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A MONTSERRAT ET A MANRESE 83'
gne et consultee par le roi catholique, ayant eu 1'occasion de rencontrer le pelerin de Manrese, lui dit : Oh! Plaise a mon Seigneur Jesus-Christ qu'il vous veuille apparaitre un jour. Et lui, prenant 1'expression a la lettre, demeura fort surpris : Comment, pensa-t-il, Jesus-Christ pourrait-il m'apparaitre 1 ?
Dans cette exclamation intime d'Inigo, se traduit le doute que jamais telles faveurs divines lui puissent advenir. Et on le comprend fort bien, si Ton ecoute la suite de ses confidences. Le souvenir de ses peches engendrait en son ^me mille scrupules 2 . II se demandait si, dans sa confession generale de Montserrat, il avait declare telles fautes; et malgre qu'il renouvelt cet aveu dans ses confessions hebdomadaires de Manrese, il demeurait toujours inquiet. II commen9a done par chercher des hommes spirituels capables de le guerir; mais rien ne 1'aidait a sortir de ses angoisses de conscience. Enfin un docteur de la Seo, homme tres spirituel, qui prechait la, lui dit un jour, dans la confession, qu'il mit par ecrit tout ce que lui rappelait sa memoire. II fit ainsi, et toujours, apres la confession, ses scrupules lui revenaient. Et a mesure qu'il s'engageait dans ces difficultes, il s'y enfon9ait davantage. Et malgre qu'il entrevit le dommage qui en resultait pour son ame, il ne pouvait briser ce reseau d'illusions qui 1'enveloppait.
A certains moments, il lui semblait que le remede efficace consisterait dans une defense formelle que lui intimerait son confesseur de remuer ces souvenirs. Mais il n'osait faire au confesseur cette ouverture 3 . Un jour, et de lui-meme, le confesseur lui commanda de ne plus revenir sur le passe, a moins qu'il ne s'agit d'un peche manifestement non accuse. Comme le pauvre penitent pensait voir clairement qu'il n'avait pas avoue les fautes en question, le commandement ne lui etait d'aucun profit et il restait toujours en peine 4 .