‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 355 sur 396 · Ibid., II · texte numérisé non relu

Ibid., II

Baviere, Maximilien, et 1'empereur Ferdinand, dans les etats de qui les jesuites avaient tant travaille a la reforme des moeurs et a la defense de la foi, reclamaient la meme faveur, pour la gloire et la protection de rAllemagne. Le 19 Janvier 1622, dans un Consistoire secret, le cardinal del Monte presenta a Gre*goire XV une relation demonstrative des heroiques vertus et de dix miracles d'Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jesus 1 . Le Pontife, un mois apres (16 fevrier), apres avoir recueilli les votes des cardinaux et des eveques presents au consistoire, proclama la saintete* du serviteur de Dieu et decida que les fetes de la canonisation auraient lieu le 12 mars.

Ce jour-la fut un jour de triomphe eclatant pour 1'Espagne catholique. L'figlise elevait ensemble sur les autels quatre de ses fils : Isidore le laboureur, Therese de Jesus, Fran?ois de Xavier, et Ignace de Loyola. Au milieu de la foule enorme qui remplissait la basilique de Saint-Pierre, avec quels transports les jesuites presents saluaient Timage de leur pere Ignace, resplendissant dans 1'abside avec celle de leur frere Xavier; et avec quelle ardeur ils disaient comme 1'Eglise :

O Dieu, qui glorifiez ceux qui vous glorifient, et etes honore par les honneurs accordes a vos saints^ accordez-nous, dans votre bonte, que nous qui celebrons la memoire des illustres merites des saints Ignace et Xavier, nous eprouvions le bienfait de leur patronage. Ainsi soit-il.

Bien avant Gregoire XV et Paul V, Dieu avait glorifie son hero'ique serviteur, par des prodiges.

Une religieuse franciscaine de Barcelone, Sor Ribelles, avait un os de la cuisse brise e* par suite toute la jambe enflee depuis fort longtemps. Les soins du tres habile medecin Jayme Ortoneda n'y avaient rien fait; les douleurs etaient intolerables et la fievre forte. La malade prie Sor Tarrega, sa niece, et Sor

i. Ibid., II, 983-1015.

Gueralt, sa superieure, de lui amener un Pere du college de Barcelone avec une relique. Le P. Pomar apporte aii monastere un petit morceau de taffetas que les religielises appliquent, sur la cuisse de Sor Ribelles, a Tendroit de la fracture. Immediatement, Sor Ribelles se sent guerie, le dit, reclame ses vdtements, se met a marcher sans douleur 1 .

A Gandie, Madeleine Talavera souffre depuis trois ans d'une hydropisie declaree qui lui rend incommode tout mouvement. Aux premiers jours d'avril 1601, elle prend une image du P. Ignace qu'elle avait, 1'applique sur son ventre, avec une grande confiance, promettant que si le P. Ignace la guerissalt, elle reciterait tous les jours en son honneur, un Pater et un Ave. Le jour suivant, elle est guerie, toute enflure a disparu 2 .

Anne Barcelona, a Gandie encore, etait depuis trois ans toute endolorie d'une paralysie qui lui rendait tout travail impossible; elle ne pouvait marcher qu'a quatre pattes ou avec des bequilles. Le bruit des miracles operes par Ignace la met en confiance. Elle se traine avec beaucoup de fatigue jusqu'a 1'eglise des jesuites de Gandie et invoque avec ferveur le secours du saint. Le voyage au retour se fait sans peine, elle a laisse ses bequilles, rien ne subsiste du mal 3 .

Le chirurgien Barthelemy Constesti de Manrese est afiHge d'une douleur de tete et d'yeux qui ne lui laisse ni jour ni nuit aucun repos. Le mercredi saint 1599, le P. Antoine Clar lui dit qu'il y a au college une signature autographe du P. Ignace, qui opere des prodiges. II la deniande, on la lui porte le jour meme; a peine le porteur a-t-il franchi le seuil de sa chambre, avant toute application, les douleurs cessent. Barthelemy appelle sa femme, proclame le miracle, baise avec respect et reconnaissance la signature d'Ignace. Tout le jour se passe

1. Elle-mSme a d6pos6, au procfes de Barcelone, avec le chirurgien F&ix Matas, 6 et 7 juin 1606. Scripta, II, 671, 683.

2. Deposition du frere et de la mere de la malade et du me"decin Miquel Jep, aout 1601 et 8 avril 1607. Ibid., II, 773-775-

3- Deposition de la sceur du malade et du me'decin J.-B. Cuevas, au Proces de Gandie. Ibid., II, 776-777.

en joie. Dans la nuit, Contesti est eveille subitement par une douleur tres vive. La relique etait a soil chevet, il 1'applique sur sa tete; plus' de souffrances. Le fait se renouvela deux ou trois fois dans la nuit. Le lendemain il alia tout joyeux center son histoire au college 1 .

