‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 368 sur 396 · MANRESE ET LES EXERCICES · texte numérisé non relu

MANRESE ET LES EXERCICES

II y a la plusieurs questions poshes, auxquelles il faut r^pondre brievement.

A. Ignace a-t-il fait a Manrese une relraite de trente jours?

D'apres les confidences du saint a Gonzales de Camara, il est facile de distinguer dans le sdjour de Manrese, trois pe'riodes : 1'une de paix, 1'autre de trouble, la troisieme de visions celestes. De la dure"e de chacune de ces pe'riodes, il est impossible de rien pre"ciser. Ceux qui 1'ont tente n'ont abouti qu'a des systemes discutables.

II faut dire de m6me de ceux qui ont essaye" de de"couper, dans la periode manresienne, une retraite de trente jours. Nous avons pour toute lumiere dans ce probleme la parole de Laynez : En este tfempo (c'est-a-dire au temps de ses angoisses et scrupules) hizo una confesidn general de toda su vida y vino a hacer, quanto a las sustancia, las meditaciones que llamamos Exercicios. (Scr. de S. Ign.,1, 103.) En quoi consiste cette substance ? Laynez ne le dit pas; et nul ne le sait. Mais la formule mme de Laynez donne lieu de croire que le saint ne fit pas, comme elles sont marquees dans son livre et dans leur ordre, les meditations e'tablies en se'rie pour un mois de retraite.

B. La Vierge a-t-elle dicte les Exercices a Ignace?

Le P. Astrain, le P. Tacchi Venturi, le P. Watrigant disent re"solument : non. D'autres de"clarent respectable 1'antique tradition .

Avant tout, retenons les quatre points suivants : i Ignace s'est dit Pauteur du livre des Exercices ; 2 le commun de sa generation le lui attribue; 3 1'figlise parle comme ces hommes et comme Ignace; 4 la tradition invoqude remonte a 1606.

Aucun des premiers historiens ne parle de la dieted. Dans aucun des proces canoniques, le fait ne figure aux articles. La premiere mention d'une dictee figure dans les Annales manuscrites du college de Barcelone, a Panned 1606, et par maniere d'addition faite, apres coup, au texte primitif. Selon cette addition, Jean Amigant aurait conte la chose, a Manrese, au P. Lorenzo de San Juan. De Barcelone, 1'affirmation s'est envoiee a Rome; recueillie par le P. Lancisius, elle a 6t6 consignee par lui dans son ouvrage Gloria Sancti Ignatii paru en 1622. En 1626, le P. Mutius Vitelleschi envoie a Manrese un tableau repre"sentant la scene de la dieted, Dictante Deipara, discit ac dicet. Mignard a peint la me'me scene, dans un tableau qui est aujourd'hui au se"minaire Saint-Sulpice.

Malheureusement, 1'assertion des Annales ne nitrite point credit. Le premier jesuite qui est alie a Manrese en 1573 a re9U des Amigant le r^cit de tous leurs souvenirs sur Ignace : rien de la dictee. Jean Amigant (celui-l& meme qui aurait raconte la dicte"e au P. Lorenzo de San Juan), Juan Amigant, docteur in utroque, a depose comme tmoinau proces manresan de 1606 : il n'a rien dit de la dictee.

C. Les Exercices ont-ils ct& ecrits dans la grotte de Manrese?

Ribadeneyra ne le dit pas. Dans les proces manre"siens et barcelonais, personne ne 1'a dit, si ce n'est Raymond Vila, prfitre de trente-six ans. Dans sa dissertation des Acta SS.,le P. Pien conclut de m6me; pour deux raisons : i la solitude parfaite de la grotte; 2 le tmoignage du me*decin Francesch Vicent. La premiere raison n'est guere decisive; le couvent des dominicains etait un lieu au moins aussi tranquille. Quant au me'decin Vicent, son dcrit est un me"moire du xvn e siecle destine 1 a prouver que la grotte ve'ne're'e en 1664 est celle-la mme ou les Exercices furent ecrits. Et toute 1'argumentation du docteur consiste a runir les textes du proces ou se trouve le mot exercices spirituels. La conclusion de Vicent passe done ses premisses; car souvent, dans le proces, les mots exercices spirituels signifient tous exercices de pie'te' en general.

En r^alite 1 , nous n'avons pas de donn6es precises sur les domiciles successifs d'Ignace a Manrese. Lui-mSme a mentionne" son sejour au prieure" des dominicains. La conjecture qu'il a e"crit les Exercices dans une cellule du prieure" vaut mieux qu'une autre : elle a plus de convenance religieuse, et plus de vraisemblance pour un travail d'6criture. Si des dominicains avaient depose" au proces manresien, peut-6tre en saurions-nous davantage.

D. Les Exercices sont-ils un livre inspire?

L'Eglise, en approuvant ce livre n'a point parle 1 d'inspiration. Ignace ne 1'a point cru, puisqu'il a retouche" son manuscrit de Manrese, surtout a Paris et a Venise.

Sans doute, sans particuliere assistance de Dieu, le pelerin n'aurait pu 6crire ce livre. C'est une remarque de la bulle de canonisation; c'est aussi une evidence. Cette assistance de Dieu s'est prolonge'e, apres Manrese, pour les additions et remaniements faits aux feuillets priniitifs. II ne peut fitre question d'une revelation foudroyante, et du premier coup ddfinitive, d'un systeme de v6rit^s asc^tiques jusque-la inconnues. Les vrites qui sont I'slme des Exercices sont celles de 1'ascese traditionnelle ; elles sont ^parses dans la Vita Christi, le Flos sanctorum et limitation, tous livres qu'Ignace a eus entre les mains a Loyola et a Manrese. La faveur singuliere que Dieu fit au pelerin, a Manrese, fut de surelever d'un coup sa faculty naturelle de comprendre, de lui donner une intelligence sup6rieure de la vie spirituelle, qui lui permit le discernement des esprits, et aussi d'ordonner synthe'tiquement un certain nombre de v^ritds, vritablement generatrices de la plus g6n^reuse conduite chr^tienne. De la, 1'accent de suret^ et de force, qui frappe dans les Exercices.

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