Ibid., II
On se souvient qu'au milieu de ses austerites de Manrese, Inigo avait contracte une maladie persistante de 1'estomac. Elle avait disparu dans le pelerinage de Jerusalem. Aussi, des le retour a Barcelone, le penitent incorrigible estima-t-il qu'il pouvait en toute securite reprendre ses pratiques de penitence de jadis. II commen9a 1 done a faire des trous aux semelles de ses souliers, et peu a peu il elargit ces trous, si bien qu'aux premiers jours de 1'hiver, il ne restait de sa chaussure que les empeignes. A ce systeme, tout etait benefice; les frais d'entretien etaient reduits et le penitent pouvait croire que sa penitence etait connue de lui seul 2 . Les saints ont de ces illusions. Mais, en a juger par les temoignages du proces de Barcelone, il ne semble pas que la ruse ait reussi. Ana de Rocaberti, atteste qu'Inigo se rendait aux ecoles les pieds dechaux; et Onorita Pascual dit avoir appris de son pere, qu'il portait des souliers perces. II est vrai que, pour juger du cas, les Pascual avaient des moyens d'information particulierement penetrants : Inigo etait leur note.
Tant de Vertus attiraient a Inigo, a Barcelone comme a Manrese, la veneration des families plus honorables. Parmi ses admiratrices, les proces signalent Dona Stefania de Requesens fille du comte de Palamos et femme du commandeur majeur de Santiago Juan de Zufiiga; Dona Isabel de Requesens Bojados, ai'eule des comtes de Zavalla; Dona Guiomar y Despla, ai'eule du marquis de Aytona, Dona Isabel de Josa,. bref, le meilleur de Barcelone . Lorsque le saint mendiant se presentait a leur porte, ces dames faisaient remplir sa besace de quantite d'aliments de toute sorte, elles lui donnaient aussi de 1'argent 3 .
Ainsi comble, Inigo emportait a la rue des Cotoners, ces tresors. II triait avec soin ce qu'il y avait d'excellent, pour le porter aux malades des hopitaux ou pour Toffrir aux pauvres. L'une des portes de la maison des Pascual, rue des Cotoners,