Id., n. ii
d'amour, egal a sa fureur d'autrefois; c'est dans 1'eglise de leur monastere qu'il voudra etre enterre. Un revirement parallele avait tourne les Loyola centre les moniales re'concilie'es avec le cure. Dans leur colere insensee, ils avaient poursuivi et obtenu, en cour de Rome, tine sentence d' excommunication pour les obliger a enlever du toit de leur maisonnette encore inachevee, une miserable petite cloche. En 1521, au mois d'aout, la paix se fait. Un serviteur de Loyola va chercher a Burgos le provincial des franciscains, Fray Bernardino de Salzedo. Les conferences amicales ont lieu au chateau. Tout s'arrange. On regrette les proces engages et on y renonce. Martin Garcia oifre aux Isabelitas un terrain contigu a leur monastere. Le clerge d'Azpeitia agr^e tous les accords intervenus. Et quant aux deux adversaires, qui depuis pres de vingt annees s'affrontaient, en une sorte de duel tragi-comique, ils reglent tous deux qu'ils seront enterres dans 1'eglise de Saint-Franfois, comrne s'ils avaient voulu temoigner, par cette fraternite dans la mort, de la veVite de leur reconciliation en ce monde 1 .
II est difficile de ne point voir, dans 1'accord du 27 aout 1521, le premier fruit de 1'apostolat domestique d'Inigo converti. Transforme, au plus intime de son dme pecheresse, par un regard de la Vierge benie, il commen9ait a transformer autour de lui le coeur des autres. Ce sera sans doute vers le 15 aout que Marie Taura visite dans sa chambre de malade.
Cependant, il persev^rait dans ses lectures et ses pieux desirs. Les choses de Dieu devinrent de plus en plus le centre de sa vie. Quand il conversait avec les siens, il ne leur parlait que de Dieu; lorsqu'il etait seul, il passait son temps a prier et a lire. II lui vint meme a la pensee de faire des extraits de ses lectures, des qu'il commen5a a se lever un peu par la maison. Dans un registre in-4, de papier poli et raye, il se mit a ecrire, a 1'encre rouge, les paroles de Notre-Seigneur et celles de Notre-Dame a 1'encre bleue. II remplit ainsi jusqu'a 300 pages, de sa plus belle ecriture. Et tandis que les traits de 1'fivangile
J . Arch, du couvent des Isabelitas, Azpeitia, Lizarralde.o/). cit., 102-104.
et les exemples du saint passaient de ses livres dans son cahier, le desir s'avivait dans son ame de marcher sur les traces du Christ et de ses amis 1 .
Malgre ces ardeurs au bien et ces gouts pour la priere, il ne parait pas qu'alors Inigo ait recouru aux sacrements plus qu'il n'avait coutume autrefois. On peut croire aisement que, dans la chapelle du chateau, la Vierge de 1'Annonciation re9ut de lui de frequentes visites. Peut-etre y entendait-il la messe, le dimanche, avec les siens; les clercs etaient assez nombreux a Azpeitia, pour rendre ce service au patron de Teglise; et d'ailleurs parmi eux on comptait, outre Pero Lopez, recteur de 1'eglise depuis le n Janvier 1520, les deux batards, Andre de Loyola et Martin de Onaz. Mais a Azpeitia, comme par toute 1'Espagne, alors, 1'usage etait de communier a Paques et au lit de mort; Inigo n'entrera que plus tard dans de plus intelligentes pratiques. Pour le moment, la grace insigne que lui fait le ciel est de le detacher a fond des vanites et folies du monde, dont il avait ete longtemps captif* Et les circonstances y aident.
Durant 1'automne de 1521, cette guerre de Navarre, qui pour Inigo a fini a Pampelune, traine ses vicissitudes, aux frontieres du Guipuzcoa et de la France. Fontarabie est assiegee par Andre de Foix. Diego de Vera la defend, au nom de Charles- Quint; et si tout le monde lui cut ressemble, la ville n'eut pas ete prisei Autour de ce bastion de leur pays, les Guipuzcoans se pressent; parmi eux, Martin Garcia de Loyola est des plus determines. La fidelite et la bravoure ne durerent malheureusement qu'un jour (16 octobre). Le 17* la debandade commence. Le 18, quelques capitaines parlent de se rendre, puisque tout espoir de resistance efficace est perdu; Martin Garcia de Loyola, Juan Ortiz de Zarauz et quelques
i. Gonzales de Cainara, n. IT. Voir Note S.
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autres essaient vainement de ranimer les courages; la contagion de la lachete" gagne les troupes. Le 19, les Fran9ais entrent dans la ville J ;
Lorsque Martin Garcia revint a Loyola, pour conter cette penible histoire, comment Inigo n'aurait-il pas con9U un mepris plus grand encore des choses humaines, et une resolution plus ferme de fuir ce monde, ou les viles passions etaient si fortes et le courage si rare ?. Si peut-etre la maxime qu'il repetera plus tard ne venait pas encore a ses levres, le sentiment qu'elle exprime etait deja profond dans son coeur : Quam sordet terra dum coelum aspicio ! Dans ses precieuses dietees au P. de Camara, il nous confie que, dans ces jours de Loyola ou murissait sa resolution d'etre tout a Dieu, la plus grande consolation qu'il recevait etait de regarder le ciel et les etoiles; ce qu'il faisait bien des fois et pendant longtemps 2 < Et a mesure que son regard s'enfonsait dans les splendeurs du ciel etoile, il sentait en son ame un tres genereux elan pour servir Notre-Seigneur . Le dessein d'a^ler en pelerinage a Jerusalem etait fermement arrete dans son esprit; il n'attendait pour 1'executer que d'etre completement gueri.
II n'etait pas sans songer quelquefois au genre de vie qu'il menerait, a son retour de Jerusalem; A certaines heures, il avait envie d'aller frapper a la porte de la chartreuse de Seville, sans dire qui il etait, afin qu'on fit moins de cas de lui; et la de ne jamais manger que des herbes 3 . Revenant la-dessus, a d' autres moments, il lui semblait que le fait d'etre astreint a une regie ne lui permettrait pas de satisfaire a son gre la haine qu'il avait con9ue contre hii-meme ; et alors il aimait mieux garder sa liberte, s'en aller par les chemins, pour demeurer maitre de ses austerites 4 ; Cependant, a tout evenement, il envoya a Burgos un domestique du chateau ; et il le chargea de s'informer de la regie de la chartreuse de Miraflores; et