Gallardo, I
leur beaute morale; la noblesse des ames, rayonnant a travers les actes et les paroles, exergait sur lui une sorte de fascination. Comment ne marcherait-il pas a son tour par ces chemins malaises mais glorieux ? Et puis tous les souvenirs du monde se precipitaient comme un torrent dans son esprit, entrainant sa pensee vers les reves d'autrefois : reves de prouesses guerrieres et reves de galanterie chevaleresque 1 . Dans son imagination ardente, les exploits des Amadis se joignaient aux visions de guerre de Najera et de Pampelune, pour le mener vers une f eerie de gloires conquises a la pointe de Tepee.. Sans doute il avait ete vaincu dans cette forteresse dont le timide Herrera avait la garde; mais il y avait d'autres chefs plus valeureux; et lui-meme ne pourrait-il pas etre un chef; malgre sa jeunesse, est-ce que sa parole n'avait pas exalte un instant les courages prets faiblir? Sans doute son heroi'sme avait ete bien mal recompense. Ni Herrera, ni Najera, ni le Conseil de Castille, ni le cardinal-regent de Tortosa, ni 1'empereur Charles-Quint ne s'etaient occupes de savoir ce qu'il etait devenu ou de lui offrir quelque recompense. Mais qu'importent les faveurs ? Et puis ne vient-il pas un moment ou la bravoure force la fortune, domine 1'envie, arrache les bienfaits des princes ?
Et dans cet avenir brillant qu'il r6vait, il mettait encore d'autres victoires; il voyait, entre les dames de la cour, une plus haute dame, plus que marquise, plus que duchesse , ce sont ses expressions memes 2 . Probablement designe-t-il par & Germaine de Foix, qui fut la seconde femme de Ferdinand le Catholique. Dans ses courses a la suite du tresorier de Castille, Velazquez, Inigo avait certainement rencontre la niece de Louis XII. A la mort du prince son mari (25 Janvier 1515), Germaine avait vingt-trois ans. Ses attaches navarraises, au milieu des competitions qui divisaient Castillans et Aragor nais, 1'avaient rendue aussi suspecte que ses attaches fran-