A Gandie, Jerome Estrue, etudiant, se brise, en tombant, 1'arcade sourciliere. Le chirurgien Pierre Monares appele, dit que la guerison sera fort difficile. L'ceil enfle, la fievre se declare. Monares soigne comme il peut, un mois durant, cette plaie chaque jour plus purulente. Un certain lundi, il avertit la mere de 1'enfant qu'il reviendra le lendemain en consultation avec le docteur Baptiste Cuevas pour examiner la plaie a fond et prendre des moyens decisifs. Le mardi matin, les deux praticiens arrivent, levent les bandages : toute trace du mal avait disparu. Monares et Cuevas demeurent stupefaits et confondus. La mere du malade revele alors que depuis deux jours elle invoquait secretement 1'intercession d'Ignace et avait promis une neuvaine d'actions de graces, si son fils etait gueri 2 .

Jean Lleyda, de Manrese, etait consume depuis treize ou quatorze jours par une fievre maligne. Appele aupres du malade, le m^decin Pisa dit qu'il fallait une saignee. Le jour touchait a sa fin, Jean Lleyda ne voulut pas subir un coup de lancette. Des les premieres inquietudes, sa femme lui avait conseille de recourir au P. Ignace; et Jean P avait fait de tout son cceur. Dans la nuit qui suivit la visite du medecin, vers les minuit, il sembla au malade que sa chambre etait resplendissante de darte", qu'une ombre noire s'approchait des colonnes de son lit et qu'une main lui touchait la tete. II interpella sa femme pour lui faire admirer le prodige. Celle-ci ne voyant rien, lui dit que la fievre le faisait delirer. II insista : Tu ne vois done pas cette lumiere ? Tu ne vois pas que le P. Ignace m'a gueri ? La pauvre femme, tombant a genoux, se mit a invoquer

i. Deposition du malade, des siens et du medecin S^bastien Bienayant, au proces de Manreze, 30 juin et 5 juillet 1599. Ibid., II, 463.

z. Deposition des parents et du m^decin Cuevas, au proces de Gandie, 22 Janvier 1602, 30 avril 1607. Ibid., II, 782-784.

le P. Ignace; decidement son mari etait a la mort, puisqu'il delirait si etrangement. Aussi, quand le malade parla de se lever, elle s'y opposa avec force. Jean Lleyda attendit paisiblement le jour. II se leva, dispos; il n'avait plus de fievre; il courut au college, ou il se confessa et communia en action de grdces 1 .

Jean Pretel de Mondoza, gouverneur du marquisat de Lombay, pour le due de Gandie, tomba malade a Valladolid, le jour de saint Michel 1603, de fievres si malignes qu'au bout de trois mois il fut bientot a la mort. Au premier sentiment du danger il s'etait confesse au P. Villegas; se sentant plus mal, il voulut faire une confession generale et recevoir le viatique, apres quoi il perdit connaissance... Quand il revint a lui, au bout de trois jours, il demanda a voir les trois medecins qui le soignaient. LeP. Avila qui 1'avait confesse etait la; il 1'exhorta a la confiance, lui recommanda d'invoquer avec foi le P. Ignace ; puis, ouvrant sa soutane, il detacha de son cou une image en papier qu'il portait pendue a un cordonnet de soie et il le passa au cou du mourant. Quand le P. Avila fut sorti, Pretel de Mendoza demanda qu'on le laissat seul. II prit dans ses mains 1'image, et promit avec foi que si Ignace le guerissait, il lui serait devot. Apres quelques invocations au serviteur de Dieu, il s'endormit profondement. Lorsque sa cousine Agnes de Segura entra dans la chambre au bout de deux heures, elle le crut mort et lui passa la main sur le visage. Jean s'eveilla et dit qu'il mangerait volontiers. On appela le docteur Orozco qui lui tata le pouls et fut surpris de le trouver sans fievre. II autorisa le malade a manger, c' etait le 7 decembre 1603, veille de la Conception de Notre-Dame. Les autres medecins, Melchior Valenciano et Dominique Ortiz, quand ils vinrent voir ce ressuscite, n'en croyaient pas leurs yeux. Et le vicechancelier du royaume, Cpvarruvias, lui fit dire qu'il avait

ja fait dire trois messes pour son slme, le croyant deja tre-

* Deposition du malade et du medecin Simon P6sa, au proces de Manreze. Ibid., II, 863-866.

passe. Le 18 decembre, Jean Pretel de Mendoza partit a cheval pour Valence. Jamais depuis il n'a pris medecine, ni purge t sa sante est parfaite 1 .

