‹ Saint Ignace de Loyola [microform]Chapitre 5 sur 396 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

et en France, un legitime retentissement. On devait necessairement remarquer, chez un historien protestant, un pacifique et louable effort de justice, auquel lesjesuites n'ont guere eti habitues par les fils de Luther et de Calvin. M. Bohmer a travailU avec conscience et methode. Aux erreurs des mecreants qui ressassent sur la Compagnie des contes demodes, il est piquant d'opposer ses dires ; venant d'un reform^, Us ne seront peut-etre point rejetes a priori comme ceux des catholiques. Mais ce point de vue polemique mis a part, M. Bohmer n'est pas a V historien de saint Ignace de grand secours. II a puise a des sources ouvertes avant lui et connues de tous.

. En dehors des documents fournis par le P. Astrain, le P. Cros et le P. Tacchi Venturi,je suis tributaire surtout des Monumenta Historica Societatis Jesu, mine extraordinairement riche des informations les plus prfaieuses. Pour nombre de chapitres, la substance de Vouvrage vient de la.

En general, les historiens anciens de saint Ignace ont, presque complement, abstrait leur heros du temps et deVespace. J'ai essay e d'eviter ce grave defaut. Sans croire a la loi du milieu aussi determinement que Taine, on doit tenir que, pour voir comme il faut un grand homme d'autrefdis, il est indispensable de le replacer parmi ses contemporains. Ceci est d'une telle evidence qu'on s'etonne d* avoir a le dire. J'espere que, dans cette nouvelle histoire d'lgnace de Loyola, on apercevra, avec plus de nettete, les lignes du cadre reel dans lequel se deroula la vie extraordinaire du fondateur de la Compagnie de J6sus. Avant de dominer ses entours, il a beaucoup recu d'eux; ilfaut les connaitre, mSme pour voir combien il les domina. Dans les desseins de la Providence, ce dedans fut en fonction de ce dehors.

Dans Involution du travail historique, le xix e siecle marque une etape heureuse : les esprits sont devenus plus exigeants, et plus familiers des rigour euses methodes. On aime encore les recits captivants, surtout en France, oil I' art de confer fut toujours en faveur; mais on tient beaucoup a V exactitude. Je n'ose me flatter que, dans ce livre, la narration piquera vivement, de page en page* la curiosite. En tout cas, grace aux recherches faites, j'aurats ete

a meme de juxtaposer au present volume tout un volume de ce que nos Audits du grand siecle appelaient les preuves. La les critiques, les esprits difficiles, et les fervents de saint Ignace auraient trouve les textes qui importent, avec les discussions indispensdbles pour justifier les affirmations et les denegations, les preferences et les silences, auxquels je me suis arrfoe. Mais la crise economique, qui g$ne tant de monde, ge'ne aussi les auteurs. Pour demeurer dans les limites d'un seul in-8, j'ai reduit mes notes a I' indispensable.

L'annee 1921 a ramene le centenaire de cette blessure du siege de Pampelune, qui fut pour Inigo de Loyola Voccasion d'une conversion eclatante ; 1922 nous a rappele 1522, c'est-d-dire le laborieux berceau spiritual de Manrese, oil le converti de Loyola devint un orant et un apotre ; il nous a rappele encore le glorieux 1622, qui vit les /dies de la canonisation du fondateur de la Compagnie de Jesus. En 1934, nous celebrerons le quatrieme centenaire des vosux offerts a Montmartre par Ignace et ses premiers compagnons. Ces grandes dates sont une invitation a exalter la memoire d'un admirable serviteur de Dieu; d'autant que sa magnanimitd est un exemple volant pour les siecles.

Aujourd'hui, sauf en quelques rares pays d* Europe et d y Amerique, la Compagnie de Jtsus a une existence miserable, entravee par les lots. Des politiciens, qui se flattent de representer la liberte tout court, mesurent etroitement aux jesuites les facultes d'&re, de posstder et d'agir, laissees toutes larges aux entrepreneurs de debauche, de jeu et de revolution sociale. II paraU que la prosperite d'un peuple moderne exige cette contradiction et cette iniquite. Pour les victimes de ce deni de justice, aucun reconfort ne saurait valoir le spectacle de la vie de saint Ignace. A regarder ce lutteur hero'ique, on apprend V imperturbable patience, avec la certitude de durer et de triompher un jour.

Quant aux jtsuites qui jouissent d'un franc laissez-passer pour

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