bienveillant, et continue sa route 4 ; arrive a Lisbonne, il se cache dans une villa du due d'Aveiro son ami, ou les siens se relaient dans une sorte de garde d'honneur et commentent avec lui sa disgrace 5 ; quand, apres vingt jours, les jesuites de Lisbonne decouvrent enfin sa retraite, il resiste a toutes leurs instances fraternelles de se ranger a 1'obeissance 6 ;

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