Colombe Cortey, femme de Luis Vich, fut pendant deux mois tourmentee de violentes douleurs de tete, & la suite desquelles, elle devint completement aveugle ; les medecins ne pouvaient meme reussir a lui faire soulever les paupieres. Les purges et les saignees n'aboutirent a rien. Ledocteur Bienayant, voyant que tous les secours de son art etaient inutiles, conseilla a la pauvre aveugle de s'appliquer une signature d'Ignace qui operait a Manrese des merveilles. Colombe le fit, le 5 mars 1599; au premier contact, elle recouvra la vue, a la vive surprise et grande joie des siens 2 .

Jeanne Pignatelli, duchesse de Terranueva, avait au sein une turneur douloureuse que les docteurs etaient impuissants a reduire. Elle resohat de demander au P. Ignace une guerison que les homines lui refusaient, et appliqua sur la plaie une image du serviteur de Dieu. Le jour meme, toute souffrance disparut 3 .

Jeanne Clar, de Manrese, souffrait beaucoup des yeux. Pendant deux ans elle employa toute sorte de remedes; elle passa trois mois chez un pharmacien de Sienne, Aritoine Parau, qu'on lui avait vante sans doute. Les saignees au bras, la diete, ne firent rien. Elle retourna a Manrese chez sa mere. Les medecins de Manrese, Julia et Oliver, ne furent pas plus heureux. Plus on la soignait, moins elle voyait. Son frere, le P. Antoine Clar, qui etait au college de Manrese, lui conseilla de recourir au secours d'en haut, il lui appliqua une relique du P. Ignace, qui consistait en une signature et un fragment d^os. Elle etait a genoux et tous ceux de la maison etaient en priere avec elle-

i. Deposition du malade et du m^decin Nunez au proces de Valence. Ibid., II, 760-790.

z. Deposition de la malade, des siens, du me"decin Bienayant au proces de Manrese, Ibid., II, 466-468.

3. Deposition de la malade, de son frere, du medecin Bienayant, au proces de Barcelone, 18 mai 1606. Ibid., II, 658, 659.

LA MORT ET LA GLOIRE 6oi

Des que la relique toucha ses paupieres, elle eprouva une douceur, comme si elle avait vu, ce sont ses termes, des roses nouvelles. Toute douleur disparut, la vue revint, a un odl d'abord, aux deux, le jour suivant x .

Tels sont les dix miracles retenus par les trois auditeurs de Rote, juges de la cause. II y en a plus de deux cents racontes dans les depositions des mille six cent cinq temoins interrog^s de 1595 a 1622. Par cette multiplication de prodiges, le Seigneur avait dit, avant le pape de Rome : Ignace est un saint.

Du vivant mme de rhomme de Dieu, cet irrecusable temoignage d'en haut 1'avait signale a P attention publique. Comme le confessent Ribadeneyra, Manare et Goudanus, il penetrait les consciences et delivrait les ames tentees. II annonca la mort de Hoces, de Codure, d' Agnes Pascual, avant qu'aucune nouvelle lui en fut parvenue. II guerit subitement de leurs maladies Rodrigues, Le Jay, Baroelo 2 . Son m^decin, Alexandre Petronio et saint Philippe de Neri ont vu son visage aureole d'une lumiere surnaturelle 3 . Un jour que le P. Leonard Kessel, de Cologne, lui demandait la permission de venir a Rome, afin d'avoir la consolation de le voir une fois en sa vie, Ignace repondit que la raison n'etait pas suffisante, mais qu'ils se rencontreraient tout de meme; et il apparut, en effet, au P. Kessel, dans sa chambre, peu de temps apres *.

Ainsi le Seigneur s'est-il plu a envelopper la personne de son serviteur d'un reflet des splendeurs divines.

A defaut de tous ces prodiges, qui ont commence a Manrese en 1522 et ont continue partout, jusqu'au trepas de I'homme de Dieu, pour marquer cette existence d'une empreinte surhumaine, il aurait suffi a la Providence d'avoir fait que le soldat blesse de Pampelune devint le fondateur de

i- Deposition de la malade, des siens, du me"decm Julia, au proces de Manrese, novembre, i, iz de'cembre 1599. Ibid., II, 413-423.

2. Scr. de S. Ign., I, 94, 125, 368, 374; Ribad., Vida, 1. II, c. ix, 12.

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