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LE CONCILE DE SENS ET LES REGLES D'ORTHODOXIE

Le P. Fouqueray (I, 96, 97) indique comme source probable des regies d orthodoxie des Exercices, Ja r^ponse de la Sorbonne i Francois I er , en

date du 30 aout 1535. La date mSme de ce document rend la conjecture peu probable. A la fin d'avril 1535, non seulement Ignace n'est plus a Paris, mais il court les Espagnes, ayant deja quitte Loyola depuis la fin de juillet. En outre, la Sorbonne, avant et pendant les sejours d'Ignace a Paris, a r6dig& des determinations et fait des conclusions tout aussi significatives. Et enfin, outre des trailed en regie e'crits par des docteurs en renom, il y a les actes du concile de Sens public's en 1529, avec 1'intention manifesto d'edairer, sur 1'erreur luthe'rienne et les complicates des humanistes suspects, tous les catholiques de Paris, notamment les etudiants qui peuplaient 1' University.

En 1527, le concile de Lyon s'&ait pre'occupe' d'arrfiter la contagion de 1'erreur; dans 1'un de ses canons, il precise, en une breve enumeration, les points sur lesquels le lutherianisme s'ecarte de la foi catholique. Le concile de Bourges, en 1528, insiste aussi pour que les fideles s'eioignent des doctrines empoisonnges de Luther, mais il ne dit pas en quoi consistent ces doctrines. L'oeuvre des eVSques de la province de Sens, re"unis a Paris en 1528, est autrement doctrinale et complete; et leur langage autrement pressant.

Dans une forte synthese, le lutherianisme est rattache" a d'anciens et fameux systemes, condamnds deja par 1'figlise, depuis Manes jusqu'& Marcile de Padoue. Dans sa Determinatio du 15 avril 1521, la Sorbonne s'etait deja exprime'e dans ce sens, mais en breves formules. Les thologiens du concile de Sens deVeloppent et prouvent. Et ils concluent leur expose par cette formule impressionnante : Cum Manichceo humanorum actuum libertatem tollit; cum Ario nihil facit praecepta Ecclesias; Vigilantiam secutus, ecclesiasticam pudicitiam prostituit... juxta errorem Valdensium ab unoquoque verbum Dei prsedicandum decernit... Marcilii dogmata probat ne quis excomunicari possit qui ad saeculares judices provocavit. Ce n'est pas assez : Quidquid ab Ecclesia, Spiritu Sancto suggerente, constitutum est, hoc ille delirus... conterere, lacerare, abjicere molitur... sacrum ridet Missa? canonem, dies festorum pariter ac reliquias tollit, preces fidelium ad eos dirigi vetat. Horas canonicas et vocales concentus... subsannat; sanctas etiam in Ecclesia caeremonias pie et laudabiliter constitutas ridet. Nee his contentus est, nisi sua? virus perfidise in divina quoque sacramenta Eucharistiae, Ordinis, Confirmationis et Paenitentia? evomat .

Contre cette impudente repetition des erreurs anciennes et cette temeraire invention d'erreurs nouvelles, le Concile en appelle a rimmuable verite de la foi. En 35 chapitres, il detaille ses enseignements et formule ses canons. Pour porter plus surement la lumiere dans les esprits, aux textes du Concile, par ordre meme du Concile dont il e"tait membre, Clichtove ajoute un Resume des verites appartenant a la foi catholique, a I'encontre des assertions erronees des Lutheriens.

Nul n'etait plus qualifie pour ce travail que le docte chanoine de Chartres. La Determination de la Sorbonne contre Luther (1521) etait son ceuvre; et depuis il n'avait cesse d'ecrire sur les points rallies ou nies par les docteurs du protestantisme. De venerations Sanctorum (1523); Antilnthertis (1524); Propugnaculum Ecclesiee (1526); De sacramento Eticharistice contra

(Ecolampadium (1526) : tels etaient les ouvrages de Clichtove, publics par le libraire parisien Simon de Colines avant I'arrive'e d'Inigo a Paris. Vinrent ensuite le Compendium veritatum (1529); Improbatio quorumdam articulorum Martini Lutheri (1533). On peut etre certain qu'Inigo a feuillet6 ces livres; ils etaient d'un vrai et intelligent r6formateur de Tfiglise.

Des 1520, Clichtove avait donn au clerg6, dans son ouvrage : De vita et moribus sacerdotum, les plus excellents conseils. Le pretre selon Clichtove est un pretre chaste, desint6resse, modeste, devot, instruit, zel. N'6tait-ce pas aussi'l'ideal r6v6 par Inigo de Loyola? Et comment cette similitude de pense"es n'aurait-elle pas, dans Tesprit d'Inigo, mis Clichtove en excellent predicament?

Or, dans les ouvrages de controverse de Clichtove, se trouvent marques un par un sauf peut-etre les pelerinages tous les points des regies ignatiennes ad sentiendum cum Ecclesia. Et les actes du concile de Sens sont trop 1'ceuvre de Clichtove pour ne pas offrir matiere au meme rapprochement.

Dans les regies ignatiennes, il y a trois choses : un eloge detaill^ de certaines pratiques chretiennes ; une recommandation de prudence dans le langage, soit au sujet de certaines verites de foi, soit en face des scandales publics; un principe rgulateur de la croyance et de la conduite. Tout cela se retrouve presque completement dans les deer eta fidei, i, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15; et les decreta morum, i, 17, 18 du concile de Sens. Pour avoir 1'evidence de ce parallelisme, il suffit de parcourir le schema suivant :

A. Tenir et louer les pratiques chretiennes usuelles :

1. Psalmodie, chants sacrs, Praecipimus ut in ecclesiis... sint heures canoniales, longues prieres musici cantus distincti et discreti, dans Tdglise et hors de 1'eglise. moventes cor ad devotionem com-

ponctionemque (Deer. 17 de moribus). Statuimus ut in ecclesiis laudes divinae per singulas horas...

reverenter ab omnibus persolvantur (Deer. 18 de moribus). Frequentendas esse preces, et privatas et publicas, in ecclesiis (Deer, i de moribus).

2. Stations, pelerinages, indul- Dans le catalogue des erreurs gences. proscrites, le concile enumere celle-

ci : Indulgentiae sunt prorsus abjiciendae.

3- Construction d'dglises, orne- Le concile declare hertique :

ments sacr6s, images saintes, reli- Qui sanctis cultum exhibere

( l ues - non sinat, dicata Marty ribus tem-

pla subsannet; dies festos suscribi et eorum passiones in eccle-

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