Id., n
Il6 EN ATTENDANT LA VRAlE DESTINEE
Les pelerins partirent de Jerusalem dans la nuit du 23 septembre. De Jerusalem a Jaffa, il y eut, parmi les Turcs de 1'escorte, grande dispute, pour savoir si on n'abandonnerait pas les voyageurs, dans la nuit, en pleine campagne, hors de tout chemin; les plus raisonnables etaient d'ailleurs d'accord avec les plus furieux, pour menacer, frapper, ran9onner. Quand on fut a Rama, le gouverneur de la ville entra aussi dans ce jeu de brigands; il voulait, en signe d'adieu, un ducat par personne et un habit. Les pelerins refuserent. Mais durant les trois jours qu'ils passerent a Rama, ils eurent beaucoup a souffrir; entasses dans un lieu infect, ils manquaient de tout, m6me d'eau potable; plusieurs tomberent malades. A Jaffa, le patron Francesco leur extorqua in extremis deux ducats par tete; et les Turcs de 1'escorte livrerent a la bourse des voyageurs un dernier assaut. Enfin, dans la nuit du vendredi 2 octobre, la galere des pelerins mit a la voile vers Chypre 1 .
Francesco n'avait fait aucune provision; celles qui avaient etc confiees a sa garde avaient etc pillees par les matelots; la bonace laissait le bateau a peu pres immobile; quelques pelerins etaient malades ; Tun d'eux, Pierre de Breda, mourut et fut enseveli dans la mer; une voie d'eau se declara; les matelots perdirent le nord et ne savaient plus ou ils etaient. Ce fut, pendant une douzaine de jours, une grande detresse. Les moines montes sur le bateau soutinrent, par leurs exhortations, le courage de tous; et 1'on fit un voeu a saint Roch et a Notre-Dame. Enfin le vent se leva et le mercredi 14 octobre, la galere aborda a Chypre 2 .
Malgre ses promesses, Ragazzoni, le patron du vaisseau des gouverneurs, etait parti depuis huit jours, sans attendre le retour des pelerins. II fallut done negocier le passage avec