Id,, n
foi que bien souvent il s'est dit a lui-meme que meme si les critures n'existaient pas, lui, etait determine a mourir pour ces verites catholiques, rien que pour ce qu'il avait vu . Ces paroles sont hautement significatives, sur les levres d'un homme si reserve* et si humble. Elles soulevent un coin du voile qui abrite le mystere des operations divines, dans 1'intelligence du serviteur de Dieu. Elles expliquent que, dans leurs depositions, les Manresiens en nombre parlent des ravissements frequents d'lnigo.
J'ai vu souvent le P. Inigo aller a la grotte, temoigne Pierre Bigorra 1 ; et en trois occasions je 1'y ai trouve a genoux, les mains croisees, en priere, et tellement ravi qu'il ne remarquait pas ma presence bien que je le regardasse fixement au visage et que je fisse du, bruit.
J'ai oui-dire, dit Marguerite Capdepos 2 , que le P. Ignace avait eu de saintes visions et ravissements , pres du Pont vieux, a la croix de Nptre-Dame de La Guia, a une autre croix, au couvent des Freres Precheurs, a 1'hopital Sainte-Lucie et a Notre-Dame de Villadordis.
Inigo lui-meme acheve ses confidences par ces quelques mots : Une fois qu'il allait pour sa devotion a une ^glise qui e'tait a un peu plus d'un mille de Manrese, par le chemin qui longe la riviere du Cordoner, il s'assit en route en face de la riviere qui coulait profonde. Et la les yeux de son entendement commencerent a s'ouvrir. Ce ne fut pas une vision; mais il lui fut donne de comprendre beaucoup de choses, soit spirituelles, soit de la foi, soit des lettres humaines; et dans une clarte si grande que tout cela lui semblait nouveau. Impossible de denombrer les points particuliers qui lui furent alors connus; ils furent nombreux; il suffira de dire qu'il re9Ut une grande lumiere dans 1'entendement. En sorte que si on mettait ensemble tous les secours qui lui sont venus de Dieu en sa vie et tout ce qu'il a pu acquerir de savoir, en tout cela a la fois,
1. Ce tmoignage figure dans le texte integral du proces manre*san.
2. Ce te"moignage ne figure pas dans les Scripta de S. Ign., II, 746; mais il figure dans le texte integral du proces.
A MONTSERRAT ET A MANRESE 89
il ne lui semble pas avoir autant acquis que dans cette unique circonstance de Manrese 1 .
Cette illumination de son esprit fut si extraordinaire qu'il lui semblait etre un autre homme et posseder une intelligence autre que celle qu'il avait auparavant 2 . Apres que cela cut dure un bon moment, il alia se mettre a genoux devant une croix qui etait proche, pour rendre grace a Dieu. Et alors lui apparut de nouveau la vision qu'il avait cue tant de fois auparavant de cette chose etrange, belle et pleine d'yeux. Mais sa splendeur etait moindre que de coutume; et il comprit tres clairement que c'etait le demon. Sbuvent, dans la suite, cette vision demoniaque se representa a lui, mais lui, par maniere de mepris, la dissipait avec le bourdon qu'il tenait ordinairement a la main 3 .
Ainsi se forma d'une maniere superieure et rapide, le saint ecolier de Dieu et de Notre-Dame. II avait apporte a Manrese une immense bonne volonte. Sa vie humiliee, ses macerations et ses jeunes, ses longues prieres, ses soins empresses aupres des malades et des pauvres le donnaient en merveilleux spectacle aux anges et aux hommes. II etait, dans cette pieuse ville de Manrese, comme une incarnation vivante de 1'fivangile. Dans les epreuves intrieures sa fidelit6 a Dieu ne s' etait pas un instant dementie. Aupres des hommes il avait cherche, sans en trouver beaucoup, remede et lumiere; Dieu seul e*tait son recours supreme; et il criait vers Lui de toute son dme. Le Seigneur le tira des abimes et le fit monter avec Lui vers les sommets. II contemple de ses yeux etonne"s la Trinite, 1'Incar-
i. Gonzales de Camara, n. 30. Le P. Nonell tient que cette vision cut Heu en has pres de N.-D. de la Guia. (Exiniia ilustracion, 14). Le P. Creixell pense qu'elle cut lieu, tandis que le saint passait au balcon de Saint-Paul , pres de la croix du Tort (San Ignacio de Loyola, I, 148, 185-190). L'opinion du P. Creixell me parait plus conforme au texte mfime d'Ignace declarant que le ruisseau, la, coulait profond . Depuis 1922, une plaque de marbre, plac^e au pied de 1'escalier qui conduit a la maison de la Santa Cueva, rappelle le fait de cette grande vision.
z. Id., n. 31.