Ibid., I, 7I4-73L
Dans cette histoire mise au jour, dans ces ecrits longtemps demeures secrets d' archives, c'etaient des contemporains, des temoins, des intimes d'Ignace de Loyola qui parlaient. Avant 1'ouverture de tout proces canonique, leurs temoignages dejnontraient que le fondateur de la Cornpagnie de Jesus etait mort en odeur de saintete et qu'en sa vie avaient resplendi les 'vertus les plus eclatantes.
Le dernier quart du xvi e siecle fut, pour la Compagnie de Jesus, une epoque penible et perilleuse. Les attaques menees jadis centre 1'Institut, par Melchior Cano, recommencerent furieuses. Deux papes entreprirent de reformer Poeuvre de saint Ignace. Des jesuites mecontents, soutenus par Philippe II et I'lnquisition, essayerent de soustraire a 1'autorite du general les provinces d'Espagne. Centre les violences des dominicains deux bulles de Gregoire XIII (i er fevrier 1583 et 25 mai 1584) confirmerent solennellement les Constitutions, et precisement sur les points critiques. La mort de Sixte Quint (27 aout 1590) mit k neant les modifications que ce pape energique avait decid^ de faire dans le Code de la Compagnie. Claude Aquaviva, par sa fermete, brisa les intrigues espagnoles. Par son obeissance au pape et sa droiture, il amortit les initiatives ou C16ment VIII s'etait engage, a 1'instigation ou avec la complicite de Fran9ois Tolet, le premier cardinal j^suite. Dans 1'intention de changer Tlnstitut, Clement VIII avait ordonne d'office une Congregation generale extraordinaire; elle cut lieu (3 novembre 1593-18 Janvier 1594). C'est au milieu de ces deliberations un peu angoissees que les Peres assembles se retournerent vers leur fondateur comme pour crier au secours : par un decret formel, its inviterent le Pere general supplier Clement VIII d'accorder a Ignace de Loyola 1'aureole des saints.
Deja, un peu auparavant, par 1'initiative du P. Gaspard de Pedrosa, procureur general des provinces d'Espagne, et sous le couvert du nonce apostolique a Madrid, Camille Gaetani, n avait entame a Burgos un proces d'information. Trois religieuses du monastere de Sainte-Dorothee avaient atteste des
guerisons miraculeuses obtenues par 1'intercession du serviteur de Dieu 1 .
La Compagnie de Jesus demanda au Saint-Siege 1'ouverture des proces apostoliques. En attendant une decision qui tardera longtemps, les informations espagnoles commencerent en 1595, a Azpeitia, Manrese, Barcelone et Alcala. Le nonce de Madrid, Camillo Caetani, signa toutes les ordonnances d'informer. Le P. Gaspard de Pedrosa, procureur a Madrid de toutes les provinces d'Espagne, designa comme ses delegues a Azpeitia le P. Alphonse Ramirez, recteur du college d'Onate : a Manrese et a Barcelone, le P. Gil; a Alcala, le P. Fra^ois de Benavides, du college de cette ville. Ces delegues citerent les temoins a entendre, 7 a Alcala, 16 a Barcelone, n a Manrese, 4 a Montserrat, i a Prats del Rey, i a Calaf, 20 a Azpeitia. Dans cette derniere ville, et a Azcoytia, les beneficiers des eglises et le conseil de ville firent aussi une deposition collective.
Pris trente ans plus tot, ces renseignements auraient ete autrement riches en details tres surs. Tels quels, ils sont de grand prix. Car, s'il y a des temoins qui ne peuvent que rapporter, avec quelque imprecision, ce qu'ils ont entendu dire autour d'eux, dans leur famille ou dans le lieu qu'ils habitent, un certain nombre tout de meme ont connu Ignace de Loyola, 1'ont vu, ont assiste aux scenes qu'ils racontent. Par suite, ces informations canoniques sont, a certaines pages de la biographic ecrites par Ribadeneyra, une sorte de contre-6preuve confirmative; sur certains actes de vertus ou certains miracles, elles ajoutent des indications dont 1'ensemble est d^cisif et irrecusable.
Des 1596, 1'auditeur de Rote Fra^ois Pina, se fondant sur les principes et les pratiques regissant la matiere, opinait qu'il fallait immediatement envoyer les lettres remissoriales, deleguant les Ordinaires des lieux ou le nonce, pour recueillir les attestations z . Pour des motifs que nous ignorons, la conclusion