Id., n
Cela dura bien des mois . Certain jour, le tourment etait si grand que le pelerin se mit a genoux, et avec toute la ferveur de son ame et toute la force de sa voix, il se prit a crier : Seigneur, secourez-moi, car je ne trouve aucun remede aupres des hommes; ah! si je le pouvais trouver, rien ne me couterait; montrez-moi vous-meme, Seigneur, ou est le remede; fallut-il aller apres un petit chien, pourvu qu'il me conduise au remede, j'irai 1 . Au milieu des pensees contraires qui Pagitaient, durant cette longue e'preuve, bien des fois il cut de vehementes tentations de se precipiter par une grande ouverture qu'il y avait dans sa chambre chez les dominicains, pres de 1'endroit ou il faisait oraison; mais sachant que le suicide est defendu, il criait a haute voix : Seigneur, je ne ferai chose qui vous offense. Et il renouvelait souvent cette protestation 2 .
II lui vint a la pens^e qu'il pourrait imiter un saint, qui, desireux d'obtenir du ciel une grace, demeura bien des jours sans prendre de nourriture jusqu'a ce que Dieu cut agree sa priere. Apres avoir reflechi la-dessus, un bon espace de temps , il se determina a ne manger ni boire, jusqu'& ce que le Seigneur vint a son secours, ou du moins jusqu'au moment ou il sentirait sa vie en danger. II prit cette decision un dimanche, apres la messe ou il avait communie; et toute la semaine, il persevera dans le jeune, sans rien omettre d'ailleurs ni de lever de nuit, ni de son assistance aux offices, ni de ses oraisons accoutumees. Le dimanche suivant, il s'ouvrit de sa conduite a son confesseur, lequel lui commanda de manger. Lui se sentait encore vigoureux; il obeit cependant, et pendant deux jours ses scrupules disparurent. Le mardi, comme il etait en oraison, il commen9a a se souvenir de ses peches ; tous lui apparurent 1'un apres 1'autre comme les anneaux d'une chaine, et il lui semblait qu'il etait tenu de les confesser une fois encore . Et, tandis qu'il agonisait dans cette lutte, il lui vint