Id., n
3. D'aprfcs les deliberations du conseil de ville de Manrese, la peste apparait en 1497, 1501, 1507, 1508, 1519, 1520, 1521, 1522-24. En i5 2 3> il y a 32 testaments de pestife're's, dont deux Fran?ais (Manrese, Arch, notar. Reg. du notaire Sala).
Geronimo Ardevoll etait un fils cadet de Bernard Ardevoll, Bayle de la Fatarella, village voisin de la c6te catalane, entre Tortosa et Tarragone. Instruit et pourvu du titfe de maitre es arts, il avail he'rite' de sa famille, non pas une grande fortune le testament de son pere ne lui leguait que deux cruches annuelles d' olive mais un fonds inepuisable de vraie religion. Sa maison etait de celles dont le christianisme domine les actes et dont les membres, avant de quitter ce monde, achetent par des legs pieux le pardon de leurs fautes et leur part de paradis. Get heritage d'honneur et de piete* chretienne s'est conserve jusqu'a nos jours dans la famille d'ou est issu le geneieux maitre d'Inigo de Loyola 2 .
Jerome Ardevoll tait un des regents de 1'Universite de Barcelone. Fond6 en 1402, le Studi General de la grande m&ropole catalane s' etait organise lentement, commenyant par la Faculte de Medecine, puis par la Faculte des arts, et il avait, semble-t-il, peniblement grandi. Les Facultes ne sont completes qu'en 1450. En 1520, le Conseil de ville en est a d61iberer sur les moyens de rendre aux coles quelque lustre et quelque renom, qui permette de remedier a 1'ignorance des e"coliers; les conseillers decident d'augmenter les emoluments des maitres par quelque raisonnable contribution de la ville . Comme il etait alors universellement pratique, les cours de 1'Universite taient gratuits et publics. C'est, mele aux jeunes gardens barcelonais, qu'Inigo, &ge* de 31 ans, suivra les lemons de grammaire de Gdronimo Ardevoll 3 .
Mais il est clair que Tenseignement general et commun ne
i. De 1482 a 1699, le prieur6 de Saint-Paul est cistercien, et non be"nedictin, comme 1'affirment des historiens mal informds. En 1699, il devint la maison de campagne du college de Manrese. D'apres les papiers du couvent, Alphonse de Guerreto tait encore prieur le 39 mars 1523.
z. Le testament de Bernard Ardevoll (20 octobre 1543) d^signe Geronim magistrum in artibus, Barcinone degentem . Dans sa visite a la Fatarella, le 26-27 Juin 1882, le P. Cros e"tudia tous les papiers encore subsistants a la mairie et a 1'^glise, et put ainsi se renseigner a loisir sur la famille.
3. Ardevoll n'est pas de'signe' seulement par Ignace, comme son maitre, 'uais aussi par les tSmoins des proces canoniques. Voir Scr. de S. Ign., II, 615, 603 et 300, 319.
pouvait suffire a cet ecolier sans pareil. Le desir d'agprendre etait vif et la docilite parfaite; les facultes n'avaient plus la plasticite de 1'enfance. Et, en outre, les gouts de Pascete se mettaient en travers des efforts de Peleve. Au lieu de lui rappeler les cas des declinaisons et les temps des conjugaisons, sa memoire evoquait, jusque dans les heures d'etudes, le souvenir des bienfaits de Dieu. Et tandis que son cceur s'epanchait en actes d* amour, la Ie9on assignee par la maitre demeurait inapprise 1 .
Inigo etait trop reflechi, trop aide de Dieu aussi, pour ne pas s'apercevoir du mal et y trouver remede. C'etait un remede que Geronimo Ardevoll lui prodiguat des repetitions particulieres, dans sa maison des Calders mayor. Et on peut etre sur que 1'excellent homme le faisait volontiers. Le regime etait prevu et accepte, des les premiers pourparlers avec Inigo et Isabel Roser. Mais si les ardeurs devotes poursuivaient le saint ecolier jusque dans la maison de maitre Ardevoll, ou etait le profit? Avec les habitudes d'introspection qu'il avait prises des la conversion de Loyola en 1521, Inigo ne tarda guere a observer que les douceurs spirituelles dans lesquelles se fondait son ame lui survenant aux heures de classe, beaucoup plus qu'aux heures de priere, etaient surement une manosuvre diabolique. Deviner Pennemi, pour un pareil soldat, c'est le vaincre. La resolution est aussitot prise de couper court definitivement a cette devotion importune et suspecte. Jusque-la Inigo s'etait contente de faire effort pour s'arracher a la pensee de Dieu, et il n'y avait pas reussi. II recourut a un autre moyen. Un jour, apres avoir fait oraison, il se rendit rue des Calders mayor et pria Ardevoll de le suivre jusqu'al'egliseSainte-Mariede-la-Mer, qui etait voisine. La, etant assis, il lui exposa fidelement tout ce qui se passait dans son ame; et combien peu, pour cette cause, il avait progresse jusque-la. A cet expose, il ajouta une promesse : Je vous promets, dit-il> de ne jamais manquer d'oui'r vos lecons, pendant ces deux
i. Gonzales de Camara, n. 54.
annees, pourvu que je trouve a Barcelone pain et eau pour m'entretenir. Et comme ces paroles furent prononcees avec une ame forte et sincere, jamais plus 1'ecolier ne connut la tentation des fausses douceurs spirituelles dans les moments reserves aux travaux de 1'esprit 1 .
Les lecons de grammaire mises a part, Inigo menait a Barcelone, une vie toute semblable a celle de Manrese : la priere, la penitence et le zele remplissaient ses journees.
II etait 1'hote d'lnes Pascual. La maison des Pascual etait au centre de Barcelone, au coin de la rue des Cotoners et du Forn z . C' etait une batisse miserablement construite et de petites dimensions. Au rez-de-chausse"e, les Pascual avaient leur boutique, au premier etage leurs appartements ; sous le toit, il y avait une piece ou Ton penetrait par un escalier tournant et qui communiquait avec une terrasse. Ce reduit comptait 15 pieds de long, 13 de large et 20 palmes de hauteur; il servait de chambre au jeune Jean Pascual; Inigo en fit sa cellule de jour et de nuit. Ines Pascual aurait voulu acconimoder le lit d'Inigo comme celui de son fils; les instances de la charitable hotesse furent toujours repoussees. Le matelas et les draps prepares demeurerent sans emploi, le penitent preferant a ces superfluites les simples planches de son lit de bois 3 .
Son regime etait a I'avenant.-Il ne mangeait pas a la table de famille; chaque jour, il mendiait sa nourriture, comme il avait fait a Manrese; le dimanche excepte, il jeunait tous les jours et se contentait pour aliments de pain et d'eau. Pour assaisonner cette frugale pitance, 1'homme de Dieu ne connaissait rien que les disciplines et les chaines de fer. On imagine facilement que 1'entretien d'un etudiant de cette sorte coutait assez peu soit a Ines Pascual soit a Isabel Roser 4 .
2. Pablo Hernandez, La casa de San Ignacio en Barcelona', 19-